« Il faut donner au marché les victimes sacrificielles qu'il attend », estime Jérôme Legras, directeur de la recherche d'Axiom AI, investisseur en obligations bancaires ; charge au Comprehensive Assessment (Évaluation complète des grandes banques de la zone euro) d'identifier les établissements qui méritent d'être montrés du doigt. C'est le prix à payer pour restaurer la confiance dans le système bancaire de la zone euro.
Pour réaliser un bilan de santé fiable des établissements, la BCE a conçu un examen d'une ampleur inégalée. Le directeur délégué des risques du Groupe Société Générale, Arnaud Jacquemin, récapitule : « La première partie (évaluation prudentielle des risques) s'est déroulée sur le dernier trimestre 2013. L'AQR, qui a commencé en février, va se poursuivre jusqu'en juin environ. La dernière phase, les stress-tests conduits par l'EBA, prendra place à partir de la fin du printemps et se terminera à la rentrée. Les derniers développements du Comprehensive Assessment interviendront probablement jusqu'en septembre ou octobre. L'exercice s'étale donc sur presque un an » (voir son interview).
Outre sa durée, l'examen est également très minutieux, voire trop. Robert Ophèle, second sous-gouverneur de la Banque de France admet que « passer en revue plus de 50 % des RWA des banques, c'est en effet probablement un peu excessif, mais il faut l'assumer ». Il souligne également dans son interview que le Comprehensive Assessment va plus loin que l'examen mené en 2008 par les États-Unis, qui sert souvent de référence.
À l'approche de l'exercice initié par la BCE, de nombreuses banques ont ajusté leur bilan (augmentation de la couverture des crédits douteux, renforcement du capital...). Ainsi, à l'issue de l'exercice, le nombre de banques identifiées comme fragiles par la BCE pourrait être peu élevé (voir l'article de Cyril Meilland, analyste bancaire chez Kepler Cheuvreux). Le marché jugera-t-il alors que le Comprehensive Assessment a été indulgent ? Pour le moment, la crédibilité de l'exercice n'est guère remise en cause par les investisseurs.
Reste à savoir comment seront traités les besoins de capital identifiés par la BCE. Selon Patrick Artus et Alan Lemangnen (Natixis), les États dans lesquels les banques concernées seront situées pourraient être mis à contribution (voir leur article). Le lien banque-État va ainsi être resserré et la