La préparation à l'
Unicredit illustre de façon extrême le nettoyage de bilan. Outre 9,3 milliards d'euros de dépréciation de survaleurs et autres actifs incorporels nés d'acquisitions réalisées avant la crise, le groupe a aussi passé 7,2 milliards d'euros de provisions sur crédits, portant le montant total de provisions en 2013 à 14,7 milliards d'euros et le taux de couverture à plus de 51 % sur les crédits douteux totaux (+7 points par rapport à fin 2012), dont plus de 61 % sur les crédits faisant l'objet de provisions spécifiques (+6 points par rapport à fin 2012). Ce montant résulte d'une révision des crédits restructurés, suivie :
- d'un transfert d'une partie de ces crédits en encours dépréciés à titre individuel ;
- d'une couverture de ces crédits transférés à 50 % au moins ;
- d'une révision de la valeur des collatéraux, en appliquant une décote d'au moins 55 % ;
- d'une révision prudente des modèles de perte attendue (expected loss).
Période favorable aux augmentations de capital
Les autres banques, dont les ratios de capital étaient trop faibles ou qui bénéficiaient encore d'une aide d'État, ont cherché à profiter d'une fenêtre favorable sur les marchés ces 6 derniers mois pour lever le capital dont elles avaient besoin. La liste des banques ayant émis des actions depuis le début de l'année ou s'apprêtant à le faire d'ici la fin du semestre est longue : Raiffeisen International a levé 2,8 milliards d'euros en février, initialement pour rembourser 2,5 milliards d'aide d'état. Les banques grecques Piraeus et Alpha projettent d'émettre respectivement 1,75 et 1,2 milliard d'euros, pour couvrir les besoins de provisionnement calculés par la banque centrale avec l'aide de BlackRock Solutions et rembourser les actions de préférence détenues par l'État grec. Enfin, les banques italiennes ont prévu plus de 8 milliards d'émissions : Monte Paschi di Siena (projet de 3 milliards d'euros), Banco Popolare (1,5), BP Milano (0,5), Banca Carige (0,8), Credito Valtelinese (0,4), BP Sondrio (0,35), BP Vicenza (non cotée, 1), Banca delle Marche (0,5).
Il est notable que ces émissions visent en général à porter le ratio de solvabilité Common Equity Tier 1 (CET1) à 10 % sous la réglementation CRD 4 (Bâle III dans l'Union européenne), sans
Au-delà des augmentations de capital pour les plus fragiles, les banques doivent composer avec le thème d'investissement dominant du secteur pour l'instant – à savoir le retour de capital à l'actionnaire – et avec la prudence de règle avant les résultats de l'AQR. Peu de banques se risquent à briser la barrière d'un taux de distribution de dividende de 50 % des résultats – la plupart restent prudemment en dessous – et le rachat d'actions reste tabou en Europe.
Outre le renforcement des fonds propres durs, la recherche frénétique de rendement des investisseurs crédit, la volonté des banques de mieux structurer leur capital et la pression des régulateurs pour constituer des coussins supplémentaires se sont traduites par l'émission de capital Tier 1 additionnel
Enfin, certaines banques ont accéléré, voire augmenté, leur programme d'allégement de bilan : Deutsche Bank a initié fin 2013 la réduction de son bilan de 250 milliards d'euros, Unicredit a mis à l'écart pour 87 milliards d'euros d'actifs (54 net de provisions) afin d'accélérer leur sortie de bilan et a annoncé la cession de 910 millions d'euros de dettes junior et mezzanine sur des financements de projets en Italie.
Aucune banque ne reconnaîtra qu'elle a réduit son appétit pour le crédit, mais la France est le seul pays de la zone euro dont les encours continuent à progresser – modestement il est vrai, et surtout grâce au crédit immobilier – en ce début d'année ; il est difficile de faire la part des choses entre une demande faible et une politique de risque prudente ou de reconstitution des marges.
Dernier exemple, les banques espagnoles ont fortement réduit leur détention de dettes publiques au mois de décembre, avant la clôture de leurs comptes annuels.
Pas de surenchère de la part des superviseurs nationaux
Les superviseurs nationaux semblent avoir préparé les banques sous leur surveillance avant même le début des travaux de l'AQR. La classification des encours douteux publiée par l'EBA fin 2013 et notamment les nouvelles règles concernant les prêts refinancés et restructurés ont été largement implémentées par les banques, qui ont également été incitées à réviser leur politique de provisionnement, comme on l'a vu. Mais la lenteur de la reprise économique et la crise en Ukraine, ainsi que des événements nationaux spécifiques comme en Autriche le sauvetage de la banque Hypo Alpe-Adria, ont pu conduire à des positions plus sévères : d'après la presse, Raiffeisen International serait finalement contraint de conserver son aide d'État pour quelque temps encore à la demande de son superviseur ; autre exemple : la prudence vis-à-vis des résultats de l'AQR et des stress-tests a sans doute guidé la décision de KBC de ne pas rembourser son aide d'État cette année. L'heure est au maintien des coussins.
