Prêt à impact : une opportunité pour aider les PME face
à leur « contrainte » RSE

Créé le

24.01.2025

-

Mis à jour le

29.01.2025

Les PME y gagnent et les banquiers aussi ! Zoom sur une formule à développer, avec notamment une meilleure communication.

«L’argent est le nerf de la guerre », « la fin du mois avant la fin du monde », tel est le discours de nombreux dirigeants de petites et moyennes entreprises (PME). Traversant les crises avec la goutte au front et voyant se rapprocher des lois comme la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), les dirigeants de PME sont souvent inquiets. Certes, officiellement, cette directive ne les concerne pas directement, car elle est réservée aux grandes entreprises. Les PME se retrouvent néanmoins impactées de manière indirecte, via leurs clients grands comptes.

Comment les grandes entreprises contribuent au stress des PME

De plus en plus de références à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) apparaissent dans les appels d’offres. Pour les dirigeants, les actions mises en place ne leur permettront pas forcément de vendre leurs produits plus chers. Mais ils se doutent que leur absence les empêchera prochainement de les vendre. En effet, depuis le décret n° 2022-982 de juillet 2022, les grandes entreprises ne doivent plus seulement publier leurs seules émissions carbones dans le cadre du scope 1 et 2 du bilan carbone. Il leur faut communiquer sur le scope 3 – bref, toute leur chaîne de valeur – incluant, de fait, leurs sous-traitants, leurs fournisseurs et leurs distributeurs. Les PME se retrouvent alors impliquées dans la RSE, malgré leur peu de ressources financières, humaines et leur manque de compétences et de connaissances dans ce domaine. S’ils espèrent garder leurs clients grandes entreprises, leurs dirigeants doivent donc mettre en place des actions et des indicateurs afin de « prouver » qu’ils agissent pour l’environnement.

Au-delà du coût de la RSE, et même si elles détiennent quelques fonds pour financer leur transition, les PME font face un problème bien plus important : par où commencer ? Ces entreprises disposent de peu de modèles (hors greenwashing de certaines grandes entreprises, souvent hors de prix) et elles ne souhaitent généralement pas être les premières à implémenter des solutions : elles se retrouvent, pour beaucoup, perdues (voir encadré).

Les obligations vertes inadaptées !

Dans ce noir tableau, les PME ont toutefois la chance de ne pas être optimisées financièrement. Il devrait donc être assez facile pour celles-ci de lier performance économique et performance environnementale dans un contexte de transition. Par exemple, acquérir des machines plus récentes, moins gourmandes en énergie, conduit à réduire son impact tout en ayant un retour sur investissement à court ou moyen terme – la même remarque vaut pour les systèmes de chauffage. Mais le manque de fonds les empêche souvent d’investir pour l’avenir.

Les lecteurs les plus aguerris pensent peut-être que les obligations vertes (green bonds, en anglais) peuvent ici entrer en jeu. Elles servent à financer la transition en s’assurant que l’argent levé soit utilisé pour des projets positifs pour l’environnement. Problème : elles ne sont pas émises, ou très rarement, par des PME. Ces instruments financiers requièrent, il est vrai, une certification et un suivi technique et réglementaire. Ces prérequis sont destinés à éviter qu’ils ne soient détournés pour du greenwashing. Au-delà de la complexité que cela représente, les montants nécessaires aux PME sont ridicules comparés aux projets de grande envergure pour lesquels ces obligations ont été créées.

Le banquier, remède antistress

La solution ? Tout simplement, le prêt à impact. Cette formule, sustainability-linked loan en anglais, est née en 2017 sous l’impulsion d’ING. L’établissement néerlandais s’était alors inspiré des obligations vertes, tout en offrant une plus grande flexibilité. Contrairement à ces dernières, qui financent des projets spécifiques, le crédit à impact repose sur des objectifs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Ce modèle le rend accessible à un éventail plus large d’entreprises, notamment les PME et entreprises de taille intermédiaire, pour des prêts à partir de 100 000 euros.

Son principe est simple : les entreprises s’engagent sur des indicateurs ESG mesurables, tels que la réduction des émissions de CO2, l’amélioration de la diversité ou la transparence dans la gouvernance. Si ces objectifs sont atteints, elles bénéficient d’une réduction de taux d’intérêt (par exemple, 0,1 %) ou du remboursement d’une partie des intérêts (par exemple 10 %). À défaut, le taux initial reste appliqué, ce qui limite le risque financier.

