La Fédération bancaire européenne (FBE) et ses membres sont prêts à jouer un rôle clé en libérant les investissements massifs nécessaires à l’avenir de l’Europe, estimés à 800 milliards d’euros par an par Mario Draghi. En 2025 et au-delà, le secteur bancaire s’engage à soutenir l’avenir de l’Europe : une Europe compétitive et résiliente. Et il a déjà démontré son savoir-faire. La précédente mandature de la Commission européenne a en effet été marquée par des défis majeurs. En réfléchissant aux cinq dernières années, je suis fier d’avoir vu comment les banques européennes ont prouvé leur résilience face à certaines des crises les plus éprouvantes de l’histoire moderne.
Les banques ont toujours été au rendez-vous
Lorsque la pandémie de Covid-19 a frappé, les banques n’étaient pas seulement des institutions financières ; elles sont devenues des bouées de sauvetage. Dès les premiers jours de la crise, elles ont rapidement étendu des crédits, offert des moratoires et soutenu les programmes de relance menés par les gouvernements : elles étaient en première ligne pour aider l’Europe à traverser cette tempête. Ensuite, lorsque les tensions géopolitiques se sont intensifiées et que l’inflation a grimpé, le secteur bancaire a de nouveau démontré son engagement envers la société en assurant la stabilité financière. De plus, dès les premiers jours du conflit, les banques ont rapidement apporté leur soutien aux familles ukrainiennes fuyant la guerre.
La capacité des banques à répondre à ces périodes d’incertitude découle des réformes réglementaires robustes qui ont renforcé le secteur depuis la crise financière de 2008. Elles ont permis aux banques de maintenir des coussins de capital solides, d’améliorer leur liquidité et d’adopter des cadres avancés de gestion des risques, les rendant mieux préparées à absorber les chocs, tout en continuant à soutenir les ménages, les entreprises et les gouvernements. Plus récemment, en mars 2023, les banques européennes ont une nouvelle fois prouvé leur capacité à résister aux chocs financiers.
La compétition n’est pas
seulement un enjeu d’actionnaires
Malgré cette force, les banques européennes perdent en compétitivité depuis plus de quinze ans par rapport à leurs homologues américaines. Aujourd’hui, seules deux banques européennes figurent parmi les dix premières banques mondiales. La compétitivité bancaire n’est pas uniquement une préoccupation des actionnaires dans les conseils d’administration européens : elle a un impact direct sur la capacité du secteur à financer les entreprises, les petites entreprises et les ménages.
Aujourd’hui, les nouveaux dirigeants élus ont l’opportunité d’apporter une nouvelle perspective pour revitaliser et actualiser l’agenda politique. Les circonstances sont bien différentes : l’Europe fait face à plusieurs défis qui menacent sa compétitivité sur la scène mondiale. Premièrement, la croissance économique de l’Union européenne (UE) continue à être inférieure à celle de régions comme les États-Unis et la Chine. L’écart de productivité se creuse chaque année. Dans les dernières perspectives économiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la croissance du produit intérieur brut aux États-Unis devrait atteindre 2,8 % en 2025. Tandis que la projection pour la zone euro s’élève à seulement 1,3 %. Notamment déclenchés par le vieillissement de la population, les changements démographiques présentent des risques pour les marchés du travail, les systèmes de retraite et les finances publiques. Ces changements exercent une pression supplémentaire sur la viabilité économique à long terme de l’Europe.
Ces barrières qui posent problème
Dans cet environnement, le secteur bancaire européen fait face à des défis spécifiques qui freinent son potentiel à répondre aux besoins et objectifs stratégiques de l’Europe.
L’inflation réglementaire
Le cadre réglementaire européen est devenu de plus en plus complexe, créant des obstacles à la réalisation d’objectifs stratégiques clés. Cette « inflation réglementaire » exige une approche plus pragmatique : rationaliser les règles, réduire les déclarations inutiles et améliorer l’efficacité. L’Europe doit également tenir compte de l’égalité des conditions avec d’autres grandes juridictions. Nous suivons tous de près la mise en œuvre de la fin de jeu de Bâle III. Bien que personne ne tire profit d’une course vers le bas, cela ne doit pas servir d’excuse pour éviter de rendre plus efficace le cadre réglementaire et de supervision en Europe. Ne pas faire cet effort pourrait désavantager davantage les banques européennes par rapport à leurs pairs mondiaux. L’objectif n’est pas la déréglementation, mais plutôt la création d’un système équilibré favorable à la fois à la stabilité et à la compétitivité. Pour le secteur financier européen, pilier fondamental de la résilience économique, cela est particulièrement important.
