Quels sont les grands principes qui sous-tendent votre organisation ?
Nous avons opté pour une harmonisation de nos approches, de nos outils et de nos procédures, notamment par le biais des systèmes d’information, mais cette volonté de mutualisation ne s’arrête pas là. Nos clients étant fortement internationalisés, nous développons un modèle de banque intégrée internationale, notamment à travers une approche cohérente de nos segments et profils de clientèle. Nous segmentons également notre offre de façon homogène pour répondre aux besoins patrimoniaux de nos clients, indépendamment de leur localisation. Enfin, nous avons une vision globale des solutions d’investissement, fondée sur une vision des marchés et une stratégie d’investissement communes à toutes les entités de notre réseau, déclinées en thématiques et partagées par nos collaborateurs quelle que soit leur implantation géographique.
N’y a-t-il pas un risque de dilution des solutions sur mesure dans une infrastructure trop importante ?
Notre couverture se veut globale et notre sélection de produits est réalisée par des spécialistes. Par exemple pour les produits structurés, je dispose d’une équipe de près de 50 experts. Même la plus grosse implantation du réseau Société Générale Private Banking ne pourrait s’offrir un tel niveau de technicité. C’est la mutualisation de nos moyens qui nous permet d’avoir des équipes dédiées si conséquentes. Être un acteur de poids et recherchant la clientèle des grandes fortunes nous conduit à développer des expertises très pointues.
Nous travaillons en architecture totalement ouverte, puisque nous gardons à l’esprit de pouvoir servir l’ensemble des zones géographiques sur toutes les classes d’actifs. Ainsi, sur les mutual funds, nous avons une équipe dédiée de plus de 20 analystes qui scrutent le marché. Après une sélection quantitative opérée sur un univers très large de fonds, ils effectuent un examen qualitatif de la qualité de l’asset manager et du comportement de chaque fonds. 250 à 300 fonds sont ainsi retenus dans des catégories très diverses et font l’objet d’une surveillance très étroite. Nous pouvons alors expliquer concrètement à nos clients pourquoi nous pensons que tel fond obligataire sur pays émergents a délivré une performance très satisfaisante sur les derniers mois, pourquoi il nous paraît raisonnable d’attendre des rendements plus modérés, et dès lors si un arbitrage s’avère opportun… Nous pouvons être précis parce que notre connaissance du marché est fine. Je pense au contraire que nous faisons plutôt de la « sur-qualité ».
Le conseil d’une grande banque privée peut-il être totalement neutre ?
Comme nous sommes sur une offre en totale architecture ouverte, notre processus de sélection, au-delà de sa rigueur et de sa large couverture, repose sur une méthodologie qui applique la même « moulinette » à tous les produits, qu’il s’agisse de produits du groupe Société Générale ou non. Cela varie selon les conditions de marché, mais même sur les catégories de produits où Société Générale est leader mondial, on observe qu’il y a moins de 50 % de produits du groupe dans nos portefeuilles, signe que nous ne plaçons pas abusivement de produits « maison ».
Mais nous ne nous sommes pas contentés de ces observations et nous mandatons KPMG tous les deux ans pour réaliser un audit de neutralité de chacun de nos centres d’expertise.
Vous insistez sur la forte internationalisation de vos clients. Comment faites-vous pour les satisfaire ?
Notre banque privée s’est construite en partie par croissance externe, et nous avons choisi de conserver les expertises et donc les équipes en place, là où elles étaient situées, tout en les mutualisant pour un bénéfice commun. Cela nous permet de servir des cultures différentes, en intégrant plus aisément les banques acquises au fil du développement de notre réseau. Nous avons ainsi conservé – et tiré le meilleur parti – des particularités locales. Ainsi, l'équipe spécialisée dans les mutual funds déjà évoquée est à Guernesey ; nous avons une équipe spécialisée dans l’immobilier à Singapour ; l’essentiel de notre équipe de produits structurés est à Luxembourg…
Une communication régulière et une réunion de 48h toutes les six semaines à Paris avec tous nos CIO nous permet de conserver une vision globale ; nous bâtissons ensemble une stratégie d’investissement pour la banque privée. Chacun apporte une pièce au puzzle, mais repart avec une vision unifiée du marché et des opportunités d’investissement pour les mois à venir.
De même, nous gérons un univers d’investissement important dont nous ne nous écartons pas dans nos recommandations et nos choix afin d’être en mesure d’assurer un « après-vente » de qualité.
Cette organisation est le fruit de notre histoire et nous sommes convaincus que seule une approche équilibrée, entre solutions d’investissement et zones géographiques, est pertinente. Nous avons donc développé des lignes produits et services, qui « traversent » les zones géographiques. Il en va ainsi de la gestion sous mandat, qui délivre une prestation conçue globalement, mais à travers des équipes réparties dans l’ensemble du réseau. Pour nos clients, c’est à la fois la qualité de la spécialisation et la proximité du contact ; pour nos équipes, c’est aussi perçu comme un avantage : nous avons une excellente stabilité de nos gérants de portefeuille.
L’allocation de portefeuilles et la gestion de mandats constituent le cœur de notre métier de banquier privé : la sélection de produits est importante, mais la gestion de portefeuille, en fonction des attentes de nos clients, sur mesure, est sans doute la partie la plus fascinante et la plus pointue de notre activité. Disposer d’équipes locales, capables de s’appuyer sur des experts centraux me parait alors une réponse complète.