On a testé pour vous la plateforme
de notation Ecovadis !

Créé le

16.05.2025

-

Mis à jour le

28.05.2025

L’évaluation de la responsabilité sociétale des entreprises est un enjeu majeur pour les PME, contraintes par
les obligations de leur donneur d’ordre. De multiples approches existent entre labels et plateformes.
Ecovadis est la référence de ce secteur. Ce qu’il faut
en savoir et ce que vaut la nouvelle méthodologie.

« Ceux qui ne font pas de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ne pourront plus répondre aux appels d’offres » : c’est le discours partagé par les directeurs de petites et moyennes entreprises (PME) et des consultants spécialisés. Si la RSE permet rarement aux PME de vendre leurs produits plus cher, nombre de dirigeants craignent de perdre des marchés à cause de l’absence de stratégie RSE « chiffrée ». Avec ces deux questions cruciales : Comment évaluer objectivement la stratégie RSE d’une entreprise ? Et d’ailleurs, est-ce possible ?

L’effet du ruissellement réglementaire

L’enjeu est crucial pour cause de ruissellement de l’approche réglementaire. Les grandes entreprises sont en effet soumises à des pressions réglementaires et sociétales de plus en plus importantes pour prendre en compte leurs impacts négatifs, sur leurs salariés, l’environnement et plus globalement l’ensemble de leur écosystème. La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) notamment a durci les contrôles déjà imposés par la NFRD (Non Financial Reporting Directive), qu’elle vient remplacer, afin d’améliorer la fiabilité des informations diffusées et la comparabilité entre les entreprises.

Or, depuis longtemps, les multinationales délèguent une grande partie du travail à d’autres entreprises, notamment des PME, au travers d’appels d’offres. Même les entreprises publiques fonctionnent sur ce principe. En 2021, le ministère des Armées annonçait ainsi avoir recours à 23 800 entreprises françaises, dont 84 % étaient des PME. Pour les grands acteurs, cette pratique a un avantage évident en termes de maîtrise de la masse salariale et des coûts. Elle présente cependant l’inconvénient majeur de rendre plus complexe la gestion des risques liés au respect des droits de l’Homme ou de l’environnement. Comment s’assurer que ces PME respectent les engagements pris par les grandes entreprises ? D’autant plus que les petites structures ont la réputation de rencontrer davantage de difficultés financières et de parfois manquer de ressources. Cette mission, basée essentiellement sur l’audit, en est rendue d’autant plus difficile.

Des labels à foison

Dans l’univers des labels et certifications, l’enfer semble pavé de bonnes intentions. Ils se sont développés en très grande quantité : Label Numérique Responsable, Engagé RSE, PME+, Lucie, Positive Workplace, B Corp... À cela s’ajoutent les certifications ISO 14 001 (environnement), ISO 45 001 (santé et sécurité), sans oublier l’ISO 26 000, référence sur la RSE, bien que non certifiable, en attendant la future ISO 53 001. Leur nombre très important rend la navigation difficile et la comparaison relativement impossible. Comment une PME peut-elle s’y retrouver ?

À côté, des plateformes ! Sedex, par exemple, repose sur une logique collaborative : les entreprises peuvent partager leurs audits sociaux via le protocole SMETA, largement utilisé dans la distribution ou l’agroalimentaire. Cette mutualisation permet de limiter la multiplication des audits et de faciliter la transparence dans la chaîne de valeur.

Autre acteur en forte croissance, IntegrityNext mise sur l’automatisation des évaluations à partir d’informations publiques et de questionnaires standards, avec une approche très orientée conformité réglementaire (loi Sapin 2, devoir de vigilance, etc.). Plus rapide et plus accessible, cette solution attire de nombreuses ETI et grands groupes cherchant une couverture large de leurs fournisseurs à moindre coût.

Vous avez dit Ecovadis ?

Ces plateformes, aux modèles variés, montrent que l’évaluation RSE se structure autour de plusieurs visions, entre rigueur documentaire, logique de preuve et scalabilité des outils. C’est au cœur de cet environnement ultra-concurrentiel qu’évolue Ecovadis. Cette société s’est imposée comme la référence actuellement. Elle mise sur la simplicité, en attribuant désormais une note et des médailles. Ces évaluations sont basées sur quatre piliers – environnement, social et droits humains, éthique des affaires et achats responsables –, eux-mêmes divisés en vingt et un critères, de la politique environnementale aux contrôles des sous-traitants. Chaque année, l’entreprise peut décider de suivre son évolution, par l’obtention d’une note et pour certaines, d’une médaille. Coût : entre 1 000 euros et 6 500 euros par an selon la formule choisie, sans compter les ressources internes mobilisées. Il existe toutefois Vitals, un outil gratuit pour s’initier (voir encadré).

Il est important de noter que toutes les entreprises sont évaluées à partir du même questionnaire mais, en fonction de la taille et du secteur, certaines questions ne seront pas posées ou la pondération sera différente. L’attribution de points est ensuite basée sur un principe de preuves documentaires : l’entreprise notée doit fournir les preuves de ce qu’elle déclare et la plateforme valide ou non à partir des preuves apportées.

Les entreprises mises
en concurrence

La mécanique des médailles a été revue en 2024, passant d’une logique de seuils au niveau de la note à une logique de percentile. Entendez votre note est comparée à celles des autres entreprises évaluées l’année précédente : Bronze pour le top 35 %, Silver pour le top 15 %, Gold pour le top 5 % et Platinum pour le top 1 %. Effet pervers de cette approche relative : certaines entreprises récemment évaluées ont eu la désagréable surprise de découvrir que bien que leur note ait progressé, elles avaient rétrogradé en termes de médaille, avec un passage de Gold à Silver par exemple. De la même façon, deux entreprises qui auraient la même note à quelques mois d’écart pourraient avoir une médaille différente en fonction de la performance des autres candidats à la notation.

