Financement du BFR

"La banque a souvent du mal à évaluer nos demandes"

Créé le

13.12.2010

-

Mis à jour le

06.01.2011

Selon Lionel Mailly, les banquiers ne sont pas très à l’aise face au demande de financement du besoin en fonds de roulement. Pour l’évaluer, ils doivent sortir de leurs méthodes classiques de calcul de ratios fondés sur le bilan et le compte de résultat. Et entrer bien plus avant dans le fonctionnement au quotidien de l’entreprise.

Quelle est l’intervention des banques dans le financement des besoins en fonds de roulement (BFR) des entreprises ?

La problématique du BFR est le décalage de trésorerie qui peut exister entre le moment où l'on paye les charges et les stocks et celui où sont encaissées les ventes. Pour le couvrir, le directeur financier va d’abord tenter d’agir en interne : sur les délais de paiement accordés aux clients et sur les siens vis-à-vis de ses fournisseurs, mais la loi LME encadre désormais cette pratique puisqu’à compter de 2012 la durée du crédit entreprise ne pourra plus dépasser 45 jours. C’est donc une gestion sur laquelle le directeur administratif et financier (DAF) ne peut intervenir seul, même en interne : il doit mobiliser les services des achats, de gestion des stocks, de production, ou commercial.

Si le décalage persiste, il sollicitera sa banque. Mais je ne suis pas le seul DAF à avoir constaté que le banquier ne voit la maîtrise du BFR que par les ratios qu’il va tirer des documents comptables – bilan et compte de résultat. Son analyse reste trop théorique alors que la résolution du BFR est beaucoup plus complexe : il s’agit de maîtriser les achats, les ventes et les stocks. La banque ne les voit pas et n’intègre pas les efforts déployés en interne pour améliorer la situation. Du coup, elle a souvent du mal à évaluer nos demandes et à y répondre.

Que faire pour y remédier ?

Le DAF pilote le BFR en définissant des indicateurs ad hoc avec les métiers concernés. Il peut les communiquer à son banquier, mais celui-ci doit lui faire confiance sur l’efficacité des méthodes appliquées. Certes, ce sera plus simple pour une entreprise qui a l’habitude de discuter fréquemment avec son banquier ; celui-ci a alors une connaissance plus approfondie du fonctionnement de l’entreprise et constitue alors une interface plus efficace avec le service d’engagements et de crédits de son établissement, pour montrer comment les actions engagées en interne viendront se traduire dans les documents comptables.

Avez-vous parfois eu recours à un factor ?

Cela m’est arrivé dans un autre cadre professionnel. Le problème est que l'affacturage reste cher ; il est proposé par les banques en dernier recours, souvent pour se désengager, et utilisé par l’entreprise quand elle est dans un état de santé alarmant. Ce n’est donc pas forcément la bonne solution.

A contrario, quand il s’agit d’investissements, comment se passe la relation avec le banquier ?

Les banquiers sont plus à l’aise sur ce type de financement fondé sur un matériel, pour lequel ils vont calculer des ratios d’endettement et la capacité de l’entreprise à faire face aux charges de remboursement. De plus, les investissements sont générateurs de capacités d’autofinancement. Ils s’inscrivent dans un plan de développement, donc d’un meilleur résultat de l’entreprise. Sauf bien sûr lorsque les investissements se placent dans un cadre de restructuration ; par exemple, une entreprise qui s’apprête à licencier du personnel et à investir dans une chaîne d’automatisation. À l’heure actuelle, les entreprises étant un peu frileuses, lorsqu’elles investissent, c’est que la situation est meilleure. Et la banque peut prendre des garanties sur le matériel. Cela les rend plus sereins.

Quelle importance donnez-vous à la communication avec votre banquier ?

J’ai toujours préconisé la communication, surtout quand la situation est mauvaise, comme c’est le cas depuis 2008. Dans notre secteur d’activité, les chiffres présentés par la Fédération française des tuiles et des briques accusent une baisse d’activité de 25 % en 2009 et de 20 % en 2010. Les trésoreries risquent d’être tendues, avec des baisses de chiffre d’affaires ou de rentabilité. Si l’entreprise est suffisamment claire avec ses business plans, elle peut anticiper ses difficultés ; le banquier peut s’y préparer et comprendre la situation. Découvrir les choses trop tardivement empêche souvent d’agir.

Vos banquiers vous donnent-ils des informations sur la façon dont la cotation interne des banques est construite ?

Ils nous en donnent effectivement le taux. Quant à savoir comment elle est construite et comment elle évolue, c’est moins facile. Autant nous arrivons à comprendre celle de la Banque de France, autant la cotation interne des banques n’est pas toujours très intelligible. Néanmoins, notre cotation Banque de France est restée la même ; celles de notre banquier et de notre assureur-crédit également.

Qu’avez-vous pensé des mesures prises par le gouvernement pour faciliter le financement des entreprises ?

C’est très bien, mais qu’il s’agisse de l’intervention du médiateur ou d’Oseo, c’est l’État qui fait le travail à la place des banques. J’aurais été agréablement surpris que ces dernières prennent d’elles-mêmes l’initiative pour certaines mesures. De même, dans l’assurance-crédit, les CAP et les CAP+ ont aussi été proposés par l’État, mais pas spontanément par les assureurs.

Qu’auriez-vous attendu des banquiers pendant cette période de crise ?

Ils auraient pu proposer sur un plan à court terme des taux intéressants à des entreprises en difficulté. Nous-mêmes sommes prêts à baisser notre prix pour obtenir un chantier et sauvegarder notre chiffre d’affaires : pourquoi pas les banques ? Cela a été fait au final, mais avec des aides de l’État.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº732