La quantification du risque de souscription est le métier et la raison d’être de l’assureur. Comme pour les autres acteurs financiers, la quantification du risque financier est nécessaire car elle permet de répondre à des interrogations comme :
– le niveau de pertes acceptable ;
– la nature des risques liés aux actifs en gestion ;
– les répercussions des conditions de marché, normales ou anormales ;
– l’horizon de temps donné, à retenir.
Cette quantification bien qu’importante n’est que complémentaire aux questions de base de la bonne tarification des risques que la compagnie d’assurance prend vis-à-vis de ses assurés, du bon provisionnement nécessaire pour pouvoir payer les prestations. Ces occurrences se produisent à des échéances courtes ou jusqu’à du très long terme (plus d’un siècle parfois), avec des fréquences variées selon la nature du risque souscrit. La compétence du management de la compagnie d’assurances à savoir apprécier sur la durée les risques pris au passif de son bilan est primordiale. Au moment où les nouvelles règles liées à Solvabilité II concentrent toutes les attentions pour fixer les montants nécessaires de fonds propres, notamment en fonction de la nature des actifs gérés et de leurs valeurs instantanées, il est important de rappeler cette situation qui différencie fondamentalement le métier de l’assureur de celui de la banque et des purs gestionnaires d’actifs.
Si l’on se centre uniquement sur la quantification du risque financier de l’assureur, la VaR (Value at Risk) et les stress tests constituent les deux méthodes les plus courantes de quantification de ce risque.
La VaR : une méthode pour évaluer le risque de marché
La VaR est une mesure probabiliste de la perte ponctuelle d’un portefeuille de composition donnée, résultant des variations futures des facteurs de risque. Elle est définie par la perte maximale probable à un degré de confiance de x % (pour un horizon de temps d’un mois, d’un trimestre, d’une année…). La VaR correspond donc à la perte qui ne sera pas dépassée dans plus de (100-x) % des cas, quand une position de structure donnée est maintenue pendant une durée [0, T].
Ainsi dans le cadre de Solvabilité II, les assureurs et réassureurs seront contraints de mesurer ces risques et de s’assurer qu’ils ont suffisamment de fonds propres pour les couvrir sur la base de cette approche VaR : le niveau de probabilité de 99,5 % à un horizon d’un an a été retenu par la directive européenne promulguée le 27 novembre 2009.
Du niveau de VaR et surtout de l’horizon temps d’un an retenu, elle va contraindre fortement les assureurs pour déterminer l’allocation de leurs fonds qui leur sont confiés et fixera très strictement des limites quantitatives de risque à l’intention des gérants.
Cet horizon d’un an risque malheureusement de prédominer dans les choix de gestion financière au détriment de ceux qui étaient jusqu’à présent retenus quand les gérants s’adossaient sur la duration des risques longs comme ceux de la responsabilité civile, de l’assurance construction, des assurances de personnes ou de la retraite. Les durations des passifs correspondants peuvent atteindre 20 ans ou plus. Ces choix s’effectueront au détriment des assurés soit en termes de tarification ou de participation aux bénéfices afin de limiter les coûts des fonds propres. La diminution de l’exposition actions des assureurs en est déjà la première matérialisation.
La Commission européenne va publier les spécifications techniques du QIS5 à la fin juin 2010, dernier test que les acteurs de l’assurance auront à effectuer. Après analyse et consolidation des résultats du QIS5, le CEIOPS publiera un rapport européen au mois d’avril 2011. Les mesures d’exécution seront adoptées par la Commission européenne courant 2011 et la norme sera applicable au 31 décembre 2012.
Stress tests ou tests de résistance
Les stress tests utilisés, depuis une dizaine d’années par les assureurs, correspondent aux études :
– des effets sur la nature des engagements pris vis-à-vis des assurés et donc de leur tarification,
– de la valorisation d’un portefeuille,
– de la nature de leur gestion actif-passif.
