Interview d’Emmanuelle Assouan, secrétaire générale de l’ACPR

« Nous voulons simplifier
la supervision sans l’affaiblir »

Créé le

21.07.2026

-

Mis à jour le

22.07.2026

Compétitivité bancaire, IA, lutte antiblanchiment, crédit privé, climat... Emmanuelle Assouan dresse un bilan du premier semestre 2026 et des priorités à venir de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Face à des risques plus diffus et plus technologiques, elle plaide pour une supervision recentrée sur les vulnérabilités les plus critiques.

Depuis votre prise de fonction en mars dernier, quel bilan dressez-vous des missions de l’ACPR ?

Les banques et les assureurs ont entamé l’année 2026 avec une position très stable et robuste. Leur résilience se consolide année après année. Malgré tout, notre supervision est restée en alerte à court terme, compte tenu des chocs macroéconomiques supplémentaires, après ceux déjà emmagasinés depuis 2020. Nous avons successivement fait face au Covid, à la guerre en Ukraine, au retour de l’inflation, aux faillites de SVB et de Credit Suisse, à la guerre tarifaire en 2025, puis au conflit en Iran et à ses conséquences sur le pétrole et le gaz. Nous devons surveiller ces vulnérabilités de court terme compte tenu des risques financiers, de crédit ou de marché qu’elles peuvent amener.

Cette vigilance ne doit pas occulter les enjeux stratégiques de moyen et long terme. Plusieurs grands chantiers nous occupent en 2026, comme le risque cyber avec la mise en œuvre de DORA (Digital Operational Resilience Act). Pour cette réglementation, qui s’applique depuis 2025, nous contrôlons désormais en priorité la gouvernance du risque cyber, la gestion et le reporting des incidents. Nous étudions aussi avec attention l’évolution des modèles d’affaires dans la banque de détail ; et nous avons entamé notre chantier de simplification. Notre but : renforcer la supervision par les risques afin d’allouer nos ressources aux menaces émergentes et les plus sévères. Concrètement, nous l’avons déjà mise en place, depuis 2025, pour les banques que nous supervisons directement, à savoir les établissements les moins significatifs (LSI). En fonction d’une matrice de risque que nous avons définie, nous acceptons des revues de risque à un rythme plus espacé (plus forcément annuel) pour les modèles d’affaires les plus sécurisés, les plus stables et les moins risqués.

La simplification est justement au cœur de la proposition de la Commission sur la compétitivité bancaire qui revient sur le devant de la scène. Quelle est votre vision sur ce sujet ?

Depuis la crise de 2008, nous avons travaillé de façon très assidue et très efficace pour renforcer la résilience financière et la solidité du système financier en Europe. La réglementation et la supervision européenne, sous l’égide du SSM (Single Supervisory Mechanism, ou mécanisme de surveillance unique, MSU) ont bien atteint leur objectif de résilience. Il y a eu des faillites en dehors de l’Europe, en Suisse et aux États-Unis, sans que cela n’affecte les banques françaises et de la zone euro.

Désormais, nous faisons face à plusieurs défis. Le premier consiste à dégager des financements supplémentaires pour les transitions digitale et climatique, ainsi que pour la défense européenne. Des montants colossaux doivent être mobilisés chaque année. Dans ce contexte, améliorer la compétitivité des banques européennes devient un enjeu central. Car si le financement de l’économie européenne reste en majeure partie bancarisé, il dépend aussi de plus en plus des marchés. C’est tout le sens de l’Union pour l’épargne et l’investissement, en cours de préparation. Or les banques y jouent un rôle clé pour structurer, placer les émissions et faciliter la circulation de l’épargne vers l’investissement. Sur la banque de financement et d’investissement (BFI), les parts de marché des acteurs européens reculent face à leurs homologues américains, qui représentent désormais environ 60 % des services de BFI fournis au sein de l’Union européenne. Pour maintenir notre autonomie stratégique jusque dans le maillon du financement, sans dépendre du bon vouloir d’acteurs de pays tiers, il faut alléger une partie des charges réglementaires indues des acteurs européens.

