Fintech : l’emploi résiste, les équilibres basculent

Créé le

28.08.2026

-

Mis à jour le

09.09.2026

Les fintechs françaises continuent de recruter en 2026,
mais la croissance change de camp. Les start-up du middle
& back-office, l’assurtech et l’investissement accélèrent, tandis que le paiement, les cryptos et les banques digitales marquent le pas.

Selon une étude menée à partir d’un échantillon de 560 sociétés, au 30 juin 2026, 40 552 salariés étaient employés au sein des fintechs françaises. La tendance globale demeure orientée à la hausse, avec une progression de 6 % au premier semestre 2026, soit +11 % en glissement annuel. En dehors du pic exceptionnel enregistré en 2022, à +37 %, cette dynamique s’inscrit dans la continuité des exercices récents, même si le rythme de croissance s’est normalisé.

Cette dynamique favorable s’inscrit dans un écosystème plus mature, mais toujours marqué par une forte sélectivité des financements. Au premier semestre 2026, les fintechs françaises ont levé 1,25 milliard d’euros, en hausse de 51 % par rapport aux 827 millions d’euros du premier semestre en 2025, alors que le nombre d’opérations est tombé de 48 à 28. Surtout, Alan, Pennylane et Morpho concentrent à eux seuls près de 74 % des montants levés. Hors ces trois opérations, le reste du marché représente environ 322 millions d’euros répartis entre 24 levées. Dans ce contexte, particulièrement exigeant pour l’early-stage, la Fintech française continue néanmoins de créer des emplois nets (+2 377 postes au premier semestre). Toutefois, cette trajectoire de croissance n’est plus homogène  : elle se concentre désormais sur quelques métiers porteurs, tandis que les segments historiques ralentissent.

Le B2B principal moteur
de croissance

Parmi les activités les plus dynamiques du marché, les métiers associés aux fonctions de middle & back-office confirment leur rôle de moteur central. Ce dynamisme traduit l’ancrage profond de ces solutions au cœur des processus opérationnels et financiers clés des entreprises clients. Cette logique BtoB repose sur une forte composante humaine : portés par la demande des clients eux-mêmes, ces acteurs s’appuient sur des experts métiers capables de mener à bien des intégrations complexes et stratégiques.

Portée par les échéances de la réforme de la facturation électronique, Pennylane, plateforme de gestion financière et comptable destinée aux experts-comptables et aux dirigeants de PME, creuse nettement l’écart. En ajoutant 221 salariés supplémentaires sur le semestre (+24 %), l’entreprise franchit le cap des 1 100 collaborateurs et s’impose comme la grande locomotive du secteur. Agicap, spécialiste de la gestion de trésorerie pour les entreprises, poursuit une progression solide (+60 recrutements, +8 %).

À l’inverse, Payfit, solution de gestion de la paie et RH, marque le pas avec une perte nette de 52 salariés sur le semestre (-6 %). Il s’agit du seul recul constaté au sein du top 5 de ce segment, constituant l’un des signaux d’ajustement les plus notables de la période. Dans le même temps, Pigment, plateforme de planification financière et opérationnelle désormais 4e du classement, signe la deuxième plus forte progression nette du secteur (+109 nouveaux collaborateurs, +18 %).

Paiement et banques digitales : maturité et consolidation

Longtemps en tête des métiers fintech les plus dynamiques, les services de paiement se positionnent désormais au second plan. La catégorie rassemble aujourd’hui 6 339 salariés, enregistrant une hausse contenue de +2 % sur le semestre (+141 embauches). La croissance de ses effectifs ralentit nettement par rapport au premier semestre 2025 (+5 %).

Sur ce marché devenu plus mature, Swile, spécialiste des avantages salariés et des titres-restaurant, conserve la tête avec des effectifs stables. Lyra progresse de 22 salariés (+4 %), tandis que Lydia enregistre une légère baisse (-10 salariés). Dans cet ensemble plus assagi, Sunday, solution de paiement à table pour la restauration, se distingue par la plus forte progression du secteur (+86 salariés, +37 %), signe d’un repositionnement réussi vers le paiement de proximité. En parallèle, plusieurs acteurs historiques reculent légèrement, à l’image d’Ibanfirst (-15 salariés) ou de Kantox (-14 salariés).

