Le prix des actions de Tesla a explosé de plus de 1 400 % ces trois dernières années (voir graphique). Mais cela ne veut pas dire que ses actionnaires sont entièrement satisfaits de la façon dont la société est gérée.
Au contraire, ils remettent en cause la façon dont Tesla gère ses employés, sa politique de diversité et son Conseil d’administration. Tesla attire aussi les critiques – sans même parler du comportement anticonformiste d’Elon Musk à son poste de directeur général. L'argument ne vaut pas seulement pour ses actionnaires.
En 2019, Tesla a été sanctionnée par la Commission nationale des relations de travail américaine (NLRB) pour avoir violé la législation du travail. Le jugement a été confirmé cette année. Au mois d’octobre, Tesla a été mis en demeure par un tribunal fédéral californien de verser 136,9 millions de dollars à un employé qui affirmait avoir été l’objet d’insultes racistes à l’usine de Fremont, entre 2015 et 2016. La société a été également critiquée pour la rémunération qu’elle verse aux membres du conseil et pour la durée de leur mandat.
Les actionnaires se sont naturellement emparés de ces sujets. Lors de l'assemblée générale du 7 octobre, 5 résolutions ont ainsi été présentées, n'émanant pas du Conseil d'administration (voir encadré 2)
De grands investisseurs institutionnels américains, comme Calvert, ont soutenu avec succès une motion d’actionnaires demandant à l’entreprise de fournir davantage de données sur sa diversité, son équité et ses efforts d’inclusion, affirmant qu’une telle politique est nécessaire pour que la société demeure compétitive et novatrice.
La motion de Calvert était l’une des deux à obtenir un soutien majoritaire en 2021, alors que la direction de Tesla avait recommandé de voter contre. La seconde était une demande non contraignante de raccourcir le mandat des administrateurs à un an, pour les rendre plus redevables de leurs actes. Actuellement, le Conseil d’administration de Tesla est divisé en trois groupes presque égaux. Chaque groupe d’administrateurs est mis au vote chaque année, ce qui signifie qu’un administrateur quel qu’il soit est élu tous les trois ans. C’est le mécanisme habituel de ce qu’on appelle un conseil à renouvellement échelonné.
Les actionnaires font le poids
Il est inhabituel, quelle que soit l’année, de voir deux propositions d’actionnaires recueillir la majorité des voix. Pire, une troisième proposition, déposée par Nia Impact Capital, a manqué de peu d’être adoptée. Cette proposition, qui a recueilli 46,4 % des voix, contestait une règle en vigueur chez Tesla selon laquelle tout employé qui se déclare victime de harcèlement sexuel ou de discrimination est obligé de se soumettre à une procédure d’arbitrage plutôt que d’attaquer son employeur en justice. Nia Impact Capital a spéculé que sa proposition avait sans doute obtenu moins de soutien que nécessaire parce que les actionnaires avaient du mal à saisir le concept complexe d’arbitrage obligatoire.
L’impact des 227 millions d’actions, 22 % du capital, que possède Elon Musk dans son entreprise masque le niveau beaucoup plus important d’insatisfaction des actionnaires, qui se reflète dans les votes de cette année. Bien qu’Elon Musk n’ait pas le même droit de veto que Mark Zuckerberg à Facebook, la part du P-DG de Tesla est suffisamment importante pour lui assurer un vote favorable. Sans ses voix, quatre des cinq propositions d’actionnaires auraient été approuvées.
Une envolée du cours… du mécontentement
Cette tendance à la grogne des actionnaires s’est également manifestée dans l’élection des administrateurs (voir encadré). James Murdoch, le fils de Rupert Murdoch, précédemment dirigeant de la 21st Century Fox, et Kimbal Musk, frère d’Elon, ont été confrontés à des demandes de renvoi dans le contexte général de la rémunération des membres du conseil.
Les résultats de cette année marquent un changement par rapport aux années précédentes. De 2018 à 2020, les propositions d’actionnaires n’avaient recueilli en moyenne que 22,2 % des voix. En 2021, ce chiffre a été de 43,5 % pour les cinq propositions.
De même pour l’élection des administrateurs : au cours de cette période de trois ans, aucun administrateur n’avait recueilli moins de 81 % des voix. Les actionnaires affichent donc de plus en plus leur mécontentement. Leur prise de conscience des risques que fait courir à l’entreprise une mauvaise gestion du capital humain est elle aussi sans précédent. Le fait que le Conseil d’administration de Tesla n’en ait pas pris acte signifie qu’il y a encore perdu des soutiens cette année.