Comment allier supervision robuste et simplification des exigences réglementaires pour favoriser une plus grande compétitivité des banques européennes ?

Sur la réglementation, l’Europe a parfois pu créer du « gold-plating », c’est-à-dire une sur-transposition de certains standards internationaux pour les textes européens, et des redondances entre exigences. Nous avons donc vocation à rester conformes aux standards internationaux de Bâle III et à maintenir les exigences de capital nécessaires à la résilience et à la stabilité financière, mais aussi à retirer les éléments superfétatoires ajoutés au niveau européen. Il s’agit de simplification européenne, et non de dérégulation à l’américaine.

Par exemple, des pistes de simplification existent notamment en matière de résolution bancaire, c’est-à-dire les règles prévues pour gérer une banque en difficulté sans faire peser le coût de sa défaillance sur les contribuables. Aujourd’hui, les exigences de capital dites MREL (Minimum Requirement for own funds and Eligible Liabilities) et TLAC (Total Loss Absorbing Capacity), soit les coussins de dettes et de fonds propres mobilisables en cas de crise, peuvent être mesurés à partir de six exigences alternatives. Ce cadre est devenu complexe et gagnerait à être simplifié. Le même enjeu se pose pour les instruments macroprudentiels, qui visent à prévenir les risques pesant sur l’ensemble du système financier. En Europe, le SyRB (coussin de risque systémique) s’ajoute aux coussins contracyclique et systémique global. Nous considérons que le SyRB n’est pas nécessaire. Le rapport de l’Autorité bancaire européenne (ABE) sur le capital stack, c’est-à-dire l’empilement des différentes exigences de capital imposées aux banques, recommande d’ailleurs de simplifier l’articulation entre le CCyB (coussin contracyclique) et le SyRB.

Sur la supervision, la fluidité de la circulation de la liquidité et du capital au sein de la zone euro est un sujet important. Nous pouvons accorder des waivers de liquidité, soit une exonération des filiales et succursales de réserves de liquidité au niveau national. Mais en pratique, les superviseurs locaux préfèrent souvent conserver des poches de liquidité dans chaque entité. Avec un superviseur unique pour un grand nombre d’institutions européennes, les engagements des maisons mères envers leurs filiales devraient suffire à rassurer les superviseurs des pays d’accueil. Cette optimisation, qui devrait se faire par défaut dans l’union bancaire, ne fonctionne pas encore bien et il y a là une marge de progrès importante.

Enfin, le reporting présente un coût important. L’Autorité bancaire européenne a publié mi-avril un rapport, soumis à consultation, sur des allégements de reporting. Il s’agit d’un axe très important pour nous, d’autant que d’autres réglementations pourraient créer de nouvelles obligations déclaratives. Il faut faire un grand tri pour ne conserver que les reportings réellement nécessaires à notre supervision par les risques renforcée et à la gestion des risques des établissements eux-mêmes.

L’ACPR a déjà fait état d’une hausse des demandes d’agrément en France. Est-ce une surprise ?

La forte attractivité de la Place de Paris est une bonne surprise. Elle capture une part importante de l’activité d’agrément au sein de la zone euro. En 2025, environ la moitié des dossiers de demande concernait Paris, soit une multiplication par quatre à cinq par rapport aux années précédentes qui étaient relativement stables. Ce mouvement se poursuit en 2026, avec notamment des demandes pour exercer à Paris en tant qu’établissement de crédit.

