L’employé augmenté devient une réalité dans les banques, mais qu’en est-il des agents autonomes ? C’est en effet la nouvelle déferlante en matière d’intelligence artificielle (IA). Valider un dossier de crédit, analyser les risques, effectuer une transaction : voilà la promesse de l’IA agentique... Déjà à l’œuvre dans certains grands établissements américains, cette dernière se diffuse rapidement. D’après un récent sondage mené par Moody’s, près de 80 % des banques y auraient recours à travers le monde. « Les banques européennes se saisissent des sujets IA, notamment agentiques, avec plus de prudence que leurs homologues en Asie ou en Amérique du Nord », nuance Lucas Quarta, associé au Boston Consulting Group (BCG). Malgré ce constat, il existe de nombreuses initiatives sur le Vieux Continent. « Ces dix-huit derniers mois, nous avons constaté beaucoup de foisonnement dans les banques, avec des usages diffus de l’IA. Toute la difficulté consiste aujourd’hui à passer à l’étape supérieure pour se doter d’un réel avantage compétitif avec cette révolution technologique », complète Albane de Vauplane, associée au BCG.
Un défi que commencent à relever les groupes financiers. Passer d’une IA d’expérimentation à une IA d’exploitation n’est donc plus de la science-fiction. « Toutes les banques s’y préparent à travers deux principaux chantiers, constate Arnaud Bourdeille, associé KPMG France, responsable du secteur Banque. D’une part, la mise en conformité de leurs outils, notamment pour mieux lutter contre le blanchiment ou améliorer le KYC et, d’autre part, l’intégration de l’IA dans les back-offices pour améliorer la relation client. » Certains établissements européens sont déjà passés à l’acte. C’est le cas, par exemple, d’ING aux Pays-Bas, qui compte réduire drastiquement son délai d’octroi d’un crédit immobilier grâce au déploiement d’un projet pilote en IA agentique, ou encore d’ABN Amro, qui a lancé un vaste programme d’automatisation des fonctions internes.
En France, BNP Paribas est souvent citée comme le fer de lance en matière d’IA, avec plus de 800 cas d’usage à son actif. De son côté, Crédit Agricole vient de passer à la vitesse supérieure en annonçant 500 millions d’euros d’investissements sur trois ans et la création d’une filiale dédiée, Entreprise IA, dotée de 150 millions d’euros et de 150 salariés, afin de standardiser les outils du groupe. Société Générale a, elle, changé de cap début 2026 en abandonnant son IA maison au profit de Microsoft Copilot tout en poursuivant le déploiement de SocGenAI. Crédit Mutuel Alliance Fédérale poursuit, pour sa part, un déploiement appliqué, avec 35 cas d’usage d’IA générative annoncés et une charte IA de confiance pour encadrer les pratiques. « Il y a plusieurs années, Crédit Mutuel avait déjà signé un partenariat avec IBM Watson, rappelle Arnaud Bourdeille. Preuve que la culture de l’IA ne s’improvise pas. » Selon une étude de KPMG, l’utilisation active de l’IA dans la finance est passée de 30 % à 75 % en seulement deux ans (voir graphique).
Émergence d’une culture de l’IA
Si elle commence à se diffuser, l’IA doit aussi devenir un levier de transformation industrielle, commerciale et réglementaire. C’est le fil rouge de ce dossier, qui mêle retours d’expérience de banquiers, avec Christopher Rabenseifner (Deutsche Bank), Luc Barnaud (BPCE) et Jean-Luc Martin (La Banque Postale), et analyses de spécialistes. Andrew Bockelman (Moody’s) interroge l’avantage concurrentiel que l’IA peut procurer aux établissements. Jean-Pierre Hubault et Moncef El Houti (Julhiet Sterwen) explorent le potentiel du crédit agentique comme nouveau canal de distribution. Mathieu Caquineau (Morningstar) examine quant à lui les promesses et limites de l’IA dans la gestion active, tandis que Simon Hayward (Freshworks) et Joffrey Martinez (Artefact) insistent sur la nécessité de maîtriser ces outils. Enfin, Marie-Christine Fournier-Gille et Mathilde Carle (Morgan, Lewis & Bockius UK LLP) reviennent sur les exigences du règlement IA et les implications concrètes de la mise en conformité. De quoi vous forger une opinion pour bien prendre cette vague. Audrey Spy