Déconnexion des ambitions européennes
Deuxièmement, il existe un décalage entre les ambitions fixées au niveau européen et les actions au niveau national. Dans certains pays européens, les taxes discriminatoires sur les banques sapent leur capacité à contribuer à des objectifs publics vitaux tels que le financement des infrastructures. En outre, la législation nationale qui va au-delà de la réglementation européenne crée une complexité inutile, fragmentant le marché unique plutôt que de le renforcer.
Pour atteindre les ambitions de l’Europe, il faut une meilleure harmonisation entre les politiques nationales et les objectifs de l’UE. Seule une approche unifiée peut permettre au secteur financier de soutenir véritablement la vision plus large de l’Europe en matière de croissance et de prospérité. Plus concrètement, les décideurs politiques européens doivent se concentrer sur l’achèvement des dossiers réglementaires susceptible de faire une différence clé en augmentant la capacité de financement des banques. Ces « facilitateurs », allant de solutions techniques telles que le marché de la titrisation à des initiatives à grande échelle nécessitant un changement de volonté politique comme l’Union de l’épargne et de l’investissement (UEI) ou l’Union bancaire, peuvent contribuer à débloquer les financements et investissements indispensables.
Ces facilitateurs pour plus d’efficacité
L’heure est venue d’avancer. Trois axes nous semblent devoir être privilégiés.
À moyen terme : l’Union de l’épargne et de l’investissement avec des marchés profondément intégrés
L’un des domaines présentant un potentiel inexploité important pour l’Europe est la création d’une Union de l’épargne et de l’investissement (UEI), incluant l’approfondissement des marchés des capitaux. Historiquement, les Européens ont épargné beaucoup plus élevés que les Américains, avec un taux d’épargne moyen de 12,3 % au cours de la dernière décennie contre 6,1 % aux États-Unis. Malgré cela, les Américains réalisent une plus grande création de richesse en raison d’une approche différente de la gestion de l’épargne. Notamment ils investissent massivement dans leur marché boursier. Se posent aussi des questions d’éducation financière (voir encadré).
Pour remédier à cette disparité, l’important réservoir d’épargne de l’Europe doit être mobilisé pour financer des priorités essentielles : les transitions verte et numérique, la défense et les défis posés par les changements démographiques. L’UEI offre une solution essentielle, visant à inverser la tendance à l’exportation de capitaux à l’étranger en favorisant l’investissement intérieur. Pour y parvenir, il faut élaborer des stratégies globales pour attirer les investisseurs, simplifier l’accès aux marchés financiers et créer un écosystème d’investissement plus interconnecté et plus efficace.
De même, un marché des capitaux plus profondément intégré est essentiel pour renforcer la résilience économique de l’Europe. En unifiant son marché des capitaux, l’Europe peut attirer les investissements mondiaux, soutenir des projets à grande échelle et stimuler l’innovation. Elle peut permettre aux entreprises d’innover et d’investir et offrir aux Européens le choix d’investir dans des produits plus performants disponibles à l’étranger. Si cet outil est bien géré, il peut contribuer à garantir la compétitivité future de l’Europe.
À court terme : la titrisation
Aujourd’hui, le marché de la titrisation en Europe est sous-développé, ne représentant que 8 % du PIB contre 47 % aux États-Unis, comme le souligne le rapport Mario Draghi. La revitalisation de ce marché peut débloquer des actifs illiquides, diversifier les sources de financement et faciliter l’accès au crédit pour les entreprises et les ménages. Bien que la mise en vitesse de croisière des mécanismes de l’UEI prendra du temps, la titrisation est un fruit à portée de main susceptible de déclencher la croissance.