Deux tendances se dégagent. Les demandes proviennent d’une part, des entreprises technologiques, et d’autre part, des établissements étrangers. Les fintechs, en phase de croissance, qui ont souvent expérimenté leur modèle d’affaires sous un statut d’établissement de monnaie électronique ou de paiement, souhaitent un statut d’établissement de crédit pour poursuivre leur développement tandis que certains grands groupes étrangers revoient encore leur stratégie d’implantation dix ans après le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Certains repositionnent leur filiale pour l’Union européenne à Paris, compte tenu de notre écosystème financier attractif, porté par un vivier de talents et de formations solides, d’une proximité avec de grands investisseurs institutionnels et émetteurs, ainsi qu’une supervision jugée pragmatique et efficace.

L’Intelligence artificielle (IA) est en train de transformer radicalement notre société et, de facto, le secteur financier. Est-ce que cela vous inquiète ?

L’IA est d’abord une source d’efficacité que nous n’avons pas le droit d’ignorer. Nous avons un programme de déploiement de l’IA au sein de la Banque de France et de l’ACPR pour améliorer nos processus. Les institutions financières ont elles aussi commencé à la déployer, et c’est tant mieux pour l’efficacité opérationnelle, notamment en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, où l’IA apporte beaucoup de valeur.

Mais elle introduit aussi des risques nouveaux : équité, biais, explicabilité... L’IA va nous permettre de mieux nous défendre et de mieux réparer les vulnérabilités cyber. Mais elle constitue aussi un outil d’attaque et d’avantage concurrentiel puissant, comme en témoignent les débats récents sur Mythos. Comme les autres outils informatiques classiques, l’IA renforce également le risque d’une dépendance excessive à des acteurs technologiques non européens, au premier chef américains, ce qui nous fragilise en termes d’autonomie stratégique. Au-delà de ces aspects, il existe aussi des risques de stabilité financière liés à des comportements mimétiques des IA, avec des risques d’emballement, notamment sur le trading et les marchés.

Notre réflexion en matière de supervision de l’IA a commencé. Le règlement européen sur l’IA devrait entrer en vigueur fin 2027, désignant l’ACPR comme autorité de surveillance de marché pour les systèmes d’IA à haut risque du secteur financier, et qui concernent les personnes physiques pour certains services de la banque et de l’assurance. L’idée étant de s’assurer que les analyses de solvabilité de la clientèle pour un crédit par exemple n’introduisent pas de discrimination, non plus dans la tarification en assurance vie et santé. Un périmètre donc précis pour lequel nous construisons une doctrine avec les institutions financières. Nous avons commencé par l’équité, avec un document contenant nos pistes de réflexions mis en consultation début juillet. Nous ferons de même d’ici quelques mois sur l’explicabilité, dans l’optique de faire converger notre doctrine avec les autres autorités chargées de la supervision de l’IA.

La supervision de la lutte antiblanchiment évolue aussi avec l’AMLA et l’IA, quels sont les enjeux aujourd’hui ?

La mise en place de l’AMLA (l’Autorité européenne de lutte antiblanchiment) est essentielle pour nous. L’ACPR a été très motrice pour porter cette supervision au niveau européen. À l’instar de notre approche, cette nouvelle autorité doit développer une supervision par les risques, en ciblant en priorité les menaces les plus pertinentes et les plus significatives en matière de LCB-FT à l’échelle européenne. Reste aussi à préciser les textes de niveau 2, dans un corpus réglementaire encore en construction. Nous y contribuons avec une approche concrète, opérationnelle et orientée résultats.

Au-delà du volet européen, notre supervision quotidienne nous permet de constater un certain nombre d’innovations financières et techniques qui appellent davantage de vigilance. Nous observons un usage illicite des IBAN virtuels1. Ces instruments, par ailleurs très légitimes pour faciliter la gestion de trésorerie, peuvent être détournés par des escrocs pour rendre plus difficile la traçabilité de flux volés ou frauduleux. Dans le même esprit, le recours à des comptes rebonds, ouverts puis rapidement clôturés, permet de faire transiter les fonds vers un autre compte avant que leur origine ne puisse être retracée2.

