La protection des intérêts des clients constitue depuis toujours l’un des fondements du développement durable des institutions financières. Les banquiers qui l’auraient oublié finissent souvent par le payer chèrement, surtout lorsque les victimes sont des clients modestes ou inexpérimentés, comme l’a récemment rappelé Adair Turner, chairman de la Financial Services Authority (FSA) à Londres. Le banquier fautif ou négligent s’expose en effet à de lourdes sanctions de la part des régulateurs et à des pertes commerciales et financières significatives si des clients mécontents retirent leurs avoirs ou réclament des dommages et intérêts.
L’activisme des législateurs et des régulateurs après la crise financière de 2008 ainsi que la kyrielle d’actions en justice d’investisseurs déconfits jettent aujourd’hui une lumière crue sur les enjeux de la protection de l’intérêt des clients. Les sanctions financières se veulent désormais plus dissuasives pour prévenir des comportements qui ont favorisé la vente d’investissements risqués, tels que les subprime, ou frauduleux, tels que les parts de fonds « Madoff ».
Les recours auprès des tribunaux
C’est logiquement aux États-Unis, où ont émergé les affaires emblématiques de la crise financière de 2008 – subprime, Lehman Brothers, Madoff –, que les régulateurs et les tribunaux se sont le plus mobilisés sur les cas de manquement des institutions financières à leurs obligations d’information ou de mise en garde de leurs clients lors de la vente de produits de financement ou d’investissement. Les pertes massives enregistrées dans les portefeuilles des investisseurs du monde entier qui avaient investi dans des
Le taux de délinquance élevé des crédits hypothécaires consentis à une clientèle de particuliers américains peu solvables (subprime) est à l’origine d’une crise financière que la titrisation a propagée dans les bilans des banques et les portefeuilles des investisseurs bien au-delà des États-Unis. Les conséquences néfastes de ces opérations qui avaient totalement ignoré l’intérêt des clients aux deux extrémités du processus étaient pourtant largement prévisibles :
- en amont, des emprunteurs aux moyens à l’évidence trop modestes ne pouvaient durablement rémunérer toute la chaîne de financement (brokers, banquiers, agences de notation et in fine investisseurs) ;
- en aval, des investisseurs mal informés des risques induits par l’achat d’obligations jouissant de ratings flatteurs.
Les plus grandes banques américaines condamnées
Aux États-Unis, les litiges se terminent souvent par un règlement amiable (settlement) qui prévoit le paiement d’une amende ou d’indemnités aux clients victimes des manquements de l’institution financière à ses obligations réglementaires, telles que la vérification de l’adéquation du produit vendu au profil du client ou la fourniture d’une information suffisamment claire et complète quant aux risques du produit ou à un possible conflit d’intérêts. La Securities & Exchange Commission (SEC) a indiqué qu’en 2 ans et demi, elle avait mené une trentaine d’actions contre des banques liées à la vente d’obligations garanties par des crédits immobiliers de médiocre qualité, conduisant à près de deux milliards de dollars de sanctions et d’
Parmi les nombreuses actions en justice toujours en cours à l’initiative d’investisseurs victimes de la crise des subprime, il convient de signaler les procédures judiciaires entamées par l’agence publique américaine Federal Housing Finance Agency (FHFA) contre 18 banques et certains de leurs cadres pour tromperie sur la qualité d’environ 200 milliards de dollars de MBS qu’elles avaient cédées à Fannie Mae et Freddie Mac. La FHFA considère en effet que les prêts présentaient des caractéristiques différentes et plus risquées que la description qui en était faite dans la documentation commerciale et contractuelle préparée par les institutions financières mises en cause. La liste des banques poursuivies par la FHFA, qui comprend dix banques américaines, sept européennes et une japonaise, illustre parfaitement le caractère international du combat judiciaire qui se livre aux États-Unis.
Les investisseurs, mais aussi les emprunteurs sont concernés
Les manquements au devoir de protection des intérêts des clients des banques américaines ont touché non seulement les acquéreurs d’obligations subprime mais également les emprunteurs eux-mêmes. Ainsi, en février 2012,
L’indemnisation des clients de Lehman Brothers
Dans le cas de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, de nombreux détenteurs d’obligations émises par la banque américaine ont également cherché à se faire indemniser au moins partiellement auprès des institutions qui leur avaient vendu les titres en invoquant des manquements à leurs obligations de protection des intérêts du client. La procédure de liquidation du groupe Lehman Brothers étant d’une complexité inédite, compte tenu du nombre et de la dissémination géographique des créanciers, de la variété des titres émis par la banque et ses filiales et des montants considérables en jeu, de nombreux investisseurs non américains ont privilégié des voies de recours locales en fonction de leur environnement.