Par ailleurs, le principe de l’usage du percentile sur toutes les entreprises indépendamment de la taille et du secteur peut sembler questionnable et méritera une analyse dans le temps afin de prouver sa pertinence. À noter, outre le changement de méthode (voir encadré), selon les consultants interrogés cette année, Ecovadis aurait « serré la vis », demandant plus de preuves qu’auparavant, rendant moins simple la validation des points.

La compétition au détriment
de la structuration ?

En donnant une note globale, Ecovadis propose un mécanisme simple à comprendre pour les PME, au prix parfois d’une simplification des enjeux. Vous avez une note, vous devez l’améliorer, un langage clairement compréhensible pour les dirigeants de ces petites entreprises : « Vous devez formaliser vos pratiques de RSE, vous devez avoir une stratégie et vous devez évaluer. » Pour autant, on pourrait s’interroger sur le formatage excessif que cela peut générer. Vingt et un points seulement, pas tous analysés pour les PME car dépendant de la taille et du secteur, laissent peu de place à l’innovation et au fameux « think out of the box ».

La course aux médailles semble déjà plus importante que la transformation réelle de l’entreprise : l’obtention d’un statut Gold augmente les chances de décrocher les appels d’offres des entreprises les plus regardantes côté RSE. L’obtention d’un label dans le cadre d’une compétition avec toutes les autres entreprises, les plus grandes entreprises avec plus de moyens et les plus petites avec moins de questions et de contraintes, s’annonce souvent difficile à comprendre. Un même référentiel pour toutes les entreprises, une même médaille pour des réalités pourtant bien différentes.

La place des financeurs
et des consultants en question

Les entreprises qui cherchent uniquement un technicien spécialiste du référentiel Ecovadis, en vue d’une médaille sans fournir trop d’efforts, passent à côté de l’essentiel : un bon consultant propose une vision stratégique. Sans cette volonté partagée, pas de transformation durable. Le client arrive avec un objectif, une médaille par exemple, le consultant l’aide à obtenir sa médaille. Bien que toutes les banques ne l’utilisent pas, la Société Générale, par exemple, utilise cette plateforme pour évaluer l’engagement des entreprises auxquelles elle octroie des prêts à impacts. De son côté, ING a préféré développer sa propre plateforme de notation interne.

Malgré les signaux envoyés par le président américain, Donald Trump, l’Europe et la Chine, encore souvent considérée comme l’usine du monde, continuent d’imposer des contraintes RSE importantes à une grande partie de leurs entreprises. Ainsi, bénéficier d’une note résumant l’engagement RSE de ses clients ou fournisseurs, certifiée par un tiers, a de quoi rassurer.

C’est d’autant plus vrai pour le monde bancaire. Pendant plusieurs années, il lui a été reproché de ne pas se rendre compte qu’il exerçait une influence importante sur la RSE des PME. En effet, les demandes formulées par les banquiers, comme l’amélioration de la gestion des déchets, la réduction de l’empreinte carbone ou la réduction du turn over (selon la mode du moment) afin d’octroyer un taux réduit aux prêts, orientaient les décisions des entreprises. Elles ont parfois conduit à réduire les efforts vers des actions prioritaires. Pour autant, de la même façon que déléguer à ses fournisseurs a rendu quasi impossible la maîtrise de la chaîne de valeur, est-ce une bonne idée de déléguer la notation de la stratégie RSE ?

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº905
2024 : la méthode change...
Avant le changement de système d’attribution en 2024, Ecovadis attribuait des notes et distribuait ses médailles sur la base de seuils fixes. Par exemple, à partir de 45/100, l’entreprise obtenait la médaille de bronze. D’après les consultants, ce seuil était assez facile à obtenir et il a valu à la plateforme quelques critiques.
Désormais, l’attribution repose sur une logique de classement relatif. Il faut que l’entreprise se situe parmi les 35 % des entreprises les mieux notées pour l’obtenir, 15 % pour la Silver, 5 % pour la Gold et 1 % pour la Platinum. Ce durcissement vise à renforcer le sérieux de la notation, tout en intensifiant la compétition entre entreprises. En parallèle, pour éviter de laisser les entreprises sans reconnaissance, la plateforme a créé des badges d’encouragement : committed (score de 45/100 minimum sans médaille) et fast mover (score entre 34 et 44). Des dispositifs accueillis avec réserve par les consultants.
Vitals : un outil de pré-évaluation gratuit
pour s’initier
Lancé en 2024, Vitals est la version « découverte »
de la plateforme Ecovadis. Gratuit, ce questionnaire rapide propose 20 questions auxquelles il est possible de répondre en une trentaine de minutes.
L’objectif poursuivi est de permettre aux TPE et
aux PME d’amorcer une réflexion sur leur démarche RSE, sans coût ni complexité.
Né du constat que l’évaluation complète est dissuasive pour les petites entreprises, Vitals offre un premier diagnostic accompagné de recommandations générales – sans délivrance de médailles.
Cette démarche vise à sensibiliser les PME et constitue un premier pas vers une évaluation complète, souvent accompagnée par un consultant, en particulier pour
les entreprises novices en reporting RSE.