Ces mécanismes reposent sur les mêmes principes : faire transiter rapidement de l’argent obtenu frauduleusement et en brouiller la trace dans des nébuleuses de comptes IBAN rattachés à des comptes domiciliés dans d’autres pays. Notre mission est de nous assurer que les banques surveillent ces mécanismes pour repérer le plus tôt possible les comptes susceptibles d’être utilisés à des fins frauduleuses. C’est un véritable défi dans la mesure où ces schémas de fraude évoluent constamment et demandent une vraie capacité d’ingénierie sur de grandes masses de données.

Nous avons aussi un sujet important autour des agréments de prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA), au titre du règlement MiCA. L’échéance du 30 juin étant passée, il n’est plus possible d’exercer sans agrément. Nous travaillons avec l’AMF, qui délivre ces agréments, pour fournir notre avis en matière de LCB-FT, car les crypto-actifs peuvent favoriser le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme si leurs opérations ne sont pas suffisamment bien surveillées.

L’évolution des modèles d’affaires et de la gouvernance fait partie de vos priorités. En quoi les banques ne sont-elles pas encore alignées ?

Du côté des établissements de crédit, la digitalisation des parcours clients constitue un élément critique de l’évolution du modèle d’affaires, notamment dans la banque de détail. Cela nécessite que les établissements saisissent les bonnes opportunités au bon moment, compte tenu des effets de concurrence auxquels ils sont exposés.

Là où les fintechs étaient des stimulants d’innovation, elles prennent aujourd’hui de l’ampleur et acquièrent une capacité commerciale bien plus importante, avec des concurrents à l’échelle européenne, voire internationale, dont les parcours sont entièrement digitalisés et très attractifs. C’est un changement de nature pour les acteurs de la banque de détail française, dont le marché reste très efficace et efficient, avec des coûts minimes comparés à d’autres pays de la zone euro ou de l’Union européenne. Ces nouveaux entrants challengent les banques avec des modèles de connaissance client ou de proximité renouvelés. Cela fait partie de l’équation stratégique des banques, mais aussi de certaines assurances, qui, dans les cas où elles ne l’ont pas encore fait, doivent revisiter un modèle de relation client « traditionnel », sans nécessairement abandonner le conseiller physique.

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Quels sont les autres sujets sur lesquels l’ACPR se montre attentive actuellement ?

Nous continuons de surveiller attentivement les NBFI (Non Bank Financial Intermediation), notamment en lien avec des phénomènes de procyclicité de marché. Des financements critiques, comme ceux des emprunts souverains, dépendent de plus en plus d’intermédiaires de marché autres que les market-makers traditionnels que sont les banques, à savoir notamment des hedge funds. Sur les marchés secondaires de la dette souveraine européenne, plus de 50 % des transactions et des volumes sont désormais réalisés par ce type d’acteurs. En cas de choc, cette configuration peut assécher la liquidité et accentuer la volatilité, davantage que si ce rôle d’animation de marché était assuré par des banques. Or ces acteurs ne répondent pas aux mêmes exigences de résilience que les banques, tout en prenant une place croissante sur des segments très importants de l’économie.

Même constat pour le crédit privé. Ce sujet, plus récent, est positif en soi, puisqu’il permet de mobiliser l’épargne disponible pour financer les transitions digitale et climatique, les projets d’infrastructures, etc. Il faut toutefois s’assurer que ces instruments et les expositions sont bien maîtrisés. Aujourd’hui, le volume reste modeste, avec environ 1,2 % des actifs dans le bilan des organismes d’assurance, et 0,4 % des expositions globales dans le bilan des banques françaises, mais il augmente fortement (environ +25 % en 2025). La difficulté tient surtout à la diversité des formes que peut prendre le crédit privé. Il peut s’agir de financements accordés à des fonds dans l’attente de l’arrivée des investisseurs, de co-investissements ou encore de co-financements directs auprès des entreprises.

