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2024 : l’ESG en première ligne

Créé le

19.02.2024

-

Mis à jour le

26.02.2024

[Web Only] Dans une étude publiée en janvier, Moody’s a identifié les thèmes qui façonneront le crédit en 2024 et au-delà. S’ils apportent leur lot d’opportunités, pour l’heure, les thèmes ESG marquent le pas et restent synonymes de nouveaux risques.

L’impact majeur des tendances ESG sur la solidité du crédit

Les tendances ESG cette année et au-delà auront un impact majeur sur la solidité du crédit, selon Moody’s. Dans une étude parue en janvier, l’agence de notation estime que la technologie verte et l’innovation disruptive vont créer de nouveaux risques et de nouvelles opportunités pour les secteurs à forte intensité carbone, qui influenceront les décisions d’investissement. Si les taux élevés, la croissance mondiale en berne et les tensions géopolitiques entravent les ambitions de neutralité carbone et les investissements verts, le soutien politique permet de renforcer les dépenses en capital vert, comme le font les États-Unis avec l’Inflation Reduction Act (IRA) ou l’Union européenne (UE) et la Chine, qui remodélisent les stratégies d’investissement et les risques de transition carbone pour les entreprises des secteurs les plus exposés.

Alors que les élections aux États-Unis et dans l’UE ajoutent de l’incertitude politique, les barrières commerciales risquent de perturber des secteurs tels que l’automobile et l’énergie. Les politiques de transition carbone, comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE, dédié à la lutte contre les fuites de carbone, accroissent les risques pour les entreprises des pays émergents. L’accroissement des risques climatiques physiques de plus en plus coûteux et les facteurs redéfinissant l’avenir du travail – comme la transition carbone, le vieillissement de la population et l’IA – font partie des grands thèmes ESG.

Les entreprises navigueront dans un environnement ESG complexe, avec des divulgations obligatoires sur le climat et la durabilité, la lutte contre le greenwashing et des élections susceptibles d’influencer les politiques climatiques.

SFDR : les fonds Article 9 décollectent

Selon Morningstar, au dernier trimestre 2023, les fonds Article 8 (promouvant des caractéristiques sociales ou environnementales) et Article 9 (avec un objectif d’investissement durable) ont subi des décollectes record de 26,7 et 4,7 milliards d’euros. L’Article 6 (sans critères ni d’objectifs de durabilité) a attiré 15,7 milliards. Alors que 218 sur 256 fonds sont passés de l’Article 6 à l’Article 8, le regain de prudence et la baisse de l’appétit des investisseurs pour les produits ESG et durables expliquent en partie les retraits. « Le règlement Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) a rencontré des difficultés : initialement destiné à renforcer la transparence des informations relatives à la durabilité, il a été adopté par le marché comme un outil global de catégorisation des solutions d’investissement. Suite à la consultation fin 2023 lancée par l’UE pour améliorer SFDR, le marché converge vers une approche hybride, similaire à la réglementation Sustainability Disclosure Requirements (SDR) au Royaume-Uni, avec un ensemble de labels portant sur différentes phases d’intégration de la durabilité », a souligné Jenn-Hui Tan, directeur monde du développement durable chez Fidelity, lors d’un webinaire le 24 janvier. La mise en œuvre de SFDR 2 devrait être freinée par les élections.

Obligations durables : un meilleur cru attendu cette année

Le volume des émissions obligataires mondiales durables a fait du surplace en 2023, dans un contexte de ralentissement économique, d’inflation et de taux d’intérêt élevés et de perturbations des chaînes d’approvisionnement. Il a atteint un montant proche de son niveau de 2022, légèrement inférieur 800 milliards d’euros, selon l’équipe de la Recherche ESG Fixed Income de Crédit Agricole CIB, qui le prévoit à environ 820 milliards d’euros équivalents pour l’année 2024.

Les obligations durables devraient être portées notamment par les institutions financières et supranationales, l’intégration de plus en plus courante des composantes ESG au niveau des produits et des émetteurs, le soutien des politiques sur le climat, l’appétit des investisseurs ou encore « les informations sur l’alignement de la taxonomie, qui offrent une meilleure transparence et une meilleure comparabilité entre les émetteurs ».