Innovation financière

L'Afrique, laboratoire du digital

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

L'Afrique, laboratoire du digital

L’équivalent de 40 % du PIB kényan transite par le portefeuille de monnaie électronique M-Pesa. Au Sénégal, des conseillers en scooter cassent les codes de la banque traditionnelle. Sur l’ensemble du continent africain, la digitalisation des services financiers s’opère à marche forcée dans un souci d’inclusion financière des populations. Au point d’inventer la banque de demain ?

L'Afrique, laboratoire du digital

Le mouvement de digitalisation des services financiers est loin d'être l'apanage des économies développées. Dans le monde émergent aussi, le numérique, et plus particulièrement le mobile, prend le pas sur les agences et les conseillers de la banque occidentale traditionnelle. L'association des opérateurs téléphoniques, le GSMA, estime à 134 millions le nombre de comptes de mobile money, ces porte-monnaie électroniques qui font fureur au sein des populations non bancarisées, à comparer avec les 173 millions d'utilisateurs actifs de PayPal à travers le monde. C'est en Afrique, région du monde la plus touchée par l'exclusion bancaire, derrière le Moyen-Orient [1], que les services financiers digitaux se répandent le plus vite. 19 pays d'Afrique subsaharienne comptent ainsi plus de comptes de mobile money que de comptes bancaires.

Sur le terrain, cette digitalisation du paysage financier prend des formes variées : banques qui arment leurs conseillers de scooters et de tablettes pour ouvrir des comptes directement chez le client, opérateurs téléphoniques qui court-circuitent les réseaux de cartes pour proposer du paiement en magasin à partir d'un téléphone basique, institutions de microfinance qui remisent leurs dossiers papier et numérisent leur relation client, fournisseurs d'énergie solaire qui prennent la place des banquiers dans les campagnes, start-up qui furètent à la recherche du moindre espace laissé par l'ensemble de ces acteurs… le continent africain foisonne de projets innovants. Beaucoup sont encore en phase expérimentale. D'autres, comme le service de mobile money M-Pesa au Kenya, rapporte déjà à l'opérateur Safaricom qui l'a créé, près d'un quart de ses revenus totaux.

Partie d'une page vierge en matière financière, l'Afrique est en train de sauter les étapes et d'inventer directement la banque 3.0, celle-là même que les établissements occidentaux peinent à mettre en forme, freinés par les systèmes établis qu'il faut réformer. Les expériences africaines ne sont bien sûr pas transposables telles quelles dans les pays développés. Elles peuvent néanmoins servir de laboratoire pour tester de nouvelles solutions technologiques, de nouveaux business models, une nouvelle relation client voire une nouvelle réglementation. Certains acteurs, comme Orange [2], commencent à dupliquer leurs expériences du Sud dans les pays du Nord, avec l'introduction d'Orange Money et bientôt d'Orange Bank en France. Le Compte Nickel, avec son réseau de buralistes et son recours au portable, emprunte à bien des égards les méthodes des opérateurs de mobile money. Quant aux algorithmes d'évaluation de la solvabilité de l'emprunteur, qui permettent d'accorder en temps réel des prêts à la consommation à des clients sans historique de crédit, ils sont peu à peu mis en œuvre dans les pays développés par des start-up [3]. Et si le futur de la banque s'écrivait au Sud ?

 

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] Selon le Global Findex, base de données de la Banque Mondiale, en Afrique, 66 % de la population adulte ne possède pas de compte, contre 86 % au Moyen-Orient, 54 % en Asie du Sud, 49 % en Amérique latine, 31 % en Asie du Sud-Est (données 2014).

[2] Lire l'interview d'Alban Luherne, « Innovation financière : l'effervescence des pays émergents », Revue Banque n° 798, juillet 2016.

[3] Lire l'interview d'Alexander Graubner-Müller, P-DG de Kreditek, Revue Banque n° 791, janvier 2016.

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