Or ces canaux sont souvent suivis séparément au sein d’un même groupe bancaire, et les données ne sont pas consolidées pour mesurer correctement l’exposition globale. C’est un point essentiel de gouvernance et de gestion des risques. Il faut également examiner la manière dont ces financements sont structurés. Les fonds de dette privée bénéficient souvent de covenants qui leur donnent un rang prioritaire en cas de difficulté de l’entreprise financée. En contrepartie, les expositions bancaires classiques sur cette même entreprise peuvent se retrouver en position moins favorable. Les banques doivent donc être en mesure d’identifier précisément cet effet de seniorisation des fonds et de juniorisation de leurs propres créances, afin d’en mesurer l’impact dans leur bilan et sur leur niveau de risque.

Un troisième élément, moins prégnant en Europe qu’aux États-Unis, tient à la sensibilité de ces financements aux évolutions macroéconomiques et à leur concentration sur le secteur technologique. Le problème principal pour l’Europe reste que les expositions de crédit privé sont très concentrées aux États-Unis (environ 1 700 à 1 800 milliards de dollars sur quelque 2 000 milliards à l’échelle globale). La question est donc de savoir si les banques et assureurs français et européens mesurent bien les risques indirects de contrepartie, et les effets de contagion potentiels.

Vous avez lancé un stress-test sur l’ensemble du système financier. Pouvez-vous rappeler la méthodologie, ce que vous en attendez, et si cela va changer votre approche du secteur ?

Face aux chocs de liquidité importants observés depuis 2020 sur différents marchés, nous avons voulu, avec des participants volontaires (les banques françaises systémiques, une grande partie des acteurs de l’assurance vie et de la gestion d’actifs) simuler des chocs de marché sur des classes d’actifs liquides, pour voir comment des tensions de liquidité ou des chocs de marché se répercutent au sein du système financier français.

Sur les classes d’actifs classiques (actions, obligataire souverain et corporate), nous avons retenu la pire quinzaine boursière observée sur vingt ans : pire baisse, plus forte remontée de volatilité, pire élargissement de spread... Nous regardons, dans un premier tour, les ventes forcées, les appels de marge supplémentaires, les rachats de parts de fonds, les vulnérabilités liées à des expositions croisées communes. Puis dans un second tour, chaque participant va prendre connaissance des actions effectuées par les autres acteurs de marché, pour observer l’effet en chaîne sur son propre comportement et comprendre comment un cycle de choc financier s’amorce et se propage.

Cela nous permettra d’abord d’identifier les réflexes de gestion des différents acteurs face à ces chocs négatifs. Ensuite, en fonction des résultats, notamment du second tour, de déterminer s’il faut stimuler la mise en place d’outils existants mais pas toujours activés, comme ceux de gestion de liquidité pour les fonds (comme les gates), ou valoriser davantage d’autres outils, comme la compensation centrale pour la gestion des repos sur la dette souveraine. L’objectif final est d’identifier les meilleurs instruments à mobiliser pour préserver notre stabilité financière en toutes circonstances. Un rapport est attendu à l’automne 2026, qui permettra de partager les résultats des deux tours, ainsi que nos préconisations en matière d’outillage.

Comment évolue la réflexion climatique à la Banque de France et à l’ACPR, alors que certains établissements communiquent moins sur ces sujets ?

Les risques physiques restent importants, ce qui conforte notre philosophie de supervision par les risques appliquée au climat. Pour les banques, cela se traduit surtout par des risques de crédit et de marché et pour les assurances, par une hausse de la sinistralité même si celle-ci a légèrement diminué sur la dernière année, les vagues de chaleur récentes pourraient l’augmenter à nouveau. Nous attendons des établissements de crédit comme des organismes d’assurance qu’ils disposent de plans de transition adéquats, prenant en compte cette source de risque supplémentaire à sa juste dimension.

