Pour l’économiste Michel Aglietta (Université Paris X-Nanterre, CEPII, Haut Conseil des finances publiques), la messe est dite : la réalité vient contredire la théorie monétariste, dominante dans les milieux académiques. En effet, la BCE a beau faire tourner sa planche à billet en menant une politique expansionniste depuis 8 ans, l’hyperinflation – prédite dans ce cas de figure par le monétarisme – est loin de menacer la zone euro. Au contraire, Mario Draghi ne parvient pas à atteindre son objectif d’inflation : inférieur mais proche de 2 %.
À l’heure où les grands credo s’effondrent, où les décideurs peinent à sortir la zone euro du marasme, des projets alternatifs émergent. Selon le « QE pour le peuple », les banquiers centraux empruntent une voie beaucoup trop indirecte pour transmettre leur politique monétaire, passant les banques commerciales. De ce fait, les banques centrales n’obtiennent pas les résultats escomptés. Elles devraient adopter un circuit court pour transmettre leur politique en faisant profiter directement les citoyens de leurs largesses.
Autre projet, connexe mais plus radical : la « monnaie pleine » ou « 100 % monnaie » qui va faire l’objet d’un référendum en Suisse. Des projets semblables existent dans d’autres pays, comme l’Islande. Les promoteurs de ces initiatives souhaitent retirer aux banques privées leur pouvoir de
Grand défenseur de la monnaie pleine, Jean-Michel Servet (Graduate Institute Geneva) estime qu’elle « doit être comprise comme la volonté de réappropriation citoyenne d’un droit qui a été concédé à des firmes financières privées dont les innovations et incitations sont aujourd’hui largement perçues comme entrant en contradiction avec l’intérêt de la société dans son ensemble ». Mais Laurent Quignon, de BNP Paribas, souligne les faiblesses de la monnaie pleine (voir son article).
Les projets de « Monnaie pleine » et de « QE pour le peuple » se rejoignent, comme le soulignent Virginie Coudert et Régis Breton (Banque de France) : « En proposant de distribuer la monnaie nouvellement créée directement au public sans passer par l’intermédiaire des banques, l’initiative “monnaie pleine”, comme le mouvement de “QE pour les gens”, a de quoi susciter l’adhésion des populations, surtout lorsque celles-ci sont échaudées par la crise financière. Cette recherche d’alternatives radicales s’inscrit dans un contexte d’après-crise où la politique monétaire traditionnelle ne fonctionne pas et où la politique “non conventionnelle” peine à faire repartir l’économie. »
Quant à Philippe Gudin (Barclays), sa préconisation, est d’aller plus loin dans la construction européenne : « Il est temps de créer des eurobonds, c’est-à-dire des obligations émises à un niveau fédéral européen […]. L’Union bancaire fut décidée en trois mois, en 2012, pour éviter un naufrage du secteur financier et une explosion de l’euro ; l’Union budgétaire peut être décidée rapidement pour éviter un retour en récession et en déflation qui serait fatal à l’avenir de la zone euro. » Cette préconisation est finalement aussi radicale que les précédentes, étant donné le contexte eurosceptique.