Mobile money

Orange Money intensifie sa présence en Afrique

Créé le

08.04.2015

-

Mis à jour le

05.05.2015

Implanté à ce jour dans plus de 15 ​pays en Afrique, Orange Money y poursuit son développement. Tout en renforçant sa stratégie de partenariats avec des groupes bancaires, l'opérateur de mobile money travaille également à l'interopérabilité.

Pouvez-vous présenter votre activité en Afrique ?

Orange Money est à ce jour présent dans une quinzaine du continent africain (voir carte) et compte plus de 13 millions de clients. Cette activité est au cœur de notre portfolio en Afrique et dans les pays émergents. À ce niveau de pénétration, cela démontre l'intérêt de cet outil pour des clients bancarisés et non bancarisés, pour lesquels notre service joue un rôle d'inclusion financière. Dans notre cas, la valeur totale des transactions a plus que triplé entre 2012 et 2013 et a plus que doublé entre 2013 et 2014. Les montants deviennent significatifs.

Dans quelle stratégie s’inscrit l’accord avec Ecobank ?

L'intérêt du développement du bank-to-wallet justifie l'accord annoncé récemment avec Ecobank et, un peu avant, avec Bank of Africa et BNP Paribas.

Le use case du transfert d'argent est très emblématique de l'industrie du mobile money et concerne désormais de nombreux pays du continent africain. Les clients sont par définition des gens qui ont davantage de ressources qui en transfèrent a des gens qui en disposent moins.

Ce qui est nouveau et montre la maturation de l'industrie, c'est qu'il y a deux ans, ces projets démarraient par une expérimentation, un pilote, dans un pays donné et une banque donnée. En 2015, nous sommes passés à un déploiement global, sur l'ensemble du périmètre commun de la banque et de l'opérateur. Nous sommes capables de déployer plus vite. Nous assurons également un déploiement multibanque.

Avec quelles autres banques prévoyez-vous de signer des accords similaires ?

Nous ne le ferons pas forcément avec toutes, mais nous rencontrons les grands acteurs du continent, nos partenaires, et nous étudions les conditions d'un déploiement réussi. J'ai d'ailleurs rencontré à Barcelone d'autres acteurs bancaires intéressés à répliquer ces déploiements, ou à les faire sous une forme différente.

Où en est le déploiement de votre offre en partenariat avec BNP Paribas ?

Celui-ci a été finalisé dans l'ensemble des implantations du groupe en Afrique à l'exception du Mali où les tests se poursuivent.

Nous avons ouvert ce service en Côte d’Ivoire et au Sénégal au cours du second semestre 2014. L'objectif est que les clients de la banque puissent transférer de l'argent depuis leur compte vers Orange Money, et inversement, de façon simple, pour répondre aux demandes des banques, et en conformité avec les engagements des opérateurs.

Qu'est ce qui explique l’accélération de ces déploiements ?

Cette accélération suit l'histoire du mobile money. En 2011, lorsque j'ai démarré mes activités, Safaricom et M-Pesa au Kenya étaient la référence indiscutable en Afrique. En 2013, la GSMA a publié un rapport sur la question : 10 services de mobile money dans le monde sur 150 étaient parvenus à la taille critique requise, à savoir 10 % de la clientèle télécom utilisatrice du service. Notre activité en Côte d’Ivoire en faisait partie. Deux ans plus tard, pour Orange, cette cible a été atteinte dans plusieurs pays. Nous constatons également que, dans les 12 ou 18 mois qui viennent, ces projets viendront grossir la liste de la GSMA. Les succès se multipliant, l'effet d'entraînement est évident pour les partenaires que sont les banques, les prestataires de services (compagnie d’électricité, d’eau, etc..), et même des États.

Quels sont les effets de cette croissance sur le taux de bancarisation ?

Le taux de bancarisation est de 24 % à l'échelle du continent mais avec de grandes disparités. Les effets du développement du mobile money sur cet indicateur sont très sensibles : le taux de bancarisation au Kenya est de 40 %. Dans une grande partie des pays dans lesquels nous opérons, le taux moyen se situe entre 10 et 15 %. Nous avons dépassé 20 % de pénétration en Côte d’Ivoire.

Est-ce que les opérateurs bancaires songent à développer des synergies pour permettre des échanges interbanques ?

À l'heure actuelle, nos accords portent sur des transferts « de soi-même à soi-même ». Je ne peux pas parler pour la communauté bancaire. Cependant, dans certains pays, les opérateurs mobiles travaillent à cette interopérabilité, qui permet des transferts de compte à compte. Millicom l'a annoncé pour la Tanzanie (voir Encadré) ; nous développons un projet similaire à Madagascar [1] .

La croissance du e-commerce est-elle un facteur de développement de l’activité de mobile money ?

Il y a deux ans encore, le mobile money était utilisé uniquement pour des transactions P2P. Désormais, nous avons intégré une solution de e-commerce. C’est également pour cela que nous accompagnons Cdiscount dans son déploiement en Afrique, pour faire du paiement à distance. Nous faisons maintenant du CtoB.

Vous lancez un smartphone ce printemps, en partenariat avec Firefox. Quels sont les enjeux associés à l’augmentation du taux de pénétration des smartphones en Afrique ?

L’augmentation de l’adoption des smartphones dans cette région va permettre de nouveaux usages pour Orange Money. Orange a par exemple lancé en 2014 l’application Orange Money pour Android, qui améliore l’expérience utilisateur. Aujourd’hui disponible au Mali, à Madagascar, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, l’application le sera bientôt dans tous les pays d’Afrique où Orange est présent. L’ergonomie est plus simple que l’interface USSD : plus besoin, par exemple, de saisir le numéro du destinataire du transfert, qui est accessible directement depuis ses contacts pour effectuer ses opérations. L’application permettra également une gamme de nouveaux services, comme par exemple une interface spécifique pour les malvoyants ou les personnes qui ne savent pas lire. De manière générale, quel que soit leur type, les smartphones sont un formidable accélérateur de développement pour l’e-commerce, dont Orange Money constitue une brique clé.

Concernant les technologies, les ambitions de Google, le standard HCE, etc., voyez-vous ces évolutions comme des menaces ?

Il ne faut jamais écarter une solution au prétexte qu'elle ne serait pas une menace. Cependant, quand on voit le paysage global des paiements qui est une industrie de masse avec des solutions globales, il est des solutions qui peinent à s'imposer en volume et beaucoup d'autres qui n'atteignent pas la taille critique.

Les solutions de mobile money ont conquis à ce jour 100 millions d’utilisateurs. La plupart d’entre eux se trouvent en Afrique. Cela s’explique par le fait que ce continent fait preuve d'une forte appétence pour les nouvelles technologies.

Cependant, cette croissance s’est faite sur dix ans. C'est à peu près le temps nécessaire pour que les choses se fassent à grande ampleur dans les paiements, comme le démontre l’exemple de la carte bancaire. Les États-Unis n’échappent pas à cette règle.

1 En mars 2015 Orange Money a également conclu un accord d’interopérabilité transfrontière avec Airtel, entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, ndlr.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº335
Notes :
1 En mars 2015 Orange Money a également conclu un accord d’interopérabilité transfrontière avec Airtel, entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, ndlr.