Le risque climatique doit désormais être un attendu banalisé de la gestion des risques. Cette banalisation se traduit aussi de notre côté. En 2027, le stress-test classique de l’ABE, qui intervient tous les deux ans, intégrera un module de risque climatique non pas un stress-test climatique ad hoc, mais un module intégré au stress-test habituel.

Du côté des assurances, nous portons une attention particulière à la prévention et à l’adaptation face au risque physique. Les assureurs ont un rôle important à jouer pour éviter une hausse des primes. Si les sinistres sont mieux maîtrisés grâce à une meilleure adaptation et une meilleure prévention, la situation sera meilleure pour tous. Nos attentes restent donc élevées sur les enjeux climatiques.

Propos recueillis par Audrey Spy

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À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº919
Biographie
Après un diplôme de l’Institut d’Études Politiques de Paris, Emmanuelle Assouan commence sa carrière à la Banque de France en 1997. Elle a occupé successivement des postes en lien avec la stabilité financière, les paiements et les infrastructures de marché, mais également la gestion des réserves de change de la Banque de France, la mise en œuvre de la politique monétaire et la supervision bancaire. En janvier 2026, elle est nommée secrétaire générale de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et présidente du Centre sur le changement climatique de la Banque de France.
Assurance vie : le fonds en euros concernés
aussi par la « value for money »
Le bon rapport qualité-prix des contrats d’assurance vie reste un point de vigilance majeur pour l’ACPR, au titre des pratiques commerciales et de la protection de la clientèle. En 2025, France Assureurs a établi un premier benchmark sur les unités de compte, afin d’identifier les offres chères, peu performantes ou présentant un intérêt limité pour l’épargnant.
En conséquence, environ 6 % de l’offre en unités de compte a été jugée insuffisante au regard de la value for money. Parmi ces supports, près des deux tiers ont été renégociés et environ 20 % ont vu leurs frais abaissés. Un travail similaire s’engage désormais sur les fonds en euros, avec l’objectif de mieux apprécier leur performance, leurs frais et leur valeur relative par rapport à une référence adaptée.
Autre problématique regardée par l’ACPR : la transparence sur le taux de participation aux bénéfices des fonds en euros, notamment lorsque le rendement affiché inclut un bonus conditionné à la détention d’unités de compte. Ce bonus représente généralement une centaine de points de base. Pour éviter toute incitation implicite à prendre un risque inadapté au profil du client, l’ACPR attend une présentation claire du rendement, avec et sans bonus.
La nouvelle équation budgétaire de l’ACPR
Déficitaire. Depuis plusieurs années, l’ACPR affiche un solde budgétaire négatif à 4,6 millions d’euros en 2025 (après 1,7 million en 2024), et près de 13 millions anticipés pour 2026.
L’Autorité finance pourtant l’essentiel de ses missions grâce aux contributions des établissements qu’elle supervise. Celles-ci ont atteint 251 millions d’euros en 2025, en hausse de près de 7 %, portées notamment par l’assurance.
Le problème réside dans le plafond de ressources fixé par l’État. L’ACPR collecte les contributions, mais ne peut en conserver que 220 millions d’euros. Le reste est reversé au budget général. Or ses charges atteignaient déjà 239,5 millions d’euros en 2025 et, avec ses nouvelles missions de supervision liées à DORA ou encore au règlement IA, elles devraient continuer de progresser. L’Autorité, qui met en avant ses efforts pour maîtriser ses dépenses, demande donc un relèvement de ce plafond à 246 millions d’euros à partir de 2027. Même dans ce scénario (voir tableau), une partie des contributions des établissements continuerait d’alimenter le Trésor. Reste à savoir si cette hausse sera votée dans la prochaine loi de finances.
Notes :
1. Rapport ACPR sur les IBAN virtuels, avril 2026.
2. Rapport ACPR sur les comptes rebonds, juillet 2025.