ESG pour environnemental, social et gouvernance : cet acronyme est désormais bien intégré dans les esprits. À l’échelle européenne, plusieurs initiatives visent à intégrer les enjeux ESG dans la stratégie des entreprises de manière transparente. En 2021, la taxonomie verte a classé les activités économiques selon leur durabilité. Le règlement SFDR (Substainable Finance Disclosure Regulation) impose aux acteurs financiers d’inclure des critères ESG dans leurs décisions d’investissement. Applicable progressivement à partir de janvier 2024, la directive CSRD (Corporate Substainability Reporting Directive) imposait des obligations de publication non financière aux entreprises selon leur catégorie.
Mais Bruxelles a dégainé, le 26 février 2025, la directive Omnibus. L’obligation de reporting devrait donc être reportée de deux ans pour les petites et moyennes entreprises (PME) cotées. Autrement dit, le premier rapport sera à rendre en 2029 sur l’exercice 2028. Pour les PME non cotées, la norme VSME ESRS (Voluntary ESRS for non-listed Small and Medium-size Enterprises) publiée par l’EFRAG en décembre 2024 est applicable. Elle vise à simplifier et guider les PME dans leur exercice de transparence et de reporting volontaire. Cela implique non seulement de se conformer à des normes strictes de reporting, mais aussi de transformer les modèles d’affaires pour répondre aux attentes croissantes en matière de durabilité.
Les PME comparées aux grandes entreprises, sans leurs moyens
La qualité des données sera ainsi meilleure, grâce à des règles standardisées et à l’utilisation de données reportées plutôt qu’estimées par des tiers. Les taux de couverture ainsi que la cohérence des méthodes utilisées pourront s’améliorer également progressivement. Au-delà des obligations réglementaires renforcées, les critères ESG jouent désormais sur les décisions d’investissement et facilitent, ou complexifient, l’accès aux marchés. Les investisseurs, de plus en plus soucieux des impacts environnementaux et sociaux, exigent une transparence accrue de la part des entreprises. Ces critères ont gagné en importance dans la gestion des risques, la prise de décisions stratégiques, et surtout dans la manière dont les entreprises cherchent à attirer des capitaux et à fidéliser leurs parties prenantes. Ainsi, le niveau d’attendus pour les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) en termes de durabilité tend progressivement à rejoindre celui des grandes entreprises.
Mais les grandes entreprises bénéficient de ressources importantes pour intégrer ces critères dans leur stratégie, mesurer leur impact et répondre aux demandes du marché, des investisseurs et des réglementations européennes. Alors que les PME et ETI ont des moyens sont plus limités et doivent faire face à des attentes exponentielles.
Incontournable ? L’analyse
de double matérialité
Un des défis majeurs pour les PME est donc la structuration et la normalisation de grands volumes de données ESG. Avant éventuel dépoussiérage, la CSRD intègre 12 ESRS (European Sustainability Reporting Standards), déclinés en 82 DR (Disclosure Requirements), aboutissant à environ 1 200 indicateurs. Le cadre VSME, lui, structure le reporting de durabilité spécifiquement aux PME à travers un module dit basique (56 DR) sur les piliers ESG et un second complet (49 DR supplémentaires). La collecte et le traitement de ces grands volumes multi-sources, nécessite une méthodologie claire et homogène. Pour y arriver, il est essentiel de définir une stratégie cible et une gouvernance adaptées.
La première étape ? Le plus souvent, l’analyse de double matérialité. Elle permet de prioriser les critères les plus pertinents pour l’entreprise en évaluant l’impact des enjeux ESG sur elle-même et sur son environnement. Pour y parvenir, il convient de partir d’une analyse des enjeux clés de son secteur d’activité. Le SASB (Sustainability Accounting Standards Board) fournit par exemple des matrices de matérialité pour 77 secteurs d’activité. Ensuite, en fonction de ses spécificités, chaque organisation doit affiner l’analyse et les indicateurs ESG pertinents, puis mesurer le niveau d’exposition et d’impact. Par exemple, dans le secteur industriel, les émissions de CO2 et la gestion des déchets sont souvent prioritaires.