Cela pour un ensemble spécifié de changements dans les facteurs de risque résultant d’événements exceptionnels, mais plausibles. C’est une procédure visant à simuler des situations de crise, à travers des scénarios de stress qui peuvent être de nature variée. Ainsi des scénarios dits historiques peuvent compléter des scénarios dits hypothétiques, c’est-à-dire basés sur des événements jugés possibles à l’avenir liés à des changements éventuels des facteurs macroéconomiques, sociologiques ou politiques. Aux scénarios de stress peuvent également s’ajouter des tests de sensibilité dont le plus connu consiste à augmenter ou à dégrader instantanément des paramètres définis de risque d’un à plusieurs niveaux ou en termes de pourcentage.
Depuis 2003, les compagnies d’assurances fournissent l’état T3 à leur autorité de tutelle. Chaque trimestre, elles construisent cet état qui présente leur situation d’actif-passif et établissent sur cette base des stress tests avec des hypothèses de :
– baisse ou hausse immédiate et pérenne du TEC10 (-100 à -300bp, +200 à +400bp),
– baisse immédiate et pérenne des actions (et assimilés) et des actifs immobiliers (-10 % à -40 %)
Cet exercice permet à chaque acteur de mesurer et d’anticiper les crises et de corriger les allocations d’actifs en fonction des grandes tendances du marché et des risques pris au passif des bilans. Le but in fine consiste à ce que le marché dans son ensemble, groupe par groupe et société par société, reste en mesure de résister aux aléas mêmes brutaux de la conjoncture.
Des stress tests sont aussi effectués par les assureurs pour vérifier régulièrement la couverture de leurs engagements, comme la garantie plancher en cas de décès sur les contrats d’assurance vie en unités de compte.
Chaque assureur utilise, outre les tests réglementaires, ses propres outils de stress tests.
La construction des hypothèses et des tests doit se faire selon une approche collégiale et itérative. En effet, la convergence des points de vue de tous les acteurs, qu’ils soient financiers ou non est nécessaire afin d’aboutir à un consensus et d’identifier tous les facteurs (économiques, environnementaux, commerciaux…) qui influencent les paramètres de risques propres à chaque société. Les analyses alors produites grâce aux stress tests doivent en premier lieu être destinées aux actuaires, à la direction générale et au conseil d’administration. Ils font l’objet d’une analyse détaillée afin de comprendre l’exposition de la société d’assurance. Cette approche collégiale facilite ensuite le processus de production des indicateurs de pilotage des risques (tableaux de bord) et l’appropriation des conclusions par le top management et permet l’élaboration du rapport de solvabilité émis chaque année par le conseil d’administration.
Deux approches complémentaires
Une des limites de la méthode VaR est de reposer sur une hypothèse de loi normale de survenance des événements. Or les événements rares sont plus importants en magnitude que ne le dit la loi normale. Il faut que les assureurs prêtent attention aux événements « de queue de distribution » et ils y sont habitués, encore plus que les autres intervenants financiers, grâce aux fondamentaux des métiers qu’ils exercent. Leurs travaux se sont donc très rapidement orientés vers l’utilisation de ces lois pour analyser les risques de marché. Les stress tests présentent l’avantage de contourner cette difficulté en spécifiant l’ampleur de l’événement craint ou redouté, indépendamment de sa probabilité de survenance. C’est pourquoi les stress tests sont considérés comme une approche nécessaire complémentaire à l’approche de la VaR.
Ces deux méthodes présentent des différences notables dans la mesure où elles sont loin d’opérer dans les mêmes délais. En effet, alors que la VaR est un outil de suivi quotidien très automatisable, les stress tests nécessitent l’intervention d’un certain nombre d’acteurs et demandent souvent un délai important de construction et d’analyse. De ce fait, si la réponse à un dépassement de limite en VaR est simple (il suffit de couper des positions), la réponse à une surexposition à travers une analyse en stress de liquidité est plus complexe (mise en place de programme de refinancement ou de garanties, etc.)
Enfin, contrairement à la VaR dont l’automaticité de calcul peut faciliter l’adoption du résultat, les résultats des stress tests, parce qu’ils sont élaborés à partir d’éléments subjectifs, nécessitent un effort de communication et d’explication auprès des instances décisionnaires.
Grâce à l’utilisation de ces outils et de la compétence des acteurs français, on peut souligner qu’aucune défaillance d’assureur n’a été enregistrée en France, à la différence de ce qui s’est passé chez certains de nos voisins ou chez d’autres acteurs financiers lors des dernières crises qui ont beaucoup secoué les marchés financiers.