Au lendemain des élections présidentielles françaises, les banques craignent de nouvelles décisions visant à réduire les risques que présente la sphère financière pour la stabilité économique. Les activités de banque de détail et de BFI devront-elles divorcer ? Cela réduirait le caractère systémique des établissements. Jean-Pierre Mustier (UniCrédit) propose une alternative à cette idée de séparation, qu’il rejette tout en reconnaissant le besoin de sécurité éprouvé par le corps social.
Beaucoup a déjà été fait pour réduire les risques bancaires. Avant d’aller plus loin, une analyse des conséquences des récentes régulations est indispensable. Or, dans bien des cas, la recherche de sécurité entraîne d’importants inconvénients. Elle menace la principale activité bancaire qui consiste à financer l’économie, comme l’explique le directeur des risques de la BRED Banque Populaire, Stéphane Mangiavacca. Elle induit également de nouveaux risques : la chasse au risque de contrepartie peut créer un risque de liquidité, selon Elsa Sitruk et Stéphane Kourganoff (Ester). Pire encore, le risque est reporté sur les entreprises clientes des banques qui pourraient donc bien devenir un maillon du risque systémique. Autre paradoxe, souligné cette fois par Lionel Castelin d’Audisoft Consultants : le ratio de liquidité LCR de Bâle III pousse les banques à acheter des obligations souveraines, elles-mêmes non dénuées de risques pour la solvabilité des établissements. Pas facile donc pour les banques de gérer leurs risques de façon globale. Un banquier parle même de « grand écart ».
Les assureurs eux aussi sont victimes des incohérences de la régulation : la VaR (Value at Risk) imposée par Solvabilité 2 n’est pas adaptée à leur activité. Pire, elle vient gêner le recours à certaines techniques de couverture du risque, comme le souligne Philippe Foulquier, professeur à l’Edhec.
La multiplication des réglementations a généré un nouveau risque à l’échelle des banques : la non-conformité. Ne pas respecter les nombreux textes officiels qui s’appliquent aux banques fait encourir aux établissements des amendes et une dégradation de leur image.
Quant à la crise, elle rend le risque opérationnel plus sensible. Par exemple, jamais les positions de Jérôme Kerviel – dont le procès en appel s’ouvre le mois prochain – n’auraient été aussi perdantes en période de calme sur les marchés financiers.
Les établissements financiers sont enjoints de cerner l’ensemble de ces risques dont la gestion demande des efforts croissants, d’où la valorisation des fonctions risques qui sont de plus en plus étoffées.