Penser partenariats
et plateformes
Sur cet exercice, les entreprises peuvent mutualiser leurs ressources, à travers des partenariats et associations sectorielles pour partager les bonnes pratiques, et les outils. Par exemple, dans l’idée de vulgariser les nouvelles exigences autour des plans de transition et de favoriser l’échange, l’Autorité des marchés financiers a publié un « Guide pédagogique à destination des entreprises ». Son objectif est de permettre de rappeler les attendus réglementaires, d’identifier les défis rencontrés et de mettre en avant les bonnes pratiques observées. De la même façon, de nombreux webinaires, tables rondes, formations et groupes de travail sont organisés par une variété d’acteurs. Ils aident les entreprises à suivre les évolutions réglementaires, acquérir des compétences techniques, se documenter et créer des synergies pour relever les défis ESG.
Des solutions technologiques facilitent aussi la gestion des données ESG, notamment pour les PME et ETI avec des plateformes spécialisées émergentes. Des outils comme I-care, Swipe et Traace simplifient la collecte et l’analyse des données à moindre coût. Cette gestion de la data ESG favorise la coordination entre départements, aligne les efforts de durabilité et simplifie le suivi des performances en temps réel, permettant d’évaluer et ajuster les initiatives à long terme. Ce suivi permet également d’identifier les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance, anticipant ainsi les menaces potentielles.
Les solutions de traitement de la donnée ESG simplifient la gestion des exigences de conformité aux réglementations en proposant des formats de reporting standardisés, répondant aux besoins réglementaires et des investisseurs. En outre, l’automatisation des rapports ESG permet de faire gagner du temps, et d’ainsi allouer les ressources à des initiatives stratégiques.
Une aide potentielle
des investisseurs
Mais les solutions peuvent aussi se trouver du côté des investisseurs. Les fonds, en particulier ceux classés sous les articles 8 et 9 du règlement européen sur la finance durable, exigent un reporting robuste et transparent. L’engagement entre les asset managers et les entreprises dans lesquelles ils investissent joue un rôle clé dans cette dynamique. Cet engagement, fondé sur une relation de confiance et de collaboration, pousse les entreprises à non seulement atteindre des objectifs de performance ESG, mais aussi à aligner leurs stratégies avec les attentes de long terme des investisseurs. En conséquence, les entreprises en portefeuille tendent à adopter des outils et méthodes pour améliorer leur gestion de données. De la même manière, les fonds à impact, par leur exigence en termes de résultats, incitent les entreprises à améliorer leurs processus internes, renforçant ainsi la qualité de leurs données et leur transparence. Des outils de collecte et de calcul sont utilisés pour permettre aux investisseurs d’avoir un meilleur suivi des indicateurs ESG.
Bon à savoir :
demain, IA et blockchain
Chez certaines sociétés de gestion, la tendance est d’envisager des flux d’information et de valeur dans les deux sens. L’approche traditionnelle repose sur les remontées d’indicateurs financiers, opérationnels et extra-financiers des entreprises en portefeuille vers le fonds et la société de gestion. La société de gestion peut aussi apporter des informations et services aux entreprises en portefeuille, PME et ETI notamment, et développer son apport en tant qu’operating partner. L’objectif est d’offrir un accompagnement stratégique et financier pour une meilleure intégration des critères ESG et de leur impact dans la gestion et le pilotage. Les entreprises bénéficient d’un meilleur accès aux financements durables, tout en améliorant leur performance globale en matière de durabilité, avec des impacts économiques à terme.
L’avenir de la gestion des données ESG pour les PME et les ETI pourrait passer par la simplification des processus de collecte, l’amélioration continue de la transparence et une collaboration accrue entre les acteurs du secteur. Alors que les régulations se multiplient et que les attentes des parties prenantes évoluent, il sera intéressant d’observer comment les entreprises s’armeront pour répondre aux défis, et contribuer à une économie plus durable. Dans ce contexte en pleine transformation, la prochaine étape sera l’intégration de l’intelligence artificielle et des technologies blockchain pour améliorer encore la qualité des données ESG. Ces innovations redéfiniront la gestion d’impact et la gouvernance.