Capital-risque

BPI défiée par le Conseil d’analyse économique

Créé le

26.07.2016

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Mis à jour le

31.08.2016

Comparée à celle de la Silicon Valley ou de Londres, l’activité du capital-risque en France est moins développée. Pour la stimuler, le Conseil d’analyse économique (CAE [1] ) a remis au gouvernement une note rédigée par Jean Tirole (prix Nobel d’économie), Augustin Landier (École d’économie de Toulouse) et Marie Ekeland (Daphni, France Digitale) [2] . Parmi les recommandations formulées dans ce document, nombre d’entre elles concernent Banque Publique d’Investissement (BPI). En effet, le capital-risque français se caractérise par l’importance de l’intervention publique : 22,3 % des levées en 2012-2015, contre seulement 2,8 % au Royaume-Uni. Pour les auteurs, la forte présence de BPI sur le marché du capital-risque français pourrait rebuter les investisseurs étrangers en donnant l’impression que cette activité est en partie nationalisée en France. Voilà peut-être l’un des paramètres qui expliquent que 73 % des tours de table en France sont composés uniquement d’investisseurs français dans les start-up « tech ». Au Royaume-Uni, 53 % seulement des tours de table sont composés uniquement de Britanniques.

Par ailleurs, selon le CAE, « les exigences de performance d’un acteur public n’étant pas les mêmes que celles d’un acteur privé, la forte présence de BPI pourrait tirer à la baisse la performance des fonds français ».

Enfin et surtout, selon Augustin Landier, « la doctrine de la BPI doit être clarifiée. L’objectif de BPI pourrait être de faire naître un écosystème autonome d’investisseurs privés en capital-risque investissant en France. Un effet pervers potentiel de l’action de BPI est qu’elle conduit les investisseurs institutionnels à une attitude assez suiviste : BPI se charge des due diligences et si elle décide d’investir, les institutionnels suivent. Ceux-ci ne sont donc pas autonomes. De plus on peut s’interroger sur la trajectoire future de la taille de la BPI : si on parvient à attirer assez de capitaux privés (notamment étrangers), la BPI pourrait être appelée à baisser la voilure. »

 

[1] Le CAE a pour mission d’éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement en matière économique.

[2] « Renforcer le capital-risque français », note présentée à la directrice du cabinet du Premier ministre le 4 juillet 2016.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº799