Interview de Jean-Luc Martin, directeur du programme Next-IA de La Banque Postale

« Notre enjeu est de déployer une IA souveraine,
utile et maîtrisée »

Créé le

22.06.2026

-

Mis à jour le

29.06.2026

À travers son partenariat stratégique avec Mistral AI, La Banque Postale veut accélérer le déploiement de l’IA générative tout en gardant la maîtrise de ses données et de ses usages.
Jean-Luc Martin, directeur du programme Next-IA, détaille les priorités de cette feuille de route, entre souveraineté, efficacité opérationnelle et transformation des métiers.

La Banque Postale a signé début mai un partenariat stratégique avec Mistral AI. Pouvez-vous rappeler la genèse de votre collaboration ?

Depuis un peu plus d’un an, La Banque Postale développe davantage l’usage de l’intelligence artificielle (IA) générative. Après une phase d’expérimentation menée notamment avec Microsoft Copilot et les technologies de Mistral AI, La Banque Postale a fait le choix d’un partenariat stratégique avec l’acteur français. L’enjeu dépasse le simple recours à une solution d’IA : il s’agit d’intégrer ces capacités directement dans le système d’information de la banque, au sein de ses propres centres de données. Une approche souveraine, différenciante sur le marché, qui doit nous permettre de maîtriser nos données, processus et usages, tout en développant en interne les compétences et les briques technologiques nécessaires à un déploiement à grande échelle.

Concrètement, quels sont vos axes prioritaires de développement ?

Le partenariat entre La Banque Postale et Mistral AI s’articule aujourd’hui autour de trois grands piliers. Le premier vise à diffuser une culture IA à un nombre important de collaborateurs. L’objectif est de permettre à chacun, dans un cadre professionnel sécurisé, de s’approprier ces nouveaux outils et d’identifier progressivement de nouveaux cas d’usage. À horizon fin 2026, La Banque Postale aura déployé ces solutions auprès de 5 000 collaborateurs.

Le deuxième axe concerne les équipes informatiques. Il s’agit notamment de mettre à leur disposition des outils d’aide au développement de bout en bout (des spécifications aux tests), afin de gagner en efficacité et de leur permettre de consacrer davantage de temps à des tâches à plus forte valeur ajoutée. Là encore, ces usages s’appuient sur les solutions technologiques de Mistral AI.

Enfin, le troisième pilier, baptisé « IA for business », vise à mettre les capacités de l’IA générative au service des métiers. Selon les priorités identifiées, ces solutions pourront contribuer à améliorer la relation client, renforcer la conformité ou optimiser certains processus internes. L’enjeu est donc moins de déployer l’IA pour elle-même que de l’intégrer progressivement dans les usages opérationnels, au service de l’efficacité, de la qualité de service et de la maîtrise des risques.

Avez-vous des exemples concrets d’usage qui seront rapidement opérationnels ?

La déclinaison opérationnelle du partenariat commence déjà à prendre forme à travers plusieurs cas d’usage concrets. Dès cet été, une première version d’un outil d’aide à la réponse aux réclamations clients sera mise en service. Il permettra d’améliorer l’efficacité interne des équipes, tout en renforçant la satisfaction client en apportant des réponses plus rapides, plus précises et mieux adaptées.

Un autre chantier porte sur la traduction simultanée, dans une logique d’accessibilité bancaire. Ce sujet revêt une importance particulière pour La Banque Postale, en cohérence avec son positionnement d’entreprise citoyenne. Un pilote devrait être lancé d’ici la fin de l’année, autour de la mi-novembre.

La banque travaille également sur ce qu’elle appelle le « client augmenté ». Il s’agit de permettre aux clients d’interagir de manière plus naturelle et plus fluide, grâce aux capacités de l’IA générative. Là encore, notre enjeu est double car nous voulons créer davantage de valeur pour le client tout en redonnant aux équipes des marges de manœuvre pour mieux les servir.

À terme, ces capacités devraient aussi irriguer d’autres domaines, notamment la conformité, la gestion des parcours clients et l’optimisation des processus internes. L’ambition est donc d’introduire progressivement l’IA générative dans les usages métiers, au plus près des besoins opérationnels.

La souveraineté apparaît comme un fil rouge de ce partenariat avec Mistral AI. En quoi ce choix est-il déterminant pour La Banque Postale ?

Pour La Banque Postale, la souveraineté ne relève pas seulement d’un choix technologique, mais d’un choix stratégique. En s’appuyant sur Mistral AI et en intégrant les solutions dans son propre environnement, la banque entend garder la maîtrise de ses données, de ses processus et de ses usages, tout en réduisant sa dépendance à des acteurs extra-européens. Ce choix s’inscrit aussi dans son positionnement d’entreprise citoyenne et dans une logique d’investissement dans un écosystème français et européen de l’IA. La dimension de frugalité des modèles développés par Mistral AI, moins consommateurs de ressources, vient renforcer cette approche, à la fois souveraine, responsable et durable.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº918
La Banque Postale participe à Alliance GenAI footprint
$!« Notre enjeu est de déployer une IA souveraine, utile et maîtrisée »
Le Groupe La Poste fait partie des membres fondateurs de l’Alliance GenAI footprint. Lancée tout récemment, cette initiative, portée également par Publicis, AXA et Engie aux côtés de chercheurs, vise à quantifier et à partager des données fiables sur l’empreinte environnementale des modèles d’IA générative pour la production de contenus. Cinq autres entreprises européennes ont rejoint cette alliance : Accor, FDJ United, Orange, L’Oréal et Renault Group. Selon Jean-Luc Martin, « la mesure des impacts environnementaux de l’utilisation de l’IA s’inscrit au cœur de l’approche éthique et responsable que La Banque Postale souhaite mettre en œuvre. Cette initiative, appliquée aux métiers de la communication, en est une première illustration. »