Du côté des banques digitales (6 040 salariés et 116 embauches nettes), la tendance au ralentissement se confirme également, la progression semestrielle des effectifs passant de +6 % au premier semestre 2025 à +2 % ce semestre. Qonto conserve une nette longueur d’avance (+99 embauches nettes, +4 %) et franchit le seuil des 2 300 collaborateurs. Nickel (+20 salariés) et Shine (+5 salariés) complètent le podium. Helios enregistre la seule baisse significative du top 10 (-7 salariés). Avec un effectif moyen élevé de 168 personnes par entreprise, ce secteur illustre une forte concentration autour de quelques poids lourds.

Assurtech, investissement et Regtech : des moteurs solides

Avec 5 875 salariés et 503 embauches nettes sur six mois (+9 %), l’assurtech s’affirme comme le deuxième contributeur en volume. Alan accélère nettement avec +221 recrutements nets, dépassant la barre des 1 400 salariés. Shift Technology (+43 salariés, +7 %) et Santévet (+13 salariés, +4 %) conservent leur place sur le podium. Dans le même temps, des acteurs de taille moyenne affichent de fortes croissances, comme Stoïk (+49 salariés, +37 %) ou Orus (+42 salariés, +37 %). Aucune baisse notable n’est à signaler dans le top 10 du segment.

Les services aux acteurs financiers (+6 %) profitent de la demande des banques et assureurs en matière de cybersécurité et d’infrastructure, portés par des acteurs comme Filigran (+62 salariés) ou Zama (+42 salariés).

De son côté, le financement retrouve une dynamique positive (+4 %), emmené par Alma (+46 salariés, +8 %), devant Younited (-7 salariés) et Pretto (+3 salariés). L’investissement conserve une trajectoire régulière (+9 %), portée par 73 Strings (+52 salariés, +18 %) et Flowdesk (+33 salariés).

Enfin, la RegTech (LegalTech) affiche une hausse impressionnante de 26 % (2 092 salariés et 431 embauches), mais ce chiffre doit être nuancé. L’essentiel de la progression provient d’IDnow (+312 salariés), un mouvement lié à une réorganisation de périmètre post-acquisition. Hors cet élément exceptionnel, le secteur progresse de 7 %, soutenu par des acteurs comme Doctrine.fr (+34 salariés) et Yousign (+10 salariés).

Blockchain et crypto-actifs : l’impact des réalignements

À rebours de la tendance globale, le secteur blockchain et crypto bascule en territoire négatif (-1 %, pour 1 957 salariés). Ledger conserve sa position de leader mais voit sa croissance ralentir (+25 salariés, +3 %). Si certains spécialistes comme Deblock (+35 salariés) ou Morpho Labs (+16 salariés) tirent leur épingle du jeu dans la DeFi et l’infrastructure, plusieurs acteurs historiques subissent des contractions marquées : Only Dust (-48 salariés), Kiln (-28 salariés) et Coinhouse (-14 salariés).

L’entrée en application du cadre réglementaire européen MiCA accompagne cette recomposition du secteur. Dans un environnement réglementaire plus exigeant et marqué par la consolidation, les plus petits acteurs sont davantage sous pression, bien que la baisse globale des effectifs reste limitée.

Les profils recherchés

L’analyse des éditions successives du baromètre met en évidence plusieurs évolutions clés dans les profils recherchés. D’abord, la demande reste particulièrement forte sur les compétences tech et data, notamment pour les développeurs spécialisés, les architectes cloud et les ingénieurs en machine learning.

Ensuite, le renforcement des équipes commerciales s’accélère. Les profils capables d’adresser de grands comptes (Key Account Managers) et les équipes Sales et Marketing stratégiques demeurent indispensables pour soutenir les exigences de rentabilité.

Enfin, l’émergence des profils dédiés à l’IA marque un tournant. Jusqu’ici cantonné à des cas d’usage ciblés, le déploiement de l’IA générative transforme progressivement l’organisation du travail. Les profils capables d’orchestrer des agents IA et d’automatiser des processus complexes devraient ainsi prendre une place croissante dans les recrutements.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº920
Les poids lourds de la Fintech
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Un doublement des effectifs
dans les fintechs françaises en cinq ans
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