Faisant le pari que la seconde présidence Trump sera plus propice à l’activité et aux transactions, les marchés ont réagi très positivement aux résultats du 6 novembre. Dans une note, Mike Mayo, analyste de Wells Fargo, estime que la victoire de Trump va changer la donne sur le plan réglementaire pour le secteur bancaire. À ses yeux, elle pourrait signifier « des marchés plus libres, une surveillance moins sévère » ainsi qu’une baisse du risque réglementaire. En ligne de mire, les règles de Bâle 3. Pour Lawrence Kaplan, directeur de la régulation bancaire chez Paul Watkins, « il y aura des réglementations, mais elles ne seront pas aussi micro-managées qu’actuellement. L’exemple le plus simple sera la finalisation du cadre de Bâle 3 ». « La règle proposée était très onéreuse et sera probablement l’une des premières à être ajustée », ajoute-t-il. La proposition revue à la baisse en septembre exige que les grandes banques augmentent leur ratio de capital de 4,5 % à 9 %, contre 19 % initialement. Globalement, les acteurs bancaires s’attendent donc à moins de réglementation et de surveillance de la part des autorités.
Un nouveau patron pour la SEC
Comme l’explique Nathan Stovall, analyste chez S&P Global Market Intelligence, la communauté des investisseurs a partagé son enthousiasme dès le lendemain des élections, simplement parce qu’elle pense que l’administration Trump va assouplir la régulation du secteur. Pour y parvenir, il faut procéder à quelques changements de poste. Plusieurs régulateurs seraient sur la sellette et Gary Gensler, le président de la Securities and Exchange Commission (SEC), a d’ores et déjà annoncé son départ anticipé. Donald Trump avait promis de le limoger le jour de sa prise de fonction ! Mais ce dernier devrait aussi remplacer le directeur du Consumer Financial Protection Bureau (CFPB), la responsable de la Federal Trade Commission (FTC) et pourrait nommer un nouveau directeur à la tête de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) et de la FDIC, l’agence chargée d’assurer les dépôts bancaires. Le mandat du président de la Réserve Fédérale, Jerome Powell, court, lui, jusqu’en mai 2026 et, selon les textes, il ne peut être démis.
D’autres raisons sous-tendent le ralliement du marché. Pour Nathan Stovall, la première est l’idée qu’il y aura une plus grande volonté de soutenir les fusions-acquisitions dans le secteur bancaire. Les transactions feront l’objet d’un examen réglementaire moins approfondi et plus rapide que sous l’administration Biden. « C’est un facteur déterminant dans l’augmentation des valorisations », souligne l’analyste, après plusieurs années de vaches maigres pour les M&A. Lawrence Kaplan s’attend aussi à davantage de fusions bancaires. Selon lui, le rachat de Discover Financial par Capital One pour 35,3 milliards de dollars, actuellement revu par les autorités anti-trust, devrait obtenir l’aval du nouveau pouvoir. Même si l’administration ne changera pas avant l’investiture du 20 janvier, tout est question de perception. Car, comme le souligne Nathan Stovall, la conviction elle-même que les fusions-acquisitions vont augmenter peut aider à concrétiser les transactions. « Le fait que les valorisations sont plus élevées va en fait attirer plus d’entreprises. Aujourd’hui, l’acheteur peut simplement payer plus parce que ses actions sont plus chères », note l’analyste.
Comme la banque, l’industrie des crypto-actifs se frotte les mains. Championne des donations de la campagne, elle escompte bénéficier d’une administration acquise à sa cause, Donald Trump ayant promis de faire de l’Amérique « la capitale cryptographique de la planète ». « Nous avons franchi un cap », a déclaré Kristin Smith, directrice générale de la Blockchain Association. « Nos pires jours en tant qu’industrie sont derrière nous, et nous sommes sur la bonne voie pour obtenir une politique appropriée et durable » a-t-elle ajouté. Le 14 novembre, 18 procureurs républicains ont ainsi poursuivi la SEC, l’accusant d’avoir outrepassé son pouvoir dans la gestion des cryptomonnaies. Contrastant avec la politique coercitive de l’agence, la victoire de Trump annonce une « ère dorée » pour la cryptomonnaie aux États-Unis, a salué Richard Teng, patron de Binance. La plus grande plateforme d’échanges de cryptos au monde avait plaidé coupable en février pour avoir violé les sanctions et les lois antiblanchiment dans un accord de 4,3 milliards de dollars avec la justice américaine.