Suite à la crise financière mondiale de 2008, la titrisation a été associée à un stigmate en Europe et l’approche adoptée jusqu’à présent a été très conservatrice. Bien qu’il existe différents degrés de revitalisation de la titrisation en Europe, l’approche doit toujours placer la stabilité financière au cœur de celle-ci. En modernisant ce marché, l’Europe peut renforcer son écosystème financier et stimuler la croissance sur l’ensemble du continent.
À moyen terme : achèvement de l’Union bancaire
Enfin, une intégration plus poussée des marchés bancaires grâce à l’achèvement d’une Union bancaire efficace sera cruciale pour combler le déficit d’investissement. Il est urgent de tirer parti du potentiel d’une Europe unie avec plus de force et de cohérence que jamais auparavant. Le marché unique est un effort clé de l’UE apprécié par les entreprises européennes, mais même après 30 ans, il reste incomplet. Dans trop de domaines, y compris la finance, l’UE reste une mosaïque de 27 marchés et économies nationales. La création de l’Union bancaire représente l’une des réalisations majeures de l’UE. Des éléments clés, tels que le Mécanisme de surveillance unique et le Mécanisme de résolution unique, ont renforcé la stabilité financière et créé des conditions de concurrence plus équitables pour les banques de la zone euro. Cependant, l’Union bancaire reste incomplète, car les défis politiques et réglementaires continuent d’obstruer le développement de modèles bancaires véritablement transfrontaliers universels.
Supprimer les sources de fragmentation
Un aspect clé non abordé est le troisième pilier de l’Union bancaire. Parallèlement, il est crucial de résoudre le débat entre pays d’origine et pays d’accueil. L’absence de progrès dans le troisième pilier de l’Union bancaire – ainsi que les limites imposées à la circulation des capitaux et des liquidités au sein de l’Union bancaire – sont une source de fragmentation : ils constituent des obstacles structurels à la consolidation bancaire dans la zone euro et au développement d’un marché unique des capitaux. Acteurs clés des marchés des capitaux, les banques se heurtent à des restrictions les empêchant d’opérer librement dans la zone euro. Le secteur bancaire est toujours confronté à des obstacles importants, en raison de l’absence de dérogations en matière de liquidité et des pondérations de risque plus élevées pour les filiales étrangères.
Reconnaître l’Union bancaire comme une juridiction unique est essentiel pour réduire la fragmentation et simplifier le cadre existant, trop complexe. Dans une Union bancaire pleinement opérationnelle, il ne devrait y avoir aucune distinction entre les superviseurs d’origine et d’accueil, et les « biais nationaux » en matière de réglementation et de supervision devraient être éliminés. Un système bancaire pleinement intégré peut mieux soutenir les investissements transfrontaliers et réduire la fragmentation financière, contribuant ainsi à la croissance économique et à la stabilité.
Trump : « accélérateur de la réinitialisation européenne » ?
L’Europe est confrontée à un choix : tenir ses promesses en matière de compétitivité ou voir son rôle mondial décliner davantage. Seules des banques européennes fortes et compétitives auront le pouvoir nécessaire pour financer l’économie et répondre aux besoins de la société. Comme l’a récemment déclaré la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, un changement des politiques américaines peut également agir comme « un accélérateur de la réinitialisation dont nous avons besoin en Europe ». Il est essentiel de considérer ces développements non seulement comme des défis, mais aussi comme des opportunités.
Il n’y a pas de temps à perdre, les décideurs politiques, les régulateurs et le secteur bancaire doivent travailler ensemble pour rationaliser les cadres réglementaires, en veillant à ce qu’ils équilibrent stabilité et croissance. Il n’y a pas de temps à perdre pour garantir des conditions de concurrence équitables au niveau international avec d’autres grandes juridictions et éviter une sur-réglementation qui entrave la croissance et la compétitivité. Il n’y a pas de temps à perdre pour donner aux banques les moyens de financer des priorités stratégiques telles que l’énergie verte et la transformation numérique.
Alors que l’Europe lance son offensive pour la compétitivité, l’enjeu est de taille. Le secteur bancaire est prêt à servir de partenaire stratégique pour les nouveaux dirigeants européens. Seuls une action décisive et un engagement partagé permettront à l’Europe de retrouver le pouvoir de financer l’économie et la société dans les années à venir.