Toutefois, il ne semble pas que les superviseurs de la zone euro, ni même la BCE dans son rôle de superviseur unique, aient pour projet de fixer un plancher collectif de ratio de solvabilité (pour le CET1 ou même le ratio de levier) supérieur à ce qui sera demandé pour l'AQR – CET1 de 8 % minimum selon les règles du CRD 4/CRR applicables au 1er janvier 2014. Si les recapitalisations récentes visent toutes un niveau de 10 % de CET1 sans phasage des déductions (Raiffeisen International, Banco Popolare, BP Milano, etc.), c'est à l'initiative des banques afin de séduire les marchés.
Cette question du niveau minimum du ratio de solvabilité sera un déterminant important du régime de rentabilité et de distribution de dividendes des banques de la zone euro après l'Évaluation complète. Contrairement aux pays nordiques, la Suisse ou la Grande-Bretagne, qui ont adopté des coussins de solvabilité en plus des règles minimum et des coussins
Les efforts des banques salués par les marchés
La réaction des marchés à ces efforts de préparation par les banques et aux détails sur le processus d'Évaluation complète publiés ces derniers mois s'est inscrite dans un environnement favorable, marqué par des signes de reprise économique et des afflux de capitaux cherchant à s'investir en Europe, en partie au détriment des marchés émergents. L'émission de capital au sens large profite d'une fenêtre très favorable sur les marchés et la bonne réponse générale aux efforts de clarification fournis par les banques sur leurs comptes est une forte incitation à les poursuivre.
La réaction des marchés relève d'une certaine indulgence, qui s'explique dans une large mesure, selon nous, par l'impression qu'ont les marchés d'assister à un processus qui rapproche les banques de leur rentabilité normalisée. Les provisions dotées en 2013 et les levées de capital étaient largement attendues pour les années ultérieures. L'accélération du calendrier et les bonnes conditions dans lesquelles ces efforts sont consentis sont autant de bonnes nouvelles.
Les marchés sont-ils alors prêts à accepter des résultats largement positifs de l'AQR et des stress-tests ? La question mérite d'être posée car, dans l'hypothèse où la sévérité des stress-tests sera en ligne avec les premières indications données sur cet exercice, les banques auront consenti des efforts suffisants pour que la plupart d'entre elles passent l'Évaluation complète avec les honneurs. La déception que pourraient constituer des résultats que les marchés jugeraient peu sévères, concluant à de faibles besoins de recapitalisation ou de compléments de provisions, constitue toujours un risque pour la valorisation du secteur et la crédibilité de la BCE comme superviseur unique. Mais cela dépendra beaucoup de la situation au moment de ces résultats, en octobre. Si la reprise se confirme et les signes de tension dans la zone euro s'atténuent, notamment les rendements des dettes publiques des pays les plus fragiles, alors il est probable que les résultats de l'Évaluation complète auront un faible impact. En revanche, la bonne nouvelle que constituent des stress-tests passés haut la main pourrait ne pas être vue comme telle par les investisseurs s'ils ont, au moment des résultats, le moindre doute quant à la réalité de la reprise.
Préliminaire aux changements structurels du secteur
Le principal bénéfice de l'Union bancaire est selon nous de favoriser les changements structurels rendus nécessaires par la crise et la nouvelle réglementation, en particulier la consolidation du secteur. Le nouveau régime de rentabilité des banques, compte tenu des nouveaux besoins en capital et d'un environnement de taux durablement faible, laisse peu de chance de survie durable à un certain nombre d'établissements. D'autre part, en relevant les barrières à l'entrée, les nouvelles contraintes réglementaires favorisent la concentration et, de façon paradoxale compte tenu du débat en cours sur la structure des banques universelles, l'intégration plus poussée entre banque de détail et banque d'investissement pour les processus de collecte de liquidité et de distribution de crédit, que ce soit la syndication de prêts bancaire classique ou le placement de titres de dettes cotés sur les marchés.
L'Union bancaire est l'outil indispensable de cette évolution structurelle, parce qu'elle renforce le cadre de la supervision en zone euro et parce qu'elle sécurise et relance l'intégration géographique des marchés bancaires. Elle permet donc de traiter des institutions plus complexes et plus diversifiées géographiquement. Il nous apparaît évident que, une fois passé l'acte fondateur de cette Union Bancaire qu'est l'Évaluation complète, le secteur sera préparé à une vague de consolidation qui finalisera la concentration des derniers marchés fragmentés de la zone euro, et permettra l'avènement de grands acteurs régionaux et multinationaux de la banque de détail.