Emmanuel Moulin,
un serviteur de l’État
au gouvernail monétaire

Créé le

23.06.2026

À la tête de la Banque de France depuis début juin,
l’ancien secrétaire général de l’Elysée devient aussi président de l’Autorité de contrôle prudentiel et
de résolution (ACPR) et membre du Conseil
des gouverneurs de la Banque Centrale Européenne.

«Je me suis fixé trois priorités initiales : la stratégie monétaire, la souveraineté monétaire européenne et la stabilité financière », expliquait Emmanuel Moulin sur le réseau social Linkedin, lors de son arrivée à la tête de la Banque de France le 2 juin. Et c’est « en toute indépendance et en toute impartialité, tant à l’égard du pouvoir exécutif que des intérêts privés » que ce haut fonctionnaire entend tenir sa feuille de route et assumer ses nouvelles fonctions.

À 57 ans, ce diplômé de Sciences-Po, l’Essec et l’ENA peut s’appuyer sur une solide expérience en matière de politique économique et financière. Ayant commencé son parcours en 1996 à la direction du Trésor avant de rejoindre la Banque mondiale à Washington comme administrateur suppléant puis le Club de Paris et Citigroup, il a intégré en 2007 les cercles de l’exécutif et s’est forgé, au fil des tempêtes financières, une réputation de gestionnaire de crises.

En 2008, en pleine débâcle des subprimes, il conçoit aux côtés de Christine Lagarde, à Bercy, le plan de sauvetage des banques françaises. Et peu après, lors de la crise de l’euro, il œuvre auprès de Nicolas Sarkozy comme conseiller économique pour éviter l’éclatement de la zone euro. Après un intermède dans la sphère privée (chez Eurotunnel puis Mediobanca) durant le quinquennat de François Hollande, il est de nouveau sur le front lors de la crise du Covid. En effet, rappelé au gouvernement par Emmanuel Macron, il exerce au ministère des Finances comme directeur de cabinet de Bruno Le Maire de 2017 à 2020 puis prend la direction du Trésor jusqu’en 2024. Devenu ensuite directeur de cabinet de l’ex-Premier ministre Gabriel Attal, il exerçait depuis 2025 comme secrétaire général de l’Élysée.

Un double profil

C’est d’ailleurs cette dimension politique qui a suscité une vague de critiques et de doutes sur l’indépendance de l’homme, au moment de sa nomination comme nouveau gouverneur de la Banque de France. Ses détracteurs pointaient une proximité trop étroite avec le pouvoir en place, tandis que ses soutiens saluaient un « grand serviteur de l’État », rationnel, doté d’une « capacité à rassurer en temps de crise » mais aussi d’une appréciable dose d’humour.

Homme discret, père de quatre enfants, marié à la chercheuse Laurence Nardon, spécialiste des États-Unis à l’IFRI, Emmanuel Moulin aurait en effet des talents moins connus d’imitateur qui lui ont valu d’imiter la voix de Nicolas Sarkozy dans le film Neuilly sa mère, sa mère !. Une marque d’autodérision et de recul qui pourrait s’avérer bienvenue pour naviguer, six années durant, au sein des plus sérieuses instances financières.

Gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin sera aussi président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) ou encore de l’Observatoire de l’inclusion bancaire (OIB), tandis que, sur le plan international, il représentera l’institution monétaire française au Conseil des gouverneurs et au Conseil général de la Banque centrale européenne (BCE), au Conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux (BRI), ainsi qu’au G7 et au G20 dans leur filière Finances.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº917
Dates clés
2007 Directeur-adjoint de cabinet de Christine Lagarde
2009 Conseiller économique de Nicolas Sarkozy
2020 Directeur du Trésor
2024 Directeur de cabinet de Gabriel Attal
2025 Secrétaire général de l’Élysée
2026 Gouverneur de la Banque de France