Les vingt dernières années ont effacé l’image d’obligation légale qu’avait l’assurance, complément de la Sécurité Sociale, gestionnaire de systèmes publics de garanties étatiques (catastrophes naturelles) et finalement d’auxiliaire ou de mandataire des Pouvoirs Publics. L’industrie est désormais au centre d’un vaste système de marché qui veut répondre aux besoins sociétaux de protections diverses : des biens, de l’épargne et de ses emplois, de la santé et des multiples responsabilités qui pèsent sur les individus et les entreprises.
Cette démarche repose sur le transfert à des tiers de confiance, assureurs, réassureurs et/ou marchés financiers, des risques connus, mesurés, délimités, tarifés. Elle requiert donc que cette confiance soit mesurée par la solvabilité des acteurs, ce qu’organise la réglementation européenne. En contrepartie, l’assureur se voit contraint à une analyse renouvelée de son niveau de fonds propres, de leur emploi, de leur rentabilité et de leur optimisation. La croissance vertigineuse des encours de risques et leur contrepartie en provisions donnent une grande vigueur aux travaux sur la gestion optimale des actifs.
En pratique, l’industrie de l’assurance mobilise désormais des compétences multiples et diverses : l’actuariat, nerf historique de la science du risque, mais aussi le Droit, car les risques résultent le plus souvent de textes juridiques, nombreux, nationaux ou européens qui justifient l’intervention du transfert de risques. Les sciences du Management apportent les compétences nécessaires pour analyser les modèles d’affaires, définir les stratégies, construire les organisations. Nos ressources en informations sont depuis toujours au centre de l’organisation des entreprises : la digitalisation, le Big Data et désormais, l’intelligence artificielle ainsi que la blockchain révolutionnent tous les métiers : tarification, gestion des contrats, marketing, distribution, souscription des risques, organisation des entreprises et évidemment structure et gestion des systèmes d’information.
La recherche apporte déjà beaucoup à ce monde en mouvement du transfert de risques. Au niveau fondamental, elle permet d’identifier les risques, notamment « émergents », mais aussi de mesurer les perspectives d’évolution de risques existants. Les inondations et tempêtes existent de toute éternité ; la science cherche à savoir si les concentrations des risques croissent dans l’espace et dans le temps, si les gravités augmentent avec le changement climatique et si les fréquences en sont affectées.
Plus modestement, la recherche travaille à définir les conditions d’assurabilité des risques qu’apportent la demande sociétale et les réglementations qu’elle provoque : responsabilité environnementale des entreprises par exemple et demain, voiture autonome. Sans parler des perspectives du risque « Santé » qui posent au-delà des questions médicales, des questions d’éthique. La recherche dans l’Assurance enrôle donc déjà des Juristes spécialistes de la « conformité », de plus en plus complexe dans les exigences, par exemple, sur les conflits d’intérêts des commerciaux, elle pourrait demain s’associer des moralistes et des philosophes sur la gestion de la santé et du génome humain.
L’Assurance a encore et toujours besoin de la recherche pour accroître la qualité de sa gestion des entreprises et des services qu’elle rend. Le Big Data ouvre au marketing des ressources considérables si l’on sait interpréter les signaux statistiques faibles. Les Juristes n’ont pas fini d’explorer les nouvelles conditions de gestion des données qu’imposent les règles de préservation de la confidentialité des données personnelles. Les actuaires travaillent de mieux en mieux, à l’intérieur même de la réglementation européenne sur la Solvabilité, au développement des modèles internes d’entreprise, à la gestion optimale de l’adossement Actif/Passif (ALM), à l’évaluation des marges de sécurité sur les « Best Estimate ». Les comptables ouvrent avec les IFRS 17 des perspectives considérables de travaux, sans parler des efforts de réconciliation entre comptabilités statutaire, de Groupe (IFRS) et prudentielle (Solvency II).
Enfin, nous ne pouvons ignorer la concurrence historique entre les approches publiques des risques (la solidarité nationale financée par les budgets publics) et les techniques de marché. La recherche économique devrait apporter, avec une recherche de la frontière efficiente entre les deux systèmes, des pistes de réflexion nécessaires au marché de l’assurance qui a besoin de conforter son approche de l’assurabilité et des besoins de capacité et aux Pouvoirs Publics, soucieux d’optimiser l’emploi des Finances Publiques.
Ils ont dit
Solva II et au-delà…
"La question du « risque systémique », et de l’opportunité d’instituer des « contrôles macroprudentiel » des entreprises en plus (et non à la place) des contrôles microprudentiel liés à Solvency II pose surtout la question de la concurrence entre les acteurs européens du contrôle : le FSB, l’IAIS, etc."
Patrick Thourot, Forsides Actuary, et Philippe Morin, Diplômé Institut des actuaires français, Chronique réglementaire, ENASS Papers n° 16, Banque Stratégie n° 374, décembre 2018, p. 51.
Risque nucléaire
"Les exploitants, et notamment EDF, estiment curieusement que les primes d’assurances […] sont trop élevées. Ils ont donc construit des compagnies captives d’assurance […]. Ces captives, sises dans l’Union européenne, sont soumises à Solvabilité 2."
Alexandra Vukovsky, Master ENASS 2017, ENASS Papers n° 16, Banque Stratégie n° 374, décembre 2018, p. 17.
Digital
"Les assureurs traditionnels vont de plus en plus utiliser les services d’une InsurTech pour faire évoluer ou compléter leur offre d’assurance."
Mariam Khadira, Master ENASS 2018, Chubb, ENASS Papers n° 16, Banque Stratégie n° 374, décembre 2018, p. 19.
Directive sur la distribution en assurance
"Cette directive s'inscrit dans une tendance lourde en Europe consistant […] à intégrer une vision de la conformité en assurance fondée sur une approche par les risques, à l'instar d'autres réglementations récentes."
Nicolas Dufour, professeur affilié, Paris School of Business, Risk Manager, et Émilien Creniaut, Risk Manager, ENASS Papers n° 16, Banque Stratégie n° 374, décembre 2018, p. 33.
Dépendance
"Le marché assurantiel de la dépendance correspond à un marché de niche, en raison de sa taille, sa faible concentration d’acteurs, et des profits importants à venir, du fait de son expansion espérée."
John-Adson Zephir, Master ENASS 2017, AXA Santé Collectives, ENASS Papers n° 15, Banque Stratégie n° 369, mai 2018, p. 12.
Environnement
"La directive européenne sur la responsabilité environnementale a été transcrite en droit français par la loi de 2008. Elle a permis le développement de l’« assurance environnement », mais n’a pas atteint tous les objectifs fixés et a introduit une certaine insécurité juridique."
Marie Poyer, Master ENASS 2017, Marsh, ENASS Papers n° 15, Banque Stratégie n° 369, mai 2018, p. 5.
Catastrophes majeures
"Une restructuration du risk management public, éparpillé et dilué entre divers ministères et organismes, serait souhaitable d’une part pour une approche globale des risques majeurs et émergents, d’autre part pour la sécurité des comptes publics."
François Vilnet, président de l'IFTRIP, ENASS Papers n° 15, Banque Stratégie n° 369, mai 2018, p. 22.