Grégory Raymond : « Bitcoin a acquis un statut comparable à celui de l’or »

Créé le

24.03.2025

-

Mis à jour le

02.04.2025

Comment de simples lignes de code, créées il y a dix-sept ans, défient-elles les paradigmes financiers traditionnels ? Dans son ouvrage intitulé Bitcoin Cryptos, L’enjeu du siècle, le journaliste spécialisé Grégory Raymond a interviewé une quinzaine d’experts pour nous plonger dans ce nouvel écosystème. Avec un œil bienveillant.

Les États-Unis ont annoncé début mars la création d’une réserve stratégique de bitcoins. Que vous inspire cette décision ?

C’est un moment historique dans le parcours de Bitcoin et un pas de plus dans son institutionnalisation, un an après le lancement des premiers ETF aux États-Unis. Bitcoin est clairement la valeur étalon de tous les crypto-actifs. Que la première puissance mondiale mise sur cette monnaie numérique décentralisée est un signal fort qui suscitera peut-être d’autres initiatives. Reste que l’Europe et la Banque centrale européenne ont, depuis le début, une approche très critique à son égard et lui préfèrent une monnaie numérique de banque centrale.

Vous valorisez particulièrement Bitcoin. En quoi cette cryptomonnaie diffère-t-elle des autres ?

Bitcoin est l’incarnation d’une vision nouvelle de la monnaie et de la confiance. C’est une monnaie décentralisée, sans intermédiaire, où la confiance repose sur les mathématiques et non sur une autorité centrale. Cette monnaie se démarque par son protocole figé, avec une masse totale qui ne peut pas dépasser 21 millions d’unités. En fait, sa force repose sur deux piliers : une architecture décentralisée qui le rend pratiquement invulnérable et une communauté mondiale prête à défendre son existence coûte que coûte. C’est une vision alternative au système financier traditionnel centralisé, qui reflète une idéologie de liberté et d’autonomie... Et c’est un système qui fonctionne sans dépendre de son créateur !

Dans le premier chapitre de votre livre consacré à la genèse de Bitcoin, vous soulignez l’identité toujours mystérieuse de son fondateur, un certain Satoshi Nakamoto. Pourquoi ?

Bitcoin, dans sa quintessence, est né d’un acte de défiance porté par des idéalistes visionnaires : les cypherpunks. Ces pionniers croyaient ardemment que la cryptographie, bien plus qu’un outil technique, pouvait devenir un bouclier contre l’intrusion étatique et les dérives des institutions financières. Mais c’est un document émis par un certain Satoshi Nakamoto qui acte la naissance de Bitcoin. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, personne ne sait qui se cache derrière ce pseudonyme. Est-ce une ou plusieurs personnes ? Cet effacement volontaire du ou des créateur(s) confère à Bitcoin un statut unique et une dynamique libre de toute autorité.

Que représente aujourd’hui Bitcoin ?

La capitalisation boursière globale de l’ensemble des cryptomonnaies s’élève aujourd’hui à 2 650 milliards de dollars, et Bitcoin représente près de 60 % de cet ensemble. Désormais reconnu par les grandes institutions financières et de nombreux gouvernements, Bitcoin a acquis un statut comparable à celui de l’or : un actif sérieux, digne de figurer dans les portefeuilles les plus conservateurs. Mais c’est bien plus qu’un simple actif refuge. C’est une technologie, une infrastructure, un outil politique et économique.

À quoi ressemblera, selon vous, le système financier d’ici dix ans ?

Entre la révolution implacable de la blockchain, la puissance de l’infrastructure Ethereum, l’institutionnalisation de Bitcoin et l’essor des stablecoins, la crypto et la DeFi ont atteint un point de non-retour. Pour autant, l’objectif n’a jamais été de démolir l’ordre établi. Si la finance traditionnelle et la finance décentralisée (DeFi) ont pu sembler évoluer sur des orbites irréconciliables, les frontières s’estompent aujourd’hui et l’idée d’un écosystème hybride commence à prendre forme. Dans dix ans, on verra probablement une coexistence entre les infrastructures bancaires traditionnelles et les solutions crypto. La DeFi transformera aussi la manière dont la finance est gérée. Elle apportera une infrastructure commune, ouverte et interopérable, éliminant les inefficacités actuelles. En rendant la finance plus compétitive et plus accessible, elle jouera un rôle clé dans la démocratisation des services financiers. Mais bien sûr cette trajectoire nécessitera de relever certains défis (soutenabilité économique du réseau, régulation...).

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº903