« Inférieur à, mais proche de 2 % ». Là se situe le niveau ciblé par la BCE pour son objectif d’inflation. L’institution est mise en échec depuis plusieurs années car l’inflation est trop basse et ne décolle pas malgré une politique monétaire considérée comme ultra-accommodante. Alors qu’elle mène actuellement une Revue stratégique, elle pourrait être tentée de s’inspirer de la décision prise le 27 août dernier par la Réserve Fédérale dont la problématique est proche de celle de la BCE. Le président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, a annoncé son nouvel objectif : average inflation targeting ou objectif d’inflation moyenne. Il s’agit d’obtenir une inflation moyenne de 2 % sur un horizon de temps plus ou moins long, ce qui implique de faire grimper durablement le taux au-dessus de 2 % puisque ces dernières années il a été inférieur à sa cible. Une telle perspective permet de compter sur une politique durablement accommodante puisque la banque centrale ne sera pas contrainte de resserrer la visse dès que l’inflation reviendra et avec elle, en principe, la reprise économique. Selon Patrick Artus, chef économiste de Natixis (lire son article), « la BCE pourrait, dans la revue stratégique de sa politique, passer à un objectif d’inflation symétrique autour de 2 %, ce qui ressemble furieusement à un objectif d’inflation moyenne. »
Mais quelle est la probabilité de voir le niveau de l’inflation grimper ? Selon Patrick Artus deux scénarios totalement divergents sont plausibles : la déflation et l’hyper-inflation. Toutefois, le plus probable est un scénario intermédiaire, entre déflation et inflation, avec par exemple environ 2 % aux États-Unis et 1 % dans la zone euro, comme les marchés s’y attendent.
Dans l’hypothèse d’une inflation plus musclée, Stéphane Déo, directeur Stratégie marchés chez Ostrum Asset Management, insiste dans son texte sur l’impréparation des marchés à ce scénario, surtout en zone euro : « à l’heure actuelle
Si elle est insuffisante depuis plusieurs années, une inflation excessive serait, elle aussi, dommageable. L’Allemagne a la réputation d’être particulièrement craintive face à une inflation trop forte et cette appréhension s’expliquerait par l’épisode traumatisant d’hyperinflation que le pays a connu dans les années 1920. Cet évènement est sans doute encore présent dans l’inconscient collectif allemand, mais d’autres facteurs peuvent expliquer la préoccupation qui existe outre-Rhin vis-à-vis de l’inflation, comme le montrent Sabine Le Bayon et Christophe Blot, économistes à l’OFCE-SciencesPo (voir leur texte). Par exemple, le taux d’épargne, très élevé en Allemagne, rend sensible la question de l’inflation, phénomène susceptible de grignoter le capital sur le long terme.
Le contexte de ces dernières années en zone euro, avec une inflation faible malgré une reprise économique à partir de 2014 a nourri les débats au sujet de la courbe de Phillips, cette relation entre inflation et activité économique. Yannick Kalantzis, adjoint au directeur de la Conjoncture et des Prévisions macroéconomiques au sein de la Banque de France (voir son texte), montre que « la courbe de Phillips fournit une grille de lecture utile de l'inflation. […] Toutefois, la courbe de Phillips n'explique pas tout et l'inflation simulée s'écarte parfois substantiellement de l'inflation observée. »
Il reste maintenant à examiner la crise en cours, qui est d’une telle ampleur qu’elle pourrait s’accompagner de changements structurels susceptibles de modifier le processus de formation des prix. S. G. Achevé de rédiger le 8 février 2021