Petite révolution dans la finance durable : depuis le 10 mars, tous les fonds d’investissement domiciliés en Europe doivent se conformer à de nouvelles règles de transparence en matière de durabilité, au titre du règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation). Tous les fonds sont tenus de fournir des informations environnementales, sociales, et de gouvernance, ce qui devrait permettre aux investisseurs d’évaluer de manière plus fiable et objective la durabilité des produits d’investissement qui leur sont offerts.
Les informations à publier ne sont pas encore pleinement établies, car une partie dépend d’autres réglementations européennes, notamment la taxonomie verte. Mais ce que l’on sait déjà, c’est que le niveau de détails à fournir dépend du caractère plus ou moins durable des fonds. Ainsi, l’une des premières actions qu’ont dû mener les gérants de fonds a été de classer leur gamme de fonds en trois catégories :
– les produits dits « article 6 », qui ne suivent pas de stratégie durable explicite. Il s’agit de fonds ordinaires ;
– les produits dits « article 8 » (ou vert clair) qui promeuvent les critères environnementaux et sociaux. Autrement dit, le processus d’investissement du fonds doit intégrer des caractéristiques environnementales et/ou sociales ;
– les produits dits « article 9 » (ou vert foncé) qui effectuent des investissements durables, souvent également appelés investissements d’impact. Ils doivent afficher un objectif de durabilité explicite, par exemple la réduction des émissions de gaz à effets de serre.
Selon un bilan provisoire réalisé par l’équipe de recherche Morningstar au 17 avril, établi sur l’analyse de près de la moitié des fonds domiciliés en Europe, 18,6 % des fonds ont été classés en article 8 et 3,1 % en article 9, ce qui représente près de 25 % des encours étudiés.
Chez certains acteurs, cette part est toutefois bien supérieure, comme on peut le voir sur le graphique 1.
Par exemple, Amundi classe 62 % de ses encours en articles 8 ou 9, BNP Paribas Asset Management 80 %, et Mirova 100 %. Les acteurs nordiques, néerlandais et français sont ceux qui présentent la plus forte part d’articles 8 et 9 dans leur offre. Rien de surprenant puisqu’ils sont historiquement les plus avancés sur les sujets environnementaux, sociaux, et de gouvernance. Ils sont suffisamment confiants dans leur capacité à prouver la solidité de leurs méthodologies pour classer une large part de leur gamme comme durable. Ils n’ont cessé au fil des années d’affiner leurs stratégies en matière de durabilité. Ce qui avait commencé par des exclusions de produits et d’entreprises à fortes controverses s’est transformé, ces dernières années, en un processus d’investissement centré sur thème de la durabilité. Outre les exclusions mentionnées, de nombreux gérants écartent désormais aussi les entreprises ne répondant pas à leurs critères ESG minimum. Ils évaluent ensuite les facteurs de risque ESG menaçant la valeur économique d’une entreprise. Ainsi, tout au long du processus d’investissement, les entreprises sont évaluées sous l’angle ESG.
En revanche, d’autres gérants ont adopté une approche plus prudente dans un premier temps, mais leur ambition est de rapidement faire évoluer leurs gammes vers les articles 8 et 9. C’est notamment le cas de Schroders. Le gérant britannique a classé 26 fonds en articles 8 ou 9, représentant plus de 20 % de sa gamme, mais il a l’intention de monter jusqu’à plus de 70 % d’ici à la fin de l’année.
La difficulté de la nouvelle réglementation tient en effet au flou qui entoure les critères de classification : les acteurs sont obligés d’interpréter les textes. De nombreux fonds similaires se retrouvent ainsi classés soit en article 8, soit en article 9. C’est le cas notamment de deux fonds axés sur la thématique de l’eau, RobecoSAM Sustainable Water Equities et Fidelity Sustainable Water & Waste Fund, qui ont des objectifs et processus d’investissement très similaires.
De même, certains acteurs classent tous leurs fonds labellisés ISR en article 9 (AXA IM), alors que d’autres ne le font pas de manière systématique.
L’univers des fonds « article 8 » pourrait pour sa part être qualifié de catégorie « fourre-tout » tant l’éventail de produits qu’il représente est large. On y trouve des fonds qui pratiquent une méthodologie « best-in-class » très sélective comme des fonds passifs qui s’en tiennent à quelques exclusions et qui n’étaient même pas jusque-là présentés comme durables.
Pour de nombreuses sociétés de gestion, ce travail de classification relève du stratégique. Il est essentiel pour certains gérants de classer autant de fonds que possible sous les articles 8 et 9. Ils voient dans SFDR une opportunité de démontrer leur engagement en faveur de l'investissement durable. Ils ressentent également la pression de certains distributeurs et acheteurs de fonds qui ont déclaré qu'ils ne considéreraient à l'avenir que les fonds de catégories articles 8 et 9. Reste à savoir si ce résultat était bien celui recherché par le régulateur européen.