Compétitivité bancaire : après le diagnostic, il est urgent d’agir

Créé le

18.08.2026

-

Mis à jour le

28.08.2026

Ajustement de Bâle III, simplification des exigences prudentielles, réduction du reporting, lutte contre les surtranspositions... Voici les pistes de réformes concrètes pour redonner aux banques les moyens de financer les priorités stratégiques de l’Union européenne.

Le 17 juillet 2026, la Commission européenne a publié sa communication consacrée à la compétitivité du secteur bancaire et au marché unique bancaire. Ce texte marque un tournant important dans la réflexion européenne. Pour la première fois depuis la crise financière de 2008, la compétitivité des banques est reconnue comme un objectif stratégique, au même titre que leur résilience. Cette évolution constitue une étape importante.

Elle répond à une réalité économique. L’Europe dispose de banques solides qui demeurent au cœur du financement de l’économie européenne et qui représentent près de 29 000 milliards d’euros d’actifs, assurent environ 46 % du financement en dette des entreprises et détiennent plus de 2 600 milliards d’euros de prêts aux PME. Dans le même temps, l’Europe doit financer des investissements sans précédent pour réussir la transition énergétique, la transformation numérique, la défense, les infrastructures, le logement et la réindustrialisation.

Cette prise de conscience est urgente. Alors que le rapport Draghi évaluait ces besoins à environ 800 milliards d’euros par an en 2024, une étude réalisée par Oliver Wyman pour la Fédération bancaire européenne (FBE) les estime aujourd’hui à 1 400 milliards d’euros par an. En seulement deux ans, l’écart s’est considérablement creusé. Dans ce contexte, renforcer la compétitivité bancaire n’est plus une question sectorielle, mais une condition essentielle de la croissance, la compétitivité et la souveraineté économique européennes.

La Commission reconnaît explicitement cette réalité. Elle souligne qu’un secteur bancaire rentable et compétitif est indispensable pour financer une croissance durable, soutenir l’innovation et accompagner les priorités stratégiques de l’Union. Il s’agit aussi d’une reconnaissance importante du rôle central des banques dans une économie européenne largement fondée sur le financement bancaire. Le développement de l’Union des marchés des capitaux demeure tout aussi indispensable, mais il prendra du temps. Ces deux chantiers sont complémentaires et doivent progresser en parallèle.

Un diagnostic confirmé

La Commission reconnaît que la simplification réglementaire, si nécessaire soit-elle, ne suffira pas. Pour financer ses besoins massifs, l’Europe doit également s’attaquer à la fragmentation du marché bancaire et clarifier son cadre prudentiel – y compris par des mesures visant à simplifier et à rationaliser la réglementation des exigences de fonds propres.

La communication identifie trois obstacles qui limitent la capacité des banques à financer l’économie.

Le premier concerne la fragmentation persistante du marché bancaire européen. Malgré l’Union bancaire, les établissements continuent de se heurter à des freins réglementaires, prudentiels et administratifs qui limitent les activités transfrontalières. Cette fragmentation empêche les économies d’échelle, freine la circulation des capitaux au sein des groupes et réduit leur capacité à financer les grands projets européens. Selon la BCE, près de 230 milliards d’euros d’actifs liquides de haute qualité restent immobilisés dans des filiales nationales faute de pouvoir circuler librement.

Le deuxième est une réglementation devenue trop complexe. La Commission reconnaît que certaines exigences européennes vont au-delà des standards internationaux et que les phénomènes de « goldplating », tant au niveau européen que national, pénalisent la compétitivité sans bénéfice proportionné en matière de stabilité financière.

Enfin, le troisième obstacle concerne l’empilement des exigences prudentielles. La superposition des règles relatives aux fonds propres, au Pilier 2, aux coussins macroprudentiels, au ratio de levier ou encore au MREL réduit la lisibilité du cadre prudentiel et limite la capacité des banques à financer les investissements de long terme dans les secteurs stratégiques.

