En germe depuis une dizaine d'années, Solvabilité 2 a-t-elle eu des conséquences sur votre allocation d'actifs avant même son application ?
Pendant les années 2008-2012, les assureurs sont restés dans l'incertitude en attendant l'issue des négociations autour de cette directive, mais ils ont vu les grands principes de Solvabilité 2 se profiler. Dans ce contexte, ils ont diminué leur exposition à un certain nombre d'actifs, en particulier les actions et l'immobilier. En ce qui nous concerne, notre exposition à ces actifs a été réduite d'un tiers, en termes relatifs c’est-à-dire abstraction faite de la croissance de l'ensemble de notre actif.
Que va changer pour votre allocation l'accord trouvé en décembre dernier sur Omnibus 2 ?
La levée des incertitudes sur Solvabilité 2 va nous donner davantage de liberté pour investir en actions, en obligations non souveraines, dans les infrastructures et dans les fonds propres des entreprises de toutes tailles. Nous sommes en train d'y réfléchir.
Pourquoi l'accord Omnibus 2 vous permet-il d'investir plus facilement sur les actifs de long terme ?
Cet accord ne modifie pas les charges en capital fixées par Solvabilité 2. En revanche, il apporte des aménagements qui favorisent les investissements dans le crédit (obligations et prêts).
Les contraintes liées à nos placements en actions n'ont pas été quant à elles assouplies. Cela est sans doute justifié pour garantir notre solvabilité.
Les pouvoirs publics comptent sur les assureurs pour financer l'économie. En avez-vous la possibilité?
Nous avons des contraintes, notamment Solvabilité 2 qui nous impose de détenir une certaine quantité de fonds propres en face d'actifs jugés risqués et cette problématique actif- passif est très prégnante en assurance vie. Nous subissons également des contraintes nationales. Par exemple, le Code des assurances nous empêchait de prêter aux entreprises. Nous avons milité pour que cela devienne possible et le décret d'août dernier a levé ce frein. Nous pouvons désormais accorder des prêts aux entreprises, soit directement soit via un fonds. Ainsi, nous avons pu créer avec BPI France, un fonds de prêts aux entreprises.
Bien sûr, comparés à des obligations émises par un grand corporate, ces actifs jugés risqués par Solvabilité 2 vont générer pour nous davantage de besoins en fonds propres, mais la rémunération moyenne que nous attendons de ces prêts compensera en principe le coût en fonds propres. Notre actif sera ainsi le plus rémunérateur possible dans le cadre fixé par le régulateur.
Pouvez-vous décrire ce fonds de prêts aux entreprises ?
La Mondiale a toujours favorisé le financement des entreprises petites et moyennes, en fonds propres et en crédit. Cette tendance s'est accentuée avec le rapprochement avec AG2R, qui propose des produits de prévoyance aux entreprises. Ce contexte nous a naturellement amenés à créer le fonds « Prêts d'avenir », d'un montant de 200 millions d'euros, avec BPI France qui sélectionne les entreprises. Chaque prêt s'élève à environ 2 millions d'euros, pour des programmes d'investissement de 5 à 7 ans. Les entreprises visées sont de taille moyenne. Nous finançons à hauteur de 80 % chaque crédit donc au total 160 millions sur les 200 que compte le fonds. Et BPI finance les 20 % restants.
Nous ambitionnons de financer 100 à 112 entreprises grâce à ce fonds qui sera peut-être dupliqué. Les premiers crédits ont été accordés et nous pensons clore le fonds cet été.
Cet outil présente l'avantage, du point de vue des entreprises, de proposer des crédits bancaires, qui constitue le mode de financement ordinaire des entreprises de taille moyenne (non cotées et non notées). Ces prêts seront peut-être dotés de covenants ou de clauses particulières, mais ils correspondront à l'univers habituel des entreprises. Le financement obligataire n'intéresse que les grosses ETI ou les grandes entreprises, car elles sont équipées pour faire face aux exigences de l'AMF. Cet univers est étranger aux entreprises moyennes.
Allez vous remplacer les banques ?
Les assureurs ne feront jamais le métier de banquier, dans la mesure où ils n'ont pas l'expertise nécessaire à l'origination des prêts, qui implique une analyse crédit. Grâce à leurs réseaux, les banques connaissent bien les entreprises, y compris les plus petites. Ce métier ne sera jamais effectué par les assureurs. Il n'est toutefois pas impossible que d'autres acteurs (comme des sociétés de gestion) cherchent à remplacer les banques sur le terrain de l'origination ; nous avons d'ailleurs eu recours à un acteur non bancaire pour nous conseiller.
Les assureurs interviennent en complément des banques. En effet, les principes bâlois qu'elles doivent respecter les freinent dans leur activité de crédit ordinaire. Pour l'instant, la demande de crédit est faible ; mais quand elle va repartir, certains besoins de financements pourraient ne pas être satisfaits par les banques. Les assureurs, tout en respectant leurs propres contraintes, peuvent apporter un financement complémentaire.
Je précise également que l'acquisition d'obligations souveraines par les assureurs est elle aussi utile à l'économie. Ces actifs sont très bien traités par Solvabilité 2 puisqu'ils ne génèrent aucune charge en capital.
La révision de la directive qui réglemente les fonds de pension (IORP) ne va pas toucher aux règles de solvabilité de ces investisseurs ; quelle réflexion vous inspire cette victoire du lobbying des fonds de pension ?
Si dans de nombreux pays européens, l'activité de retraite supplémentaire est menée au sein de fonds de pension, en France (comme au Danemark), ces contrats sont vendus par des compagnies d'assurance. Alors que IORP 2 devait adopter les principes de Solvabilité 2, il n'en sera rien finalement et les fonds de pension continueront d'appliquer des règles très proches de Solvabilité 1. La différence en termes de capital à immobiliser pour cette activité va du simple au triple, ce qui entraîne une distorsion de concurrence entre les assureurs et les fonds de pension. Nous songeons donc à cantonner notre activité de retraite au sein d'un fonds qui demeurerait soumis aux règles de Solvabilité 1. Nous prenons toutefois le temps de la réflexion, car cela implique de scinder notre actif général entre l'activité retraite d'une part, et nos autres métiers d'autre part, ce qui nous fait perdre l'avantage de la mutualisation.
Allez-vous investir davantage en actions ?
Une règle transitoire sur les actions permet de réduire la charge en capital de 39 à 22 % la première année d'application de Solvabilité 2. Puis la charge augmente progressivement pendant 7 ans, jusqu'à 39 %. Pour appliquer cette règle, il faudra cependant pouvoir démontrer que ce sont des titres qui ont été achetés avant l'entrée en vigueur de la directive. Cette complexité opérationnelle exclurait les titres achetés via un fonds. Nous sommes en train d'évaluer son intérêt.