«L’argent est le nerf de la guerre », « la fin du mois avant la fin du monde », tel est le discours de nombreux dirigeants de petites et moyennes entreprises (PME). Traversant les crises avec la goutte au front et voyant se rapprocher des lois comme la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), les dirigeants de PME sont souvent inquiets. Certes, officiellement, cette directive ne les concerne pas directement, car elle est réservée aux grandes entreprises. Les PME se retrouvent néanmoins impactées de manière indirecte, via leurs clients grands comptes.
Comment les grandes entreprises contribuent au stress des PME
De plus en plus de références à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) apparaissent dans les appels d’offres. Pour les dirigeants, les actions mises en place ne leur permettront pas forcément de vendre leurs produits plus chers. Mais ils se doutent que leur absence les empêchera prochainement de les vendre. En effet, depuis le décret n° 2022-982 de juillet 2022, les grandes entreprises ne doivent plus seulement publier leurs seules émissions carbones dans le cadre du scope 1 et 2 du bilan carbone. Il leur faut communiquer sur le scope 3 – bref, toute leur chaîne de valeur – incluant, de fait, leurs sous-traitants, leurs fournisseurs et leurs distributeurs. Les PME se retrouvent alors impliquées dans la RSE, malgré leur peu de ressources financières, humaines et leur manque de compétences et de connaissances dans ce domaine. S’ils espèrent garder leurs clients grandes entreprises, leurs dirigeants doivent donc mettre en place des actions et des indicateurs afin de « prouver » qu’ils agissent pour l’environnement.
Au-delà du coût de la RSE, et même si elles détiennent quelques fonds pour financer leur transition, les PME font face un problème bien plus important : par où commencer ? Ces entreprises disposent de peu de modèles (hors greenwashing de certaines grandes entreprises, souvent hors de prix) et elles ne souhaitent généralement pas être les premières à implémenter des solutions : elles se retrouvent, pour beaucoup, perdues (voir encadré).
Les obligations vertes inadaptées !
Dans ce noir tableau, les PME ont toutefois la chance de ne pas être optimisées financièrement. Il devrait donc être assez facile pour celles-ci de lier performance économique et performance environnementale dans un contexte de transition. Par exemple, acquérir des machines plus récentes, moins gourmandes en énergie, conduit à réduire son impact tout en ayant un retour sur investissement à court ou moyen terme – la même remarque vaut pour les systèmes de chauffage. Mais le manque de fonds les empêche souvent d’investir pour l’avenir.
Les lecteurs les plus aguerris pensent peut-être que les obligations vertes (green bonds, en anglais) peuvent ici entrer en jeu. Elles servent à financer la transition en s’assurant que l’argent levé soit utilisé pour des projets positifs pour l’environnement. Problème : elles ne sont pas émises, ou très rarement, par des PME. Ces instruments financiers requièrent, il est vrai, une certification et un suivi technique et réglementaire. Ces prérequis sont destinés à éviter qu’ils ne soient détournés pour du greenwashing. Au-delà de la complexité que cela représente, les montants nécessaires aux PME sont ridicules comparés aux projets de grande envergure pour lesquels ces obligations ont été créées.
Le banquier, remède antistress
La solution ? Tout simplement, le prêt à impact. Cette formule, sustainability-linked loan en anglais, est née en 2017 sous l’impulsion d’ING. L’établissement néerlandais s’était alors inspiré des obligations vertes, tout en offrant une plus grande flexibilité. Contrairement à ces dernières, qui financent des projets spécifiques, le crédit à impact repose sur des objectifs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Ce modèle le rend accessible à un éventail plus large d’entreprises, notamment les PME et entreprises de taille intermédiaire, pour des prêts à partir de 100 000 euros.
Son principe est simple : les entreprises s’engagent sur des indicateurs ESG mesurables, tels que la réduction des émissions de CO2, l’amélioration de la diversité ou la transparence dans la gouvernance. Si ces objectifs sont atteints, elles bénéficient d’une réduction de taux d’intérêt (par exemple, 0,1 %) ou du remboursement d’une partie des intérêts (par exemple 10 %). À défaut, le taux initial reste appliqué, ce qui limite le risque financier.
Chaque banque définit sa stratégie pour garantir que les engagements ESG soient respectés. BNP Paribas exige une attestation annuelle d’un tiers certifiant. Société Générale s’appuie sur la plateforme ECOVADIS pour collecter et vérifier les données. De son côté, ING a développé ESG.X. Cet outil interne évalue les performances ESG des entreprises et guide les transitions. Le crédit à impact repose donc sur un juste équilibre entre une vérification stricte, afin de renforcer la crédibilité et limiter le greenwashing, et des règles plus souples, qui facilitent l’accès aux PME. Une souplesse qui comporte cependant le risque de compromettre l’impact réel...
« Rien à créer,
rien à transformer... »
Côté PME, le crédit à impact permet aux PME d’allier performance économique et responsabilité sociétale. Autre intérêt pratique pour tous : les PME qui doivent fournir des indicateurs à leurs clients grands comptes peuvent ainsi les réutiliser pour obtenir leur prêt et, donc, mutualiser les coûts de suivis de ces indicateurs. Si ces éléments ne seraient pas suffisants pour des obligations vertes, ils sont acceptés par les banques. Rien à créer, rien à transformer, pas de temps perdu : une lecture de la citation (apocryphe) de Lavoisier qui plaît aux dirigeants de PME.
Côté banques : soumises à une pression importante, désireuses d’améliorer leurs propres indicateurs, voire de communiquer (voir encadré), elles sont généralement contentes d’accorder des prêts à impact, prouvant leur propre implication dans la transition vers une économie plus durable. Voir arriver une PME avec indicateurs, clairs et pragmatiques, de son action pour réduire son impact fait donc l’affaire de tous. Généralement, les projets eux-mêmes sont simples et rentables. Ce qui constituait une contrainte pour la PME s’avère finalement une opportunité pour réduire ses coûts à long terme tout en partageant le risque avec la banque. Les prêts à impact, en simplifiant l’accès au financement et en valorisant les efforts des entreprises pour intégrer la RSE, permettent au monde bancaire de créer un partenariat basé sur le pragmatisme et la mesurabilité avec les PME, pour se diriger ensemble vers la durabilité.