Quand la compétitivité
devient un enjeu bancaire

Créé le

24.07.2026

-

Mis à jour le

20.08.2026

L’Union européenne n’aura pas les financements nécessaires pour concrétiser ses ambitions industrielles avec une doctrine prudentielle pensée uniquement pour limiter les risques bancaires.

Le rapport de la Commission européenne sur la compétitivité, publié le 17 juillet dernier, marque un tournant. Pour la première fois, la compétitivité de l’économie européenne est explicitement reliée à la capacité de son secteur bancaire à financer l’investissement. Face à des besoins estimés entre 1 200 milliards et 1 400 milliards d’euros par an pour la transition énergétique, la défense, l’innovation et la souveraineté industrielle, la Commission estime qu’un secteur bancaire plus intégré, plus efficace et moins contraint est devenu une condition de la réussite économique européenne. Cette ...

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº919
Le secteur aéronautique, symptôme d’un
décrochage des banques européennes par
rapport aux banques extra-européennes
L’Aviation Working Group (AWG), qui réunit notamment Airbus, Boeing, les principaux loueurs et financeurs mondiaux, constate que la part des banques européennes dans le financement par dette des livraisons d’avions est tombée de 40-45 % à 25-30 % en trois ans seulement. Selon l’AWG, l’alourdissement du cadre prudentiel européen favorise cette évolution, au bénéfice de banques chinoises notamment.
L’enjeu dépasse le seul secteur aéronautique : lorsque les exigences prudentielles impactent la capacité des banques européennes à financer certains actifs, le financement ne disparaît pas, mais il est assuré par des banques extra-européennes.
Data centers : qui financera l’économie européenne de demain ?
L’essor du private credit illustre une évolution majeure du financement de l’économie. Alors que les banques européennes voient leur capacité d’intervention progressivement contrainte, des fonds privés, principalement américains, occupent une place croissante dans le financement d’infrastructures stratégiques. Le marché mondial du private credit atteint désormais entre 1 500 milliards et 2 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion.
L’exemple de l’intelligence artificielle (IA) est révélateur. En  2025, Apollo a engagé des discussions pour conduire un financement pouvant atteindre 35 milliards de dollars destiné aux investissements de Meta dans les centres de données et les infrastructures d’IA.
Cette évolution soulève un enjeu de souveraineté économique. Lorsque les banques européennes se retirent de certains segments, le risque est que le financement des infrastructures stratégiques de demain, qu’il s’agisse des data centers, de l’IA ou de la transition énergétique, soit de plus en plus assuré par des fonds de crédit privé majoritairement américains, opaques et peu régulés plutôt que par l’écosystème financier européen.