Jacques a dit : « je mettrai fin à la guerre en Ukraine en un jour ». Pour l’heure, avec son vice -président J.D. Vance, il s’est surtout distingué dans ses commentaires façon « fashion week » lors de la visite de Volodymyr Zelenski à la Maison Blanche. À l’heure où ces lignes sont écrites, les bombes et les drones tombent encore. Qu’importe le résultat ; Trump met le monde au garde-à-vous...
Se moquer de Trump est un exercice facile, et même trop, tant le personnage est caricatural. Mais le principe du « garde à vous » peut aussi prendre d’autres formes. Avec ses histoires, Trump a réveillé la belle endormie européenne. Qui découvre soudain qu’elle n’est pas totalement en ligne avec l’Oncle Sam. Comme si à l’heure de l’invasion de l’Irak, c’était le grand amour... Mais ils sont rares, les dirigeants à savoir prendre des décisions tant qu’ils ne sont pas acculés face au mur !
L’Europe se découvre donc une passion pour sa défense. Ursula von der Leyen annonce 800 milliards d’euros d’investissements. 800 milliards, voilà qui rappelle les chiffres du rapport Draghi pour financer l’innovation numérique de la croissance verte. Jackpot : l’Europe double la mise. À Paris, le ministère de la Défense et Bercy mobilisaient la place financière pour soutenir les 4 500 entreprises de la défense, ce jeudi 20 mars. Dans la foulée, assureurs, banquiers et asset managers annonçaient des investissements dans le secteur. L’Autorité des marchés financiers publiait un communiqué annonçant la mise en place d’une procédure accélérée d’agrément pour les fonds d’investissement « défense ». Bravo pour l’efficacité ! Dans le même temps, Euronext renonçait à exclure les valeurs de la défense de la composition de son indice CAC 40 ESG.
Voilà qui pose des questions d’indépendance. Comme dans la presse, la question de l’indépendance touche un segment où cette vision a vocation à être reine : les banques centrales. Nathalie Janson et Jézabel Couppey-Soubeyran ont confronté leurs idées au début de ce nouveau numéro de la Revue. Indirectement, la publication de la seconde partie de l’analyse de Philippe d’Arvisenet sur la politique monétaire et l’inflation nous apporte un autre éclairage. Notre expert juge que Christine Lagarde est plus intéressée par le climat que par la monnaie ! Voilà qui nous rappelle les « garde à vous » de CSRD, même si la directive Omnibus propose aux petits plantons de se dégourdir un peu les jambes !
Un garde-à-vous peut prendre plusieurs formes, selon le profil du chef : Trump aboie, l’Europe légifère et crée des normes, la France organise des grandes messes à Bercy... Mais au fond, il reste un garde-à-vous...
Notre dossier se penche sur un thème « bankable » : l’intelligence artificielle. Nous l’avons voulu le plus pratique possible. Mais nous conservons notre instinct naturel et cette ambition de juger que rien n’est acquis et que tout peut être challengé. Cette évolution technologique nous enthousiasme par tout ce qu’elle peut apporter en matière d’efficacité. Mais d’un autre côté, ne sommes-nous pas en train de nous mettre au garde à vous devant la machine, de perdre notre liberté de jugement, notre indépendance... ?