« La révolution du paiement est avant tout une révolution d’usage »

Créé le

16.04.2026

-

Mis à jour le

22.04.2026

Face à une demande d’instantanéité, de paiements par mobile et, bientôt, via l’IA, Crédit Agricole Payment Services adapte sa stratégie en plaçant la digitalisation et les nouvelles technologies au cœur de son développement.

Quels sont les chiffres clefs et les projets majeurs en cours au sein de Crédit Agricole Payment Services ?

En 2025, nous avons traité près de 16 milliards d’opérations, ce qui nous place comme leader en France. Nous gérons un parc de plus de 23 millions de cartes bancaires, et plus de 470 000 terminaux de paiement. Nous investissons tout d’abord massivement dans la digitalisation de nos parcours et dans le selfcare, pour répondre aux nouveaux usages. Nous enrichissons nos offres aux particuliers (applications de paiement mobile, offres de fidélité...) et aux commerçants (offres d’encaissement tout-en-un, services extra-financiers). Nous développons également nos offres de cash management pour les entreprises. Enfin, nous maintenons nos outils de lutte contre la fraude aux plus hauts standards et développons l’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans plusieurs cas d’usage.

Comment analysez-vous la transformation actuelle du marché des paiements en Europe et ailleurs dans le monde ?

La baisse des espèces au profit des cartes et le recul des chèques forment une tendance de fond qui se poursuit d’année en année. Par ailleurs, l’instantanéité devient la norme et les applications de paiement mobile connaissent une adoption croissante. À moyen et long terme, l’IA agentique et les paiements en cryptomonnaies ou stablecoins peuvent transformer le marché. La question est le rythme d’adoption.

Outre les transformations technologiques, le marché est marqué par les enjeux de souveraineté. CB constitue à ce titre un atout indéniable. Parallèlement, Wero propose une solution souveraine paneuropéenne qui a été déployée avec succès sur le P2P et qui va s’étendre d’ici fin 2026 à l’e-commerce. Le projet d’euro numérique mené par la BCE, qui pourrait être adopté politiquement d’ici fin 2026, soulève encore de nombreuses questions, à commencer par son adoption par les consommateurs.

Comment travaillez-vous avec les fintechs et de quelle façon faites-vous face à la concurrence exacerbée sur le marché des paiements ?

Depuis la fin de la période Covid, nous avons observé une véritable reconcentration du marché des fintechs. Il y a aujourd’hui moins de nouveaux entrants qu’il y a cinq ans, signe que le secteur des paiements a atteint une phase de maturité. Cette évolution ne s’est pas traduite par une baisse de la concurrence, bien au contraire. Celle-ci s’est intensifiée, mais elle est désormais moins quantitative et beaucoup plus qualitative, portée par des acteurs mieux capitalisés, structurés et spécialisés.

Dans ce contexte, notre approche vis-à-vis des fintechs est très claire. Nous cherchons à collaborer avec elles en tant que partenaires d’innovation, dès lors que cela permet de créer de la valeur aussi bien pour nos clients que pour le groupe. Cette relation s’accompagne d’une vigilance constante quant aux enjeux de concurrence. Cela implique une capacité affirmée à sélectionner les partenaires adaptés, à industrialiser nos solutions et à assurer un passage à l’échelle, afin de rester compétitifs et pertinents sur un marché en pleine mutation.

Selon vous, la révolution des paiements est-elle avant tout technologique, économique ou stratégique ?

La révolution du paiement est avant tout une révolution d’usage, rendue possible par la technologie. Ce qui compte, ce n’est pas la technologie pour elle-même, mais sa capacité à simplifier radicalement les parcours clients et à rendre le paiement quasiment invisible. Compte tenu de la complexité de l’écosystème des paiements, les grandes ruptures se construisent par étapes et les évolutions sont relativement lentes. Le paiement carte sans-contact est un excellent exemple : il a fallu près de quinze ans pour atteindre le niveau de maturité et d’adoption que nous connaissons aujourd’hui. C’est aussi vrai pour le paiement mobile et le virement instantané.

Le virement instantané peut-il réellement devenir le standard dominant d’ici à 2030 ?

Le virement instantané est déjà un standard sur un certain nombre de cas d’usage. Le nombre de virements instantanés a plus que doublé en 2025 par rapport à 2024.

Des initiatives comme Wero démontrent que ces solutions peuvent rencontrer un vrai succès dès lors qu’elles sont bien intégrées dans les usages du quotidien. Un service de paiement devient d’autant plus dominant qu’il est transparent pour l’utilisateur, au point que celuici n’ait pas conscience du mécanisme sous-jacent.-

Que manque-t-il encore pour faire émerger un véritable standard européen de paiement ?

CB et STET demeurent le socle de la souveraineté pour les transactions domestiques, qui représentent plus de 90 % des transactions. Wero propose une solution souveraine complémentaire, innovante puisqu’elle s’appuie sur l’infrastructure européenne du virement instantané dans un marché dominé depuis plusieurs décennies par les cartes bancaires. Avec le projet d’interopérabilité avec d’autres solutions souveraines européennes, quinze pays et près de 84 % de la population disposeront d’une solution souveraine paneuropéenne.

Quels sont les services à plus forte valeur ajoutée que les banques peuvent développer autour du paiement ?

Les idées autour de l’enrichissement des paiements ne manquent pas ! Nous travaillons plus particulièrement sur l’IA générative et l’IA agentique. Ces technologies sont clés pour accompagner nos clients dans des parcours de paiement de plus en plus délégués, que ce soit en e-commerce ou via des agents intelligents capables d’initier des transactions pour leur compte. Au-delà de l’IA, notre enjeu est de développer des services différenciants, à forte valeur ajoutée, capables de créer un avantage concurrentiel durable. Cela suppose d’identifier très en amont les signaux faibles, les usages émergents, et d’accepter une part d’exploration pour rester en avance de phase.

Selon vous, les assistants IA vont-ils réellement devenir des interfaces de paiement ?

Les IA génératives sont en passe de devenir un nouveau canal majeur de mise en relation, comparable à ce qu’a été le navigateur ou le moteur de recherche. En revanche, dans un premier temps, elles ne seront pas des interfaces de paiement directes. Elles joueront plutôt un rôle d’orchestration, de recommandation et d’assistance, en préparant et sécurisant l’acte de paiement. Le paiement, lui, restera intégré dans des parcours de confiance clairement identifiés. Pour nous l’enjeu, quelle que soit la vitesse d’adoption, est de nous préparer pour accompagner nos clients dans les nouveaux usages.

Quelles sont aujourd’hui les priorités majeures pour une banque dans le contexte actuel du marché ?

Face aux nombreuses évolutions, il faut anticiper et innover en permanence, avec comme enjeu de conserver la relation avec le client et le rôle de tiers de confiance, alors que de nombreux acteurs cherchent à s’intermédier (X-Pays, services aux entreprises intégrant des briques de paiement, agents IA). Et cela s’inscrit à présent dans un contexte où les enjeux de souveraineté sont incontournables. En un mot il nous faut aujourd’hui inventer et proposer à nos clients les moyens de paiement de demain et, in fine, ce seront les usages clients qui guideront la vitesse d’adoption.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº916