Trente pages, en mode Scope 3 ! Tel pourrait être le résumé de notre dossier du mois… La finance durable est en train d’opérer une bascule majeure. Les acronymes d’antan (ISR pour « investissement socialement responsable », ESG pour « environnemental, social et de gouvernance »), semblent peu à peu remisés au placard. Témoignage peut-être que les sigles ont du mal à parler… Un mot s’impose désormais : impact. Mais au fond, les mots sont démonétisés et plus personne n’en veut ! On veut des chiffres, des résultats, des preuves…
30 pages sur la finance à impact, c’est 38 % de volume éditorial de votre revue préférée… 30 pages, en mode scope 3. Importante nuance. Car si, a priori, le concept d’impact plaît à tous, le diable se cache dans les détails. Quels items ont vocation à être analysés, comment fait-on les calculs, sur quels périmètres ? Dans l’article de Nathan Bonnisseau (Plan A), une infographie nous rappelle le périmètre de chacun des scopes. Le 1 se concentre sur soi-même, le 3 est le plus large.
De l'importance du choix des métriques
Si nous parlons de scope 3 pour ce dossier fleuve, c’est en raison de notre choix de contributeurs. Vous y retrouvez la secrétaire d’État chargé de l’économie sociale, solidaire et responsable, l’Autorité bancaire européenne, un émetteur obligataire (EDF), des investisseurs, qu’ils soient assets managers ou assureurs, sans oublier des chercheurs… De quoi ravir Hélène N’Diaye (MAIF) qui plaide pour que l’ensemble des acteurs s’emparent du sujet. Cette approche nous a permis de nous intéresser aux financements bancaires tout comme aux financements de marché. De penser climat, mais aussi social…
30 pages, en mode scope 3. Indicateur de parité : 50 %. Sur nos dix contributeurs, cinq femmes et autant d’hommes. Comment ne pas s’émerveiller d’une telle perfection ? Chut, la mesure a été faite en nombre d’individus. Le match en pages est un brin différent : 57 % pour les hommes, 43 % pour les femmes. « On ne gère que ce que l’on mesure », nous rappelle Anne-Claire Imperiale, avant de nous expliquer pourquoi elle rejette l’indicateur de l’empreinte carbone. Les détails, toujours les détails... Le sujet montant sur les marchés, ce sont les sustainable-linked bonds (SLB), nous renseigne Olivier Vietti d’Ostrum AM. Point majeur : ils financent directement les entreprises et non des projets spécifiques comme les green bonds. Sur la même approche, Mira Lamriben de l’ABE évoque la possibilité de titrisation verte, non en fonction du sous-jacent, mais de l’utilisation des fonds…
De nombreuses questions en suspens
Du côté des obligations vertes, EDF se distingue depuis 2013 ! Mais pour l’heure, la baisse des taux concomitante de ces instruments, souhaitée par la réglementation européenne avec une concentration de la demande sur ces produits, ne permet pas encore un allégement suffisant de la facture des émetteurs.
L’impact est aujourd’hui, comme la gauche d’antan, pluriel ! Pas facile, dans de telles conditions, d’aller vers l’inévitable prise en compte de ses critères en comptabilité, expliquent Sandra Bernard-Colinet et Alexandre Rambaud. Quel est son avenir ? Olivia Grégoire se félicite de la définition par la place de la finance à impact, tandis que Pierre Moulin constate que les nouvelles exigences réglementaires permettront aux épargnants de réclamer une palette de solutions très variées, pas forcément aujourd’hui disponibles sur le marché. Entre la force normative et la liberté de créer des opérateurs, il y a un monde. Gageons que la place saura choisir le meilleur chemin pour les relier, histoire, pour la finance, que l’heure de l’impact ne soit pas jugée comme un leurre par le commun des mortels.