Chaque banque définit sa stratégie pour garantir que les engagements ESG soient respectés. BNP Paribas exige une attestation annuelle d’un tiers certifiant. Société Générale s’appuie sur la plateforme ECOVADIS pour collecter et vérifier les données. De son côté, ING a développé ESG.X. Cet outil interne évalue les performances ESG des entreprises et guide les transitions. Le crédit à impact repose donc sur un juste équilibre entre une vérification stricte, afin de renforcer la crédibilité et limiter le greenwashing, et des règles plus souples, qui facilitent l’accès aux PME. Une souplesse qui comporte cependant le risque de compromettre l’impact réel...

« Rien à créer,
rien à transformer...
 »

Côté PME, le crédit à impact permet aux PME d’allier performance économique et responsabilité sociétale. Autre intérêt pratique pour tous : les PME qui doivent fournir des indicateurs à leurs clients grands comptes peuvent ainsi les réutiliser pour obtenir leur prêt et, donc, mutualiser les coûts de suivis de ces indicateurs. Si ces éléments ne seraient pas suffisants pour des obligations vertes, ils sont acceptés par les banques. Rien à créer, rien à transformer, pas de temps perdu : une lecture de la citation (apocryphe) de Lavoisier qui plaît aux dirigeants de PME.

Côté banques : soumises à une pression importante, désireuses d’améliorer leurs propres indicateurs, voire de communiquer (voir encadré), elles sont généralement contentes d’accorder des prêts à impact, prouvant leur propre implication dans la transition vers une économie plus durable. Voir arriver une PME avec indicateurs, clairs et pragmatiques, de son action pour réduire son impact fait donc l’affaire de tous. Généralement, les projets eux-mêmes sont simples et rentables. Ce qui constituait une contrainte pour la PME s’avère finalement une opportunité pour réduire ses coûts à long terme tout en partageant le risque avec la banque. Les prêts à impact, en simplifiant l’accès au financement et en valorisant les efforts des entreprises pour intégrer la RSE, permettent au monde bancaire de créer un partenariat basé sur le pragmatisme et la mesurabilité avec les PME, pour se diriger ensemble vers la durabilité.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº901
PME : dresser le bilan carbone peut être une galère
Ce n’est pas l’envie qui manque, mais les PME avec un service dédié à la RSE sont quasi inexistantes. Quelques-unes emploient une personne pour ces activités, mais il s’agit généralement d’un alternant. Ainsi, avec peu de connaissances et de compétences dédiées, les PME tentent de satisfaire leurs clients grands comptes. Ces derniers désespèrent alors de trouver des stratégies RSE chiffrées et cohérentes chez leurs fournisseurs, afin de remplir leur propre rapport annuel et prouver qu’ils ont implémenté une stratégie d’achats responsables.
Établir le bilan carbone peut se révéler un calvaire pour les PME. Elles mettent souvent plus de six mois pour le réaliser. Quantifier toutes les émissions carbones de tous les process de l’entreprise suppose d’impliquer l’ensemble des salariés pour comprendre ce que chacun fait, comment il le fait et évaluer la pollution qui en découle. En dehors de Diag’Action, le bilan carbone réalisé en collaboration avec la Banque Publique d’Investissement qui permet aux PME de le faire à faible coût, les aides sont relativement méconnues. Elles sont également rarement sollicitées: les dossiers pour en bénéficier sont difficiles à monter. Il y a sur ce point assurément des progrès à faire.
Transparence des banques : peut mieux faire !
Malgré leur popularité croissante, les crédits à impacts peinent à trouver une place claire dans les rapports extra-financiers des banques. Souvent intégrés à la catégorie générale de la « finance durable », ils sont rarement présentés de façon distincte, rendant difficile l’évaluation de leur véritable portée. Chez BNP Paribas, par exemple, ces prêts sont mentionnés comme un levier de croissance à court terme, mais seuls deux projets emblématiques, chacun dépassant 400 millions d’euros, sont mis en avant. Société Générale, de son côté, inclut les crédits à impacts dans sa rubrique d’« actifs verts » aux côtés d’obligations, de fonds et d’investissements, sans préciser leur proportion exacte.
Certaines banques, comme la Caisse d’Épargne, se montrent plus transparentes : dans une communication de décembre 2023, elles annoncent avoir franchi le seuil de 1,5 milliard d’euros de financements sur trois ans. Pourtant, ces chiffres ne figurent ni dans leur rapport RSE ni dans celui du groupe BPCE, limitant leur visibilité. Même ING, pionnier du crédit à impact, a commencé à diluer les données. En 2022, la banque rapportait distinctement 317 prêts à impacts accordés (contre 139 en 2021), le rapport 2024 mélange désormais ces prêts avec les obligations vertes, indiquant un total de 491 financements. Si ING reste plus détaillé que ses concurrents, cette évolution témoigne d’une perte de clarté regrettable.