Et c’est reparti ? Le Mozambique en septembre dernier, l'Algérie, la Tunisie et la Jordanie en ce début d'année ont connu de violentes manifestations, certes nourries par d’autres facteurs mais dont le déclenchement a été motivé par la hausse des prix alimentaires. La Chine, comme d’autres pays, a déjà dû réagir par une série de mesures sur les prix.
Un nouveau record pour l’indice des prix
L’indice des prix alimentaires de la FAO, calculé sur un panier de cinq groupes de produits (céréales, huiles et graisses, produits laitiers, viande et sucre), vient d’atteindre
Vers une prise de conscience politique ?
Dans ce contexte, la priorité donnée par la présidence française du G20 à la lutte contre la volatilité des prix est plus que jamais pertinente. Car au-delà de la flambée, c’est bien la volatilité qui pose problème : incertitude pour le consommateur, mais aussi risque pour le revenu du producteur, ce qui peut le décourager à investir et menace ainsi le développement agricole à long terme. Mais la priorité donnée par la présidence française constitue également un test de crédibilité et d’efficacité pour l’action du G20. Cela peut même sembler un pari hasardeux, tant les réactions de la communauté internationale à la crise de 2008 n’ont pas donné lieu, jusqu’à présent, à des mesures structurelles de relance de l’agriculture ou de régulation des marchés. On peut ainsi dire que, aussi incroyable que cela puisse paraître au XXIe siècle, le principal facteur de la « pause » dans la crise alimentaire de 2008 réside… dans le hasard des cieux, c’est-à-dire la succession exceptionnelle de trois excellentes récoltes au niveau mondial, principalement due à des conditions climatiques favorables.
Les envolées des prix du blé suite aux incendies en Russie en août 2010 ou aux inondations en Australie en janvier dernier (voir Encadré) révèlent à nouveau la scandaleuse réalité : des marchés agricoles livrés aux humeurs des spéculateurs, des stocks de régulation ou d’urgence quasi disparus, des règles commerciales qui ruinent des filières locales par la « libre-concurrence » avec des produits étrangers plus compétitifs, enfin des pays en développement qui ont acté leur dépendance aux marchés mondiaux par un sous-investissement dans leur appareil de production agricole.
Une situation, deux diagnostics
Quelle réponse pourrait alors apporter la communauté internationale, et en premier lieu le G20, à la crise actuelle ? Deux visions continuent à s’affronter aujourd’hui. La première consiste à considérer que la volatilité n’est qu’une conséquence des aléas climatiques sur l’offre agricole. Il s’agirait donc de continuer à libéraliser les échanges, et d’élargir le marché mondial afin qu’excédents et déficits selon les régions puissent s’équilibrer et stabiliser les prix. Les réponses immédiates dans le cadre du G20 consisteraient à améliorer la transparence sur les transactions, et développer des instruments de couverture de risque basés sur les marchés. La deuxième vision, majoritairement portée par la société civile, consiste à rappeler que les marchés agricoles ne sont pas des marchés comme les autres : la rigidité de l’offre et de la demande ajoutée au risque climatique intrinsèque créent une volatilité structurelle qui brouille les fondamentaux du marché. L’élargissement et la globalisation des marchés ne conduisent alors qu’à amplifier les fluctuations de prix, si ces derniers ne sont pas régulés par des mécanismes d’intervention publique. Cette vision régulatrice est aujourd’hui en partie portée par la France, qui fait face toutefois à l’hostilité de la plupart de ses partenaires et a déjà dû revoir à la baisse ses propositions : la détermination d’un lieu de gouvernance fort de régulation de ces marchés a par exemple été retiré des priorités, de même que la proposition que chaque pays du G20 ait l’obligation de constituer un stock minimal sur certains produits. Les premiers débats au sein du G20 ne semblent pas présager la prise en compte des mesures nécessaires.
Plus de stocks et moins de spéculation…
Il serait pourtant indispensable aujourd’hui d’engager une action résolue autour de trois axes majeurs.·
Premièrement, reconstituer des stocks de régulation. Les pays du G20, qui représentent aussi les grandes puissances agricoles mondiales, doivent assumer un rôle de « stockeurs » mondiaux (détention d’un seuil minimum), que les États-Unis et l’Union européenne ont abandonné à la fin des années 1990. Mais la question de la gouvernance est majeure et un rôle pourrait être redonné au Conseil international des céréales afin de définir des règles de transparence ainsi qu’un code de bonne conduite sur les actions de stockage/déstockage. Par ailleurs, un mécanisme de réaction rapide doit être envisagé, capable de prendre des mesures coordonnées en cas de risque de crise sur les marchés agricoles et alimentaires.
Deuxièmement, empêcher la spéculation.
… dans un environnement commercial refondu
Enfin et surtout, troisièmement, relégitimer les outils nationaux de régulation commerciale. Les pays qui sont aujourd’hui
Toutefois, la menace d’une prochaine crise alimentaire pourrait faciliter les travaux engagés par la présidence française du G20 et convaincre les réticences de pays ou organisations souvent rétifs à toute intervention ou régulation. Les prétentions des pays du G20 à constituer un lieu efficace de gouvernance économique vont ainsi être testées quant à leur capacité à apporter, au-delà de l’urgence, des mesures structurelles de long terme. Les populations les plus vulnérables devront-elles, comme au Moyen Âge, ne voir leur assiette se remplir qu’au gré de la météo ? Ou les pays riches du G20 auront-ils la volonté de venir à bout de la faim, techniquement à portée de main ?