La RSE chez BNP Paribas: « Nous pouvons être amenés à renoncer à certaines transactions »

Créé le

10.04.2012

-

Mis à jour le

02.05.2012

Du 1er au 7 avril a eu lieu la semaine du développement durable. Alors que cette mobilisation peut sembler artificielle et que certains ont déploré l’absence de ce thème dans ​les débats de la campagne électorale, les banques veulent ​montrer que leur engagement dans ce domaine n’a rien de superficiel. ​Témoignage de BNP Paribas.

Quel bilan faites-vous des actions RSE [1] du groupe en 2011 ?

Dans la dernière notation de Vigeo, nous arrivons à la 2e place sur les 57 acteurs bancaires recensés. 2011 a été une année très dense pour nous. Nous avons continué à structurer notre démarche RSE au sein du groupe. Je dirige une équipe de neuf collaborateurs au niveau du siège, mais dans un groupe de près de 200 000 personnes, il est impossible de diffuser une politique sans disposer de relais au bon niveau. Nous avons donc procédé à la nomination d’intermédiaires au sein des comités exécutifs des zones géographiques stratégiques, des filiales, des fonctions et des pôles.

Ensuite, nous avons travaillé sur l’ancrage de la RSE dans l’exercice de nos métiers et nous avons enrichi notre offre de produits et services « responsables », c’est-à-dire à valeur ajoutée positive sur l’environnement et sur la société : par exemple, une offre de crédit à destination des personnes en CDD a été lancée en 2011, de même qu’une tarification adaptée aux personnes gravement malades pour accéder à l’assurance.

Par ailleurs, l’an dernier, nous avons intensifié de façon importante le dialogue avec les investisseurs institutionnels ISR – fonds de pension, compagnies d’assurance –, qui constituent une part de l’actionnariat stable et de long terme, mais aussi avec les ONG. Avec ces dernières, pas moins de quinze rendez-vous ont été pris en 2011.

En ce début d’année 2012, nos principes et missions ont été formalisés dans une charte, qui a d’abord été partagée avec l’ensemble des collaborateurs, et désormais avec nos clients. Ces pratiques ne sont pas nouvelles et sont solidement ancrées dans notre culture et nos règles internes, mais le fait de les rassembler dans un document à usage tant externe qu’interne leur confère une valeur d’engagement encore renforcée.

Quelles sont vos relations avec les ONG ?

Nous nous appuyons beaucoup sur leurs travaux de veille. Par exemple, quand nous avons élaboré notre politique de financement et d’investissement dans le secteur de l’huile de palme et de la pâte à papier, nous avons discuté avec Greenpeace pour nous assurer que nos critères étaient bien positionnés. Ils peuvent également nous orienter vers les acteurs les plus vertueux ou ceux avec lesquels il faut être le plus vigilant. Nous avons les mêmes relations avec Handicap International ou Amnesty avec lesquels nous échangeons régulièrement sur les sujets des droits humains.

Quand nous discutons avec les ONG, nous ne pouvons évidemment pas être d’accord sur tout ; certains font par exemple une question de principe de ne pas financer l’énergie nucléaire, ou le charbon, alors que nous considérons que nous devons aider les pays, notamment des pays émergents, à accéder à l’énergie tout en nous efforçant de les orienter vers les techniques les moins polluantes.

Outre vos principes d’organisation, dans quels domaines ont été menées vos actions RSE ?

Au niveau des actions, notre stratégie est structurée autour de quatre axes :

  • le financement de l’économie de manière éthique et transparente ;
  • une politique RH engagée et responsable ;
  • la lutte contre l’exclusion et la promotion de l’éducation financière ;
  • la lutte contre le changement climatique.

Que recouvre le financement éthique de l’économie ?

Cela fait référence à l’éthique commerciale qui régit la façon dont nous finançons l’économie. Par exemple, le commissionnement des conseillers dans la banque de détail a été modifié : il s’exerce par famille de produits, et non plus par produit. Ainsi, au sein de la famille « épargne », que le conseiller vende une assurance vie ou préconise un Livret A, il est commissionné de la même manière. De plus, le commissionnement est versé en deux temps : au moment de la vente et en différé (de 3 à 6 mois selon la nature du produit). Dans l’intervalle, nous vérifions que le produit a bien été utilisé par le client.

Nous avons également publié en juillet une position sur les produits basés sur les matières premières alimentaires, en référence au débat qui existe pour savoir si la financiarisation des marchés a un impact sur la volatilité du cours des matières premières alimentaires. Ce sujet est devenu particulièrement aigu au printemps 2011, avec les émeutes de la faim en Afrique. Nous nous interdisons un certain nombre de produits et donc avons décidé de procéder à la liquidation de deux ETF exposés essentiellement aux matières premières essentielles.

Comment se traduit la démarche RSE dans la politique RH ?

