La lutte contre le terrorisme moderne ou
Or les adeptes de l’islam radical ne deviennent pas tous des terroristes qui participent à des attaques sanglantes, comme celle survenue au Bataclan. Ce segment ne représente qu’une minorité parmi les radicalisés ou le sommet visible de l’iceberg. Un segment moins connu, mais plus significatif, est représenté par les adeptes qui ont bâti à travers l’Europe, un réseau de support économique et financier pour ceux qui préparent les attaques criminelles. Cette catégorie d’islamistes est impliquée dans la criminalité économique et possède diverses affaires à caractère douteux. Parmi les affaires frauduleuses les plus fréquentes sont la fraude à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), le trafic d’armes, de stupéfiants ou de personnes. Sans pour autant que cela les rende moins dangereux pour la société civile.
Des « terroristes économiques »
Parmi les crimes financiers, la fraude à la TVA semble être l’outil favori de ces « terroristes économiques ». Cette fraude est basée sur un réseau des sociétés de type « coquille vide » qui profite de la laxité du système intracommunautaire de TVA (voir Encadré 1). La fraude à la TVA a la particularité d’être facile à implémenter, de nécessiter relativement peu de fonds d’amorçage et d’être transférable d’un marché à l’autre. Les produits cibles sont les gadgets électroniques, les produits agroalimentaires, mais aussi des produits ou services immatériels comme les émissions CO2, le cloud ou la Voix sur IP (VoIP). Selon les estimations de la Commission européenne, la fraude à la TVA représente environ 200 milliards d’euros de pertes pour l’ensemble des États de l’Union européenne. Néanmoins, ce crime reste toujours difficilement détectable et les investigations sont généralement longues et sinueuses. Par ailleurs, la récupération par les États des fonds détournés par les fraudeurs n’est qu’illusoire, l’argent étant perdu aussi vite dans les méandres des paradis fiscaux et du shadow banking.
Les islamistes engagées dans l’économique de la terreur sont généralement des gérants de PME, des auto-entrepreneurs ou commerçants. Leurs chiffres d’affaires ne comptent pas plus de quelques millions d’euros. Cela les rend moins visibles pour les systèmes bancaires qui sont centrés sur la détection des gros flux financiers. Plusieurs cas ont été signalés sur les deux dernières années avec des ramifications sur plusieurs continents. La découverte des factures d’une société italienne de courtage sur le marché des émissions CO2, dans un fief des talibans à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan reste sans doute le cas le plus célèbre (voir Encadré 2).
Beaucoup de leçons peuvent être tirées des affaires judiciaires qui lient la fraude à la TVA avec le financement du terrorisme.
Premier enseignement : ces réseaux de fraude existaient depuis plusieurs années et ont probablement largement contribué au support des actions terroristes passées. Jusqu’ici, les autorités considéraient la fraude à la TVA inhérente au fonctionnement économique de l’espace européen.
Un notable bémol est toutefois mis en exergue lorsqu'on analyse les moyens mis en place pour combattre le financement du terrorisme, exclusivement centrés sur le système bancaire traditionnel. Jusqu’ici la surveillance du financement du terrorisme, souvent amalgamé avec le blanchiment d’argent visait les virements internationaux. Or l’économie de la terreur est basée sur des petits montants qui ne passent pas uniquement par le système bancaire traditionnel. Le « liquide », les moyens de payement alternatifs ou les monnaies virtuelles font partie de l’arsenal de ces investisseurs de la terreur.
Un FBI européen ?
Cette véritable économie de la terreur dévoile un univers sous-jacent aux réseaux jihadistes, moins violent, mais aussi puissant et avec des ramifications dans tous les niveaux de la société. Nous assistons ainsi au développement d'une véritable infrastructure criminelle transnationale et paneuropéenne, visant à tirer profit du système économique intracommunautaire basé sur la confiance et la responsabilité individuelle.
La Commission européenne a créé en début d’année une unité spéciale dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme. Certes, l’approche européenne qui réunit les efforts de tous les pays est assurément juste, mais les moyens et les pouvoirs dont cette unité disposera ainsi que la liberté d’agir sur l’espace européen seront les points clés de sa viabilité. À quand donc un FBI européen ?