Plus fondamentalement, la Commission appelle à un véritable changement de culture. Elle estime que les autorités, les banques et les responsables politiques doivent collectivement passer d’une logique d’aversion quasi systématique au risque à une approche permettant une prise de risque responsable et mesurée. Pour soutenir l’innovation, la croissance et la compétitivité européennes, un meilleur équilibre entre stabilité financière et capacité de financement est désormais nécessaire.

Passer rapidement à l’action

La communication couvre un large éventail de sujets et ouvre de nombreuses pistes d’amélioration. Il faut désormais les traduire en mesures concrètes.

Pour la Fédération Bancaire Européenne (FBE), le temps du diagnostic est désormais révolu. Les travaux préparatoires du paquet bancaire attendu au premier trimestre 2027 doivent permettre de transformer cette analyse en réformes opérationnelles. L’urgence est réelle. Les besoins de financement progressent plus vite que l’adaptation du cadre réglementaire européen.

Le décrochage européen est déjà perceptible. Dans plusieurs segments de la banque de financement et d’investissement, les établissements américains ont progressivement gagné des parts de marché. Les banques européennes financent aujourd’hui moins de 30 % du secteur aéronautique, contre près de 45 % il y a quelques années. En banque d’investissement, les grands établissements américains représentent désormais près de 40 % du marché EMEA, contre 29 % pour leurs principaux concurrents européens. Cette évolution réduit la capacité de l’Europe à financer ses secteurs stratégiques.

Plusieurs réformes pourraient être engagées rapidement : ajuster certains paramètres de la transposition de Bâle III, notamment la trajectoire de mise en œuvre de l’output floor ; simplifier l’architecture des exigences prudentielles (notamment l’articulation entre le Pilier 1 et le Pilier 2), les coussins macroprudentiels ; rapprocher le cadre du MREL (Minimum Requirement for Own Funds and Eligible Liabilities ou Exigence minimale de fonds propres et de passifs éligibles) des standards internationaux en réduisant les écarts avec le TLAC (Total Loss Absorbing Capacity ou capacité totale d’absorption des pertes) ; supprimer les surtranspositions nationales et européennes ; améliorer le traitement prudentiel du financement du commerce international, des financements spécialisés et des investissements logiciels.

La simplification du reporting réglementaire constitue également une priorité. L’Autorité bancaire européenne s’est fixé un objectif de réduction de 50 % des points de données d’ici 2027. Cette ambition mérite d’être soutenue. Aujourd’hui, le coût annuel du reporting dépasse 11 milliards d’euros et les plus grands établissements européens doivent transmettre près de 42 000 points de données. Une rationalisation permettrait de réduire les coûts administratifs sans nuire à la supervision.

La volonté de la Commission de renforcer la coordination entre autorités de supervision constitue également une avancée importante, tout comme l’introduction d’une évaluation systématique de l’impact des décisions réglementaires et prudentielles sur la compétitivité.

D’autres réformes demeurent indispensables mais nécessiteront davantage de temps, notamment l’achèvement du troisième pilier de l’Union bancaire. La décision de retirer la proposition de 2015 sur le Système européen d’assurance des dépôts (SEAD) afin de présenter une nouvelle initiative illustre la sensibilité politique du sujet. Il est donc essentiel d’avancer sans attendre sur les mesures qui peuvent être mises en œuvre rapidement, tout en poursuivant en parallèle les réformes plus structurelles, afin d’éviter que les unes ne retardent les autres.

Une opportunité à saisir

Les bonnes priorités doivent être définies et mises en œuvre sans délai. Les banques européennes sont aujourd’hui solides, rentables et prêtes à accompagner les investissements dont l’Europe a besoin. Encore faut-il leur permettre de le faire dans un cadre réglementaire plus simple, plus cohérent, plus intégré et plus proportionné.

Au-delà de la compétitivité bancaire, c’est la capacité de l’UE à financer ses priorités stratégiques qui est en jeu. Une Europe plus compétitive a besoin de banques plus compétitives. Les prochaines réformes devront répondre à cette ambition.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº919