Stabilité financière

NBFI : les autorités pointent les liens croissants avec la banque traditionnelle

Créé le

22.01.2026

-

Mis à jour le

09.02.2026

La Banque de France souligne l’exposition grandissante des établissements européens à de nouvelles vulnérabilités. Le phénomène reste circonscrit mais ses implications sont difficiles à évaluer.

« 2025 est une année de résilience pour le système bancaire et assurantiel », a salué François Haas, adjoint au directeur général de la stabilité financière et des opérations de la Banque de France, lors de la présentation, en janvier, du rapport sur la stabilité financière de la Banque de France. Il a d’ailleurs qualifié l’année qui vient de s’écouler d’« extrêmement satisfaisante » pour les six principaux groupes français. Les revenus de marché sont en hausse (+14,6 % au cours des neuf premiers mois de l’année), ainsi que les marges nettes d’intérêt (+4,6 % au cours des neuf premiers mois de l’année). Les ratios prudentiels sont au-dessus des seuils réglementaires, assurant la capacité des banques à résister à un « choc sévère » comme le qualifie François Haas.

Pour autant, les perspectives demeurent « floues » pour le système financier, selon le terme employé par Agnès Benassy-Quéré, sous-gouverneure de la Banque de France. Outre les aléas liés aux décisions américaines, nombre d’incertitudes proviennent du poids croissant des intermédiaires financiers non bancaires (Non-Banking Financial Institutions, NBFI). Voilà, en substance, le message délivré par la Banque de France.

Hedge funds : volumes et concentration

Cette montée en puissance s’observe tout d’abord sur les marchés obligataires. Avec la hausse des besoins de financement de plusieurs Etats, et pas seulement de la France, conjuguée à la réduction des bilans de banque centrale, un plus grand nombre de hedge funds ont pris des positions avec effet de levier sur le segment de la dette souveraine, en particulier à long terme.

Des interrogations se font jour sur la capacité des marchés à absorber des volumes très importants et d’éventuels assèchements de liquidité en cas de vente massive des positions en urgence.

Ces acteurs non bancaires se financent de façon croissante via le repo (Repurchase Agreement, accord de pension livrée), principalement auprès de banques systémiques. Le phénomène est particulièrement marqué aux États-Unis. Il reste limité en Europe mais, tout comme de l’autre côté de l’Atlantique, on observe une forte concentration des acteurs : « En Europe, cinq banques assurent 79 % du financement total accordé aux hedge funds », précise le rapport, et cette concentration se retrouve du côté des hedge funds emprunteurs (voir graphique).

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Opacité des interconnexions

Sur les marchés actions américains, les très fortes valorisations, concernant en particulier l’Intelligence artificielle, qui manque pour l’heure de perspectives solides de profitabilité, en rajoutent aux craintes de correction importante et non projetée.

Autre point de vigilance, le formidable essor du marché de la dette privée. Le non coté mobilise aujourd’hui des montants inédits. 85 % des transactions sont supérieures ou égales à 100 millions d’euros en Europe par exemple, précise la Banque de France.

L’ouverture des fonds privés à la clientèle de détail génère des risques supplémentaires, qu’ils soient de liquidité ou de protection des investisseurs.

L’interconnexion croissante entre établissements bancaires et non bancaires apparaît encore dans l’exposition de plus en plus importante des banques, et notamment françaises, aux intermédiaires non bancaires étrangers, en particulier aux États-Unis et dans les centres offshore, qui a progressé depuis 2022 de façon plus importante que les tailles de leurs bilans. Sur l’ensemble des prêts des banques françaises aux autres institutions financières, ceux à destination des États-Unis, par exemple, sont passés de 23 % en 2022 à 31 % en septembre 2025 (voir graphique).

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L’essentiel des craintes, il est vrai, concerne les Etats-Unis. Mais la Banque de France souligne l’opacité de ces interdépendances et en appelle à davantage de transparence.

Un stress-test pour y voir plus clair

Pour l’heure, elle estime le « poids des NBFI dans l’actif total » des banques françaises « modéré » (9,1 %). Elle évoque en revanche une véritable « reconfiguration des risques » et pointe la difficulté d’évaluer ces vulnérabilités émergentes, par manque de granularité des données.

C’est d’ailleurs pour cette raison que la Banque de France, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers (AMF) mènent un test de résistance systémique (system wide stress test) auprès de l’ensemble des acteurs, afin de se faire une idée plus précise de ces interconnexions et de leurs implications.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº913