Les risques opérationnels peuvent être définis comme les risques de pertes provenant des erreurs du personnel au sens large, des systèmes ou processus, ou des événements externes, tels que les risques de détérioration affectant les outils de production, les risques technologiques, les risques climatiques, ou encore les risques environnementaux. Les secteurs de la banque et de l’assurance, dans leurs dispositifs de gestion des risques issus de
Des risques souvent sous-estimés
Dans les faits, de nombreux risques ont pour origine un risque opérationnel. Ces derniers sont bien souvent sous-estimés, y compris dans les secteurs banque et assurance où ils font l’objet d’une obligation réglementaire de provisionnement. Par exemple, la prise de risque au-delà des limites autorisées constitue une source première de risque opérationnel. Dans les faits, l’attention est bien souvent davantage portée sur d’autres risques tels que les risques de crédit, de taux d’intérêt, de contrepartie, de marché, etc. On qualifie alors ces risques de « risques frontières » (Chelly, 2012, p. 22), car ils sont associés à d’autres risques.
Suite à la médiatisation de certaines affaires et devant l’ampleur des pertes enregistrées (par exemple par la Société Générale, AIG, UBS, JP Morgan…), la maîtrise du risque opérationnel, y compris en salle de marché, devient un élément essentiel de l’organisation et du pilotage des banques et des compagnies d’assurances. Comme l’évoque Éric Lamarque (2009, p. 198), « si les autorités de régulation internationale se sont saisi du problème, c’est que leur coût financier est apparu de plus en plus important et de nature à affecter significativement la rentabilité et les fonds propres des établissements ».
De nombreux documents et rapports internes aux établissements bancaires, ainsi que les guidelines publiées en 2010 par le Committee of European Banking Supervision (CEBS), ont mis en avant les risques opérationnels liés à la complexité des nouveaux produits financiers. Cette complexité peut engendrer des pertes aux conséquences systémiques (Comité de Bâle, 2011). Ces corpus de soft et hard law pointent également du doigt les risques liés à la fraude interne (tels que les cas de rogue trading au sein des établissements bancaires), à la corruption ou encore au vol d’identité.
Les salles des marchés : des environnements à risque
Les salles de marché peuvent être considérées comme des environnements à risque en raison de la nature souvent sensible des données échangées, mais aussi de l’importance des montants de certaines transactions. Quelques études ont mis en avant les facteurs explicatifs d’un manque de fiabilité d’une organisation liés aux risques opérationnels (Martin, 2010). Ces derniers sont particulièrement importants dans le cas d’un établissement bancaire intégrant des activités de trading. Ainsi, en exhibant la multiplicité des interventions humaines et des systèmes d’information sur le marché des transactions de gré à gré, des recherches (Jardat, 2011) ont montré qu’il est difficile de réellement fiabiliser une activité de trading soumise à des cadences de flux importantes et opérée via des canaux de transaction et référentiels multiples (voir Encadré 1).
Les multiples activités et métiers en salle de marché
L’activité principale d’une salle de marché est d’effectuer des opérations boursières pour le compte des clients de l’institution financière ou, parfois, pour le compte de cette dernière. La salle de marché se situe donc au cœur de l’institution financière. L’organisation de la salle de marché aura tendance à refléter les différents métiers connexes et complémentaires qui doivent s’y côtoyer. Ainsi par exemple, l’équipe de structuration aura tendance à être située à côté de l’équipe quant afin que les structureurs d’un nouveau produit puissent consulter rapidement un quant pour tout problème de valorisation ou de modélisation du produit conçu. De même, l’équipe de vente ne sera jamais située très loin de l’équipe de trading afin que les premiers soient au courant des prix intéressants que les seconds peuvent fournir sur certains titres afin de réduire certaines poches de risque sur leur book (les « axes » qu’un trader peut posséder sur son book).
Il est essentiel de comprendre qu’une salle de marché doit être parfaitement organisée, notamment à cause du caractère parfois très sensible des transactions qu’elle effectue. Un point essentiel peut être la gestion des conflits d’intérêts potentiels entre les clients et l’institution financière elle-même. Certains Chinese
Ainsi on peut dire que les interactions entre tous les acteurs d’une salle de marché donnent lieu à deux types de risque opérationnel :
- un risque opérationnel lié à la nature même d’une ligne métier ;
- un risque opérationnel lié à l’interaction entre deux (ou plusieurs) lignes métiers et à la transmission de l’information (voir Encadré 2).
Les problématiques récurrentes du risque opérationnel en salle de marché
Face à la diversité des sources de risque opérationnel sur les salles de marché, les dirigeants d’établissements financiers sont confrontés à plusieurs problématiques récurrentes. En premier lieu un problème général concerne les enjeux de recrutement et de carrière (Janand, 2011). Les incitations financières et les perspectives de carrière doivent être réformées et réalignées, afin de rendre plus attractives les filières de contrôle des risques et de
L’organisation de la salle de marché elle-même est un sujet majeur, ainsi que l’architecture du système d’information qui doit être fiable et clairement
Enfin, diffuser au sein de l’institution des indicateurs clés de risque (spécifiques ou composites), ainsi qu’une cartographie détaillée des risques opérationnels les plus courants, peut permettre une sensibilisation collective et renforcer la rigueur opérationnelle d’un établissement dans son ensemble.
En conclusion, la gestion du risque opérationnel en salle de marché reste un sujet encore peu abordé, notamment dans la diversité des réalités que cette thématique recouvre. Bien que l’enjeu soit loin d’être récent, il est aujourd’hui l’objet d’une préoccupation croissante, notamment en raison du caractère incontournable qu’ont désormais les activités de marché, et des impacts médiatiques et financiers considérables de certaines « erreurs opérationnelles » de ces dernières années.