Articles en relation
Depuis notre dernier bouclage, il s’est notamment passé un événement : les élections américaines. À cette occasion, nombre d’acteurs économiques, bien aidés il faut dire par les médias, avaient prévu d’y passer plusieurs soirées. Un match ultra-serré, sept swing states qui feront la différence, des résultats qui prendront parfois plusieurs jours pour tenir compte des votes par correspondance. Dès le réveil, le lendemain matin (heure de Paris !), on a vite compris que la série à rebondissements annoncée n’allait pas nous faire perdre trop de temps. Trump monta sur scène, entouré de ses soutiens, Associated Press afficha l’évolution des scores sur sa carte interactive... tout n’était pas encore dépouillé, mais le résultat était plié !
Cette élection doit d’abord nous interpeller nous, les médias. Car il est clair que le storytelling raconté à longueur d’antenne les semaines et les jours précédant cette élection était bien loin de la réalité. En finance comportementale, on parle de biais de confirmation pour expliquer la tendance naturelle des individus à privilégier les informations qui confortent leurs préjugés, leurs idées reçues, leurs convictions, leurs hypothèses. Ne pas voir le monde tel qu’il est, mais tel qu’on voudrait qu’il soit. Les marchés financiers, eux aussi, peuvent avoir ce travers, comme ce fut le cas à l’occasion du Brexit.
Ce sévère rappel à l’ordre pose des questions de crédibilité. Il serait illusoire de croire que ce sujet concerne uniquement les médias. N’est-il point apparu dans notre interview du mois, avec Jean-Luc Tavernier, le directeur général de l’Insee ? Car cet organisme, qui par ses indications statistiques donne de précieuses informations à tous les acteurs économiques, est lui aussi confronté au problème. Tout comme à la concurrence de données venues de nulle part, mais qui paraissent aux yeux de l’audience tout aussi crédibles. Travail de communication où, nous explique Eliott Siegler, les comptes personnels des dirigeants sont beaucoup plus efficaces que les comptes institutionnels sur les réseaux sociaux. Nous en avons profité pour publier les cinq meilleurs comex du secteur financier les plus influents sur les réseaux sociaux.
Sur le sujet de la qualité de l’information, nous sommes fiers d’appartenir à la grande famille de la Fédération Nationale de la Presse spécialisée, qui fête cette année son cinquantième anniversaire. Selon une étude, 91 % des lecteurs jugent la presse professionnelle crédible. Cette confiance nous honore. Elle est le fruit du travail de toutes les équipes et de tous les contributeurs.
Il existe, en finance comportementale, un autre biais, le biais d’ancrage. S’accrocher à une information spécifique, souvent la plus récente. Le monde vit sur une économie mondialisée. Cela s’est produit durant des années. Depuis la chute du mur de Berlin, il est plus question de collaboration internationale que de confrontation. Nos approches sont ancrées dans ce moule, mais le monde bouge. Et Trump, le clivant, devrait selon toute vraisemblance amplifier une tendance déjà engagée. Philippe Waechter nous décrit les impacts économiques de cette nouvelle donne. Mais à travers notre dossier, nous avons cherché à voir comment l’Europe pouvait s’imposer à nouveau sur le marché des moyens de paiement après s’être fait tailler les croupières par des acteurs généralement américains.
Quel que soit le sujet, la conclusion est toujours la même. Pour réussir, pour être crédible, il est une règle d’or : toujours se remettre en question.