La gestion des carrières dans la durée et notre politique de diversité constituent des éléments clés de notre politique RH. La démarche RSE se traduit par un engagement fort dans le cadre du pacte social BNP Paribas. Ainsi, les aménagements rendus nécessaires par la réglementation Bâle III et la raréfaction de la liquidité s’opèrent sans aucun départ contraint dans nos marchés « domestiques », à savoir la France, l’Italie, la Belgique et le Luxembourg. La pyramide des âges dans le réseau de banque de détail fait que nous sommes recruteur net pour encore de nombreuses années, ce qui nous permet de faire jouer la mobilité et de proposer une autre affectation aux personnes concernées.

Une possibilité de quitter le groupe a été ouverte uniquement aux personnes qui travaillent dans des activités que nous souhaitons réduire. BNP Paribas CIB a annoncé en novembre dernier un plan de réorganisation, qui inclut environ 1 400 suppressions de postes dans le monde, et 373 en France.

Où en êtes-vous en matière de lutte contre l’exclusion et de promotion de l’éducation financière ?

Nous avons consacré près de 50 millions d’euros en 2011 dans le domaine de la microfinance, sous forme d’investissements en capital, de crédits ou de dons. L’événement marquant vient de ce que nous nous sommes développés sur les marchés matures. Jusqu’à présent, nos activités de soutien aux institutions de microfinance se situaient principalement dans les pays émergents.

Dans les marchés matures, notre action se situait jusqu’à présent essentiellement en France, dans le cadre de notre partenariat avec l’ADIE, mais nous l’avons complétée :

  • en Belgique, où nous avons créé une joint-venture, toujours avec l’ADIE : Microstart ;
  • en Italie, où nous avons pris une participation de 15 % au capital de Permicro ;
  • au Royaume-Uni, en octroyant un crédit sur 3 ans de 500 000 livres à Fairfinance, institution qui travaille essentiellement sur la région de Londres.
Sur l’éducation financière, nous avons des programmes en France, mais également en Italie, aux États-Unis, en Belgique, au Japon, en Inde… En 2011, nous avons ainsi formé 70 000 personnes.

Quelles formes prend votre politique de la lutte contre le changement climatique ?

Nous avons par exemple élaboré en 2011 des politiques de financement et d’investissement, qui concernent les secteurs de l’huile de palme, de la pâte à papier et de l’énergie produite à partir du charbon, trois secteurs industriels qui contribuent au changement climatique. L’objectif est de définir les critères selon lesquels nous allons décider de financer (ou pas) une société ou un projet. Par exemple, nous avons fixé des seuils de performance énergétique en deça desquels nous ne finançons pas les centrales à charbon. Pour les sociétés qui opèrent dans ce secteur, nous examinons l’évolution de leur émission de CO2 sur les trois dernières années.

N’avez-vous pas de difficulté à obtenir ces informations extrafinancières ?

Non, ces informations sont demandées à nos clients lorsque le projet nous est soumis. En outre, des ingénieurs de la direction des risques sont spécialisés sur ces différents secteurs : leur métier est d’analyser les propositions au regard de leur impact environnemental.

Globalement, la crise financière a-t-elle impacté vos actions ?

Pour l’instant, il n’y a pas d’inflexion de la stratégie, ni de réduction des budgets ou des moyens mis à disposition. La crise a essentiellement un impact sur notre business model : nous devons être plus sélectifs dans nos financements à long terme, par exemple, et les critères environnementaux et sociaux peuvent être intégrés dans les matrices de décision.

Adapter ses activités à une culture de responsabilité sociétale et environnementale ne coûte-t-il pas nécessairement quelques points de rentabilité ?

En fonction des politiques de financement et d’investissement, nous pouvons être amenés à renoncer à certaines transactions et donc au PNB correspondant. Sur les centrales à charbon, par exemple, des projets ont déjà été refusés. En 2011, plus de 200 transactions portant sur des secteurs sensibles ont été revues et nous avons dû en refuser environ 5 %.

En revanche, à moyen terme, nous sommes convaincus d’être gagnants en termes de maîtrise des risques globaux. Un projet qui présente un impact environnemental négatif présente bien sûr un risque de réputation, mais il comporte aussi un risque de crédit, lequel peut éventuellement déboucher sur un risque judiciaire pour la banque. L’idée est d’être sélectifs à la fois par l’impact environnemental et social et par la maîtrise du risque global que peuvent présenter un certain nombre de projets ou de clients.

En revanche, tous nos produits « responsables » sont margés normalement. Nous ne sommes pas dans la philanthropie, mais dans l’adaptation de notre offre à des besoins spécifiques. S’agissant de l’offre de produits aux salariés en CDD par exemple, nous en sommes en phase de test, car il s’agit d’une population logiquement plus risquée par rapport aux personnes en CDI, mais elle est normalement tarifée en fonction du coût du risque. Par exemple, l'écart est en moyenne de 2 %, pour un prêt personnel accordé à des personnes en CDD.

Est-ce que cela veut dire que cette offre est nettement plus chère pour cette population en CDD ?

Pas nécessairement. Elle est normalement tarifée, en fonction du risque qu’elle présente. Il ne s’agit donc pas ici de faire une offre à bas prix, mais de faire accéder une population plus large au crédit à un coût normal.

1 Responsabilité sociale et environnementale des entreprises.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº748
Notes :
1 Responsabilité sociale et environnementale des entreprises.