L’asset management fait l’objet de l’inquiétude de plusieurs instances. L’AMF dans sa cartographie des risques 2011 écrit que « les banques sont incitées […] à augmenter les dépôts de la clientèle […] à leur bilan, au détriment possible des fonds monétaires ». Jean-Paul Redouin, sous-gouverneur de la Banque de France, a repris le même thème dans son discours du 30 mai devant les trésoriers de banque, avant d’ajouter : « L’industrie de la gestion d’actifs est un secteur d’activité solide que l’on ne doit pas déstabiliser. » Les recommandations du sous-gouverneur auront-elles raison de l’offensive bancaire en direction du pactole monétaire ? Les asset managers préfèrent assurer eux-mêmes leur défense et préparent leur contre-offensive en réfléchissant à la création d’un nouveau produit de trésorerie (voir l'interview de Paul-Henri de la Porte du Theil). Et puis, la gestion monétaire n’est pas la seule activité des asset managers : ils gèrent également, pour le compte de particuliers ou d’institutionnels, des fonds investis sur d’autres classes d’actifs (obligations, actions…) et comptent aussi sur ces activités pour continuer de se développer.
L'assurance vie menacée
Autres cibles de l’assaut des banques : les assureurs vie qui entrent eux aussi dans la sphère de l’asset management. Ces derniers sont menacés par la possible création d’un livret bancaire qui viendrait défier l’assurance vie. Mais ils ne se laissent pas impressionner et estiment que les banquiers, spécialistes du court terme, ne parviendront pas à concurrencer les assureurs vie qui, comme les sociétés de gestion, maîtrisent l’asset management sur le moyen-long terme. Et surtout, les assureurs vie mettent en œuvre une nouvelle manière de faire fructifier leurs actifs : ils tirent profit de leur excédent de liquidité, en prêtant des titres à ces mêmes banquiers ! (voir l'interview de Roger Bonne)
Des fonds mis en cause
La guerre n’est donc pas totale entre la banque et l’asset management et ce dernier résiste bien. Pourtant, il doit aussi essuyer d’autres attaques. Par exemple, les fonds indiciels cotés ont été récemment désignés par le Financial Stability Board comme une menace potentielle pour la stabilité financière (voir les interviews d'Eric Wolhleber et Alain Dubois). Cette première salve pourrait être suivie par un renforcement des contraintes réglementaires pesant sur ces véhicules. Autre inquiétude pour les sociétés de gestion : leur clientèle institutionnelle menace de leur échapper à cause de la réglementation Solvabilité 2. Cette industrie doit donc faire preuve de créativité pour continuer de séduire (voir l'interview de Gilles Guérin). Elle doit aussi renforcer ses efforts en direction des intermédiaires qui sont au contact des particuliers fortunés (family office, conseillers en gestion de patrimoine indépendant, filiales Gestion privée des banques). Enfin, que la clientèle soit retail ou institutionnelle, elle a de nouvelles exigences depuis la crise (voir l'interview de Jean-François Bay).
Face à ces défis à relever, les filiales Asset management des banques sont-elles les mieux placées ? Pas vraiment, à en croire le dirigeant de Morningstar. Mais le Boston Consulting Group est d’un autre avis (voir l'interview de Philippe Morel), même s’il admet que les sociétés de gestion indépendantes disposent d’atouts indéniables.