Ainsi à Hong Kong, des milliers d’investisseurs qui avaient acheté des obligations émises par le groupe américain n’ont pas hésité à faire connaître leur mécontentement en manifestant bruyamment dans les rues et à submerger la Hong Kong Monetary Authority (HKMA) d’une avalanche de
Après la crise des subprime et la faillite de Lehman Brothers, c’est le scandale des fonds Madoff qui a affecté les investisseurs dans plusieurs pays, dont la France. Afin de recouper leurs pertes, les investisseurs ont cherché à mettre en cause la responsabilité des gestionnaires de fonds et des dépositaires. L’application des dispositions légales protégeant les investisseurs s’est ainsiavérée efficace pour un client français malheureux qui avait confié un mandat de gestion à orientation prudente à sa banque, laquelle avait placé les fonds en actions de la SICAV Luxalpha investie en actions de fonds Madoff. Le tribunal de commerce de Paris a retenu la responsabilité civile du gérant de portefeuille au motif que la stratégie de la SICAV Luxalpha relevait de la gestion alternative qui ne correspondait pas au profil de gestion prudente choisi par le
Les particularités du système judiciaire américain
La crise des subprime, la faillite de Lehman Brothers et le scandale Madoff ont mis une nouvelle fois en lumière les particularités du système judiciaire américain. Plus encore que les actions collectives (class actions) souvent évoquées, c’est le système des dommages-intérêts punitifs pouvant excéder le montant du préjudice qui, tout en alimentant une industrie du droit très dynamique au service des victimes, entraîne le versement à celles-ci de dommages et intérêts parfois
Les risques portés par les filiales
Le talon d’Achille des groupes financiers internationaux en matière de protection des intérêts des clients réside souvent dans leurs filiales, surtout lorsqu’elles sont d’acquisition récente ou encore éloignées géographiquement, culturellement ou opérationnellement de la maison mère. Pour avoir probablement insuffisamment examiné les risques potentiels que portait Countrywide en matière de protection des intérêts des clients lors la phase de due diligence précédant l’acquisition, Bank of America n’a pas mesuré pleinement les risques considérables auxquels elle s’exposait en reprenant ce spécialiste des crédits immobiliers aux États-Unis. Bank of America, qui est désormais la cible des investisseurs qui avaient acheté des MBS auprès de Countrywide, a provisionné
Les contrôles préventifs
Les régulateurs ne sanctionnent pas uniquement des manquements relevés a posteriori dans le cadre d’un différend entre l’institution financière et son client. Agissant de manière préventive, ils s’intéressent aux dispositifs mis en place par les banques, les compagnies d’assurances et les prestataires de services d’investissement, notamment en matière de veille juridique (pour s’assurer qu’ils sont en mesure d’intégrer immédiatement les changements réglementaires), de procédures internes (afin que les équipes de vente opèrent conformément à réglementation qui régit leur relation avec les clients) et de traitement des réclamations des clients (qui peuvent constituer un bon indicateur des dysfonctionnements de la banque). Les insuffisances relevées par les régulateurs lors de leurs contrôles peuvent conduire à des amendes parfois significatives, mais également fournir des arguments décisifs aux clients dans le cadre d’actions civiles qu’ils pourraient engager contre leur banquier ou leur assureur.
À titre d’exemple, la FSA a sanctionné Scottish Equitable Plc en décembre 2010 en raison de procédures administratives défaillantes (documentation insuffisante, erreurs de calcul des sommes dues aux assurés, dossiers clients non actualisés) portant préjudice à l’intérêt de ses clients. Par ailleurs, au terme d’une vérification des systèmes de traitement des réclamations des clients au sein des principales banques anglaises, la FSA a prononcé des sanctions contre National Westminster Bank et Royal Bank of Scotland, qui ne disposaient pas d’un système de traitement efficace, rapide et équitable des réclamations s’appuyant sur des modes opératoires pertinents et documentés, ni de collaborateurs suffisamment nombreux et formés. En France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a réagi à la découverte de la fraude de Bernard Madoff, en déclenchant un contrôle des « procédures mises en oeuvre par les sociétés de gestion de portefeuille pour identifier, tant lors de la sélection que du suivi des hedge funds dans lesquels elles ont investi, la nature des risques encourus et le niveau de ceux qui pouvaient être tolérés ». Les manquements relevés par les inspecteurs de l’autorité de contrôle ont finalement conduit la Commission des sanctions de l’AMF à infliger des amendes à l’encontre de deux