En 2020, la France a connu la plus forte chute de son PIB (-8,3 %) depuis 1945
Dès le premier confinement, en mars 2020, des mesures historiques de soutien à l’économie ont été prises par la Commission européenne et les différents États membres. En France, outre l’activité partielle, le fonds de solidarité, les prêts subordonnés et les plans d’apurement des cotisations sociales, c'est surtout la mesure phare des Prêts garantis par l’État (PGE) qui a retenu l’attention.
Compte tenu du fort rebond économique, en 2021, la croissance est attendue à hauteur de 6,3 %
Un recours massif aux PGE
Le régime des aides d’État constitue l’un des piliers du droit de la concurrence et de la construction européenne
Cet encadrement temporaire a ensuite fait l’objet de plusieurs assouplissements. La loi de finances rectificative pour 2020 du 23 mars 2020 et l’arrêté du même jour pris en application de la loi précisent les modalités d’octroi des PGE ainsi que les conditions de la mise en œuvre de la garantie de l’État. Modifiés par différentes lois de finances rectificatives et plusieurs arrêtés
Ce recours massif à l’endettement bancaire, conjugué à la durée de la crise sanitaire, pose la question de la sortie des PGE et, en cas de difficultés prolongées des entreprises, de leur éventuelle restructuration.
Restructuration amiable
La restructuration intervenue dans un cadre amiable faisant suite à un non-paiement et conduisant le prêteur à constater une perte actuarielle est également qualifiée d’événement de crédit.
Compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, le juge peut reporter ou échelonner, dans la limite de deux an nées, le paiement des sommes dues
Les entreprises peuvent également se placer sous la protection du président du tribunal et solliciter une procédure de prévention (mandat ad hoc
L’arrêté du 8 juillet 2021 est venu apporter des éclaircissements en matière de restructuration d’un PGE. Lorsque ce dernier est restructuré dans le cadre d’une procédure de prévention ou en application de l’article 1343-5 du Code civil, l’indemnisation de la banque par la garantie de l’État n’intervient pas à la date de la décision restructurant le PGE, mais à la fin du PGE restructuré, quelle que soit sa date de fin, y compris si celle-ci se situe au-delà du 6e anniversaire du prêt initial.
Ces dispositions s’appliquent, quelle que soit la date d’octroi ou de mise à disposition du PGE concerné et quelle que soit la date à laquelle ces procédures ont été ouvertes et les plans d’apurement validés. Elles sont applicables aux PGE octroyés avant la date d’entrée en vigueur de l’arrêté du 8 juillet 2021, ainsi qu’aux plans de remboursement validés avant cette date, sous réserve que l’indemnisation finale, pour solde de tout compte, par la garantie de l’État n’ait pas encore été obtenue par la banque
L’appel de la garantie, entendu comme la première demande de versement provisionnel, ou à défaut la demande d’indemnisation finale, peut intervenir au plus tard trois mois après la date d’échéance contractuelle finale du prêt initial ou le cas échéant du prêt restructuré.
La sauvegarde et le redressement judiciaire
Lors de difficultés avérées, les entreprises peuvent bénéficier de procédures collectives ouvertes par le tribunal, visant à maintenir l’activité et les emplois qui y sont attachés (sauvegarde et redressement judiciaire).
L’ouverture d’une procédure de sauvegarde, de sauvegarde accélérée ou de redressement judiciaire constitue elle aussi un événement de crédit, au sens de l’arrêté du 23 mars 2020.
En cas de procédure collective, la créance doit être classiquement déclarée par l’établissement bancaire auprès du mandataire judiciaire
Le plan de sauvegarde ou de redressement prévoit les modalités d’apurement du passif. La durée du plan ne peut excéder dix ans
Comme en matière amiable, l’arrêté du 23 mars 2020, dans sa version issue des arrêtés des 8 et 21 juillet 2021, prévoit que l’allongement du remboursement du prêt, conformément aux dispositions du plan de sauvegarde ou de redressement dont la durée est supérieure à celle initiale du PGE
La procédure de traitement de sortie de crise Covid
Le 1er juin 2021, les ministres de l’Économie et de la Justice ont présenté un plan d’accompagnement des entreprises en sortie de crise. Parmi les mesures du plan d’action, figure l’instauration d’une nouvelle procédure collective. L’article 13 de la loi du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire a en effet instauré un redressement judiciaire « Covid » d’une durée brève de trois mois. Compte tenu de la brutalité de la crise, les TPE les plus fragiles, qui ne pourront pas assurer le remboursement de leurs échéances de PGE, auront ainsi la faculté de solliciter du tribunal l’ouverture de cette nouvelle procédure collective. Cette procédure concerne les entreprises de moins de 20 salariés et ayant un total de passif de 3 millions d’euros hors capitaux propres. L’une de ses spécificités réside dans le fait qu’un seul professionnel de l’insolvabilité, qualifié de mandataire, est désigné. Dans certains cas particuliers (accroissement du BFR lié au redémarrage de l’activité, problématique de stocks), l’ouverture d’une procédure de traitement de sortie de crise pourra s’avérer opportune. Cette procédure permettra en effet aux TPE de bénéficier d’un moratoire de leurs dettes dans le cadre d’un plan d’apurement judiciairement accordé, dont les échéances seront d’une durée maximale de dix ans comme en sauvegarde ou en redressement. Le montant des annuités prévues par le plan à compter de la troisième année ne peut être inférieur à 8 % du passif établi par le débiteur. La procédure de traitement de sortie de crise s’appliquera de façon temporaire aux demandes d’ouverture formulées au plus tard le 1er juin 2023.
Cette procédure nouvelle est également mentionnée par l’article 6 de l’arrêté du 23 mars 2020. Les banques ayant prêté à des entreprises qui se placeront dans ce cadre judiciaire ne perdront donc pas la garantie de l’État en cas d’arrêté d’un plan dont la durée excède celle du PGE.
Le traitement des PGE en cas de liquidation judiciaire
Depuis le début de la crise sanitaire, 80 % des procédures collectives ouvertes sont des liquidations judiciaires directes
Dans le cadre d’une procédure de liquidation judiciaire, y compris quand cette procédure fait suite à un jugement arrêtant un plan de cession, le montant indemnisable est calculé, selon le cadre applicable, à la remise d’un certificat d’irrécouvrabilité par le liquidateur judiciaire désigné ou à la clôture de la procédure de liquidation judiciaire ou de rétablissement professionnel. Les sommes recouvrées par le prêteur sont retranchées au montant indemnisable.
Les PGE ont pleinement joué leur rôle d’amortisseur économique au cours de la crise sanitaire