Royaume-Uni

Londres ne lâche rien !

Créé le

11.05.2015

-

Mis à jour le

27.05.2015

Depuis la crise, le régulateur britannique a pris des mesures très contraignantes pour encadrer le secteur bancaire. Par ailleurs, la Grande-Bretagne doit désormais composer avec l'incertitude créée par un potentiel « Brexit ». Mais la Place reste toujours autant tournée vers la finance.

Quel est le poids de Londres dans la finance européenne ?

Dans une récente publication de Nicolas Véron pour l'institut Bruegel [1] , celui-ci montre bien le poids de Londres à l’intérieur de l’Union européenne. Suivant les métiers, la Place anglaise représente entre 30 et 80 % de l'activité globale. Mais une étude publiée par la BRI en  2012 [2] montre que la finance ne contribue plus à la croissance lorsqu'elle atteint un niveau trop important dans l'activité du pays (voir Encadré 1). C'est une position un peu provocatrice, car l’étude ne cible que quelques pays, mais qui pose la question de l'intérêt de la finance pour elle-même ou comme aide à l’économie.

Les réglementations nouvelles prises à Londres amoindrissent-elles l’attractivité de la Place ?

De fait, jusqu’en 2008, le régulateur anglais a appliqué une stratégie de réglementation « light touch », n’utilisant même pas l’attirail réglementaire national dont il disposait pourtant. Le détonateur a été le problème rencontré en 2008 avec Icesave et les banques islandaises, une situation que les Anglais auraient pu éviter s’ils avaient appliqué leur propre réglementation. Le régulateur aurait pu de même empêcher RBS d’acquérir ABN Amro (voir Encadré 2). En réaction, le régulateur a voulu faire passer un message clair aux contribuables qui ont payé pour sauver le secteur bancaire : plus jamais cela.

Depuis, la Prudential Régulation Authority (PRA) et la Financial Conduct Authority (FCA) sont en pointe pour réguler leurs banques, qu’il s’agisse de concurrence, de solvabilité, ou de liquidité : en 2008, le régulateur anglais a été le premier à se positionner en faveur d'un ratio de liquidité. De même, les conclusions de la Commission Vickers et le ring fencing, avec ce qu'il suppose de coûts supplémentaires en matière de gouvernance et de reporting, ont fait l’objet d’une espèce d’union nationale et n'ont pas été vraiment contestés.

Mais dans le même temps, les Pouvoirs publics se sont aussi montrés assez favorables à l’apparition de nouvelles formes de banques, digitale ou de paiement. Les Pouvoirs publics ont voulu à la fois encadrer très strictement les banques traditionnelles, via les ratios de levier et de liquidité, et développer le plus possible des alternatives : le lancement d'un établissement comme Metro Bank en 2010, avec l'ouverture de 32 agences en 5 ans, n'aurait pu avoir lieu ailleurs qu'en Angleterre où le modèle traditionnel de banque a été réduit à sa plus simple expression.

L’ambition de la Place anglaise, en réglementant fortement ses banques, est aussi de pouvoir affirmer que son secteur bancaire est désormais particulièrement sûr et qu’elle sera donc choisie pour cela. Le régulateur a pris des décisions drastiques, mais fondées sur des standards simples. Notamment, le régulateur est parti de l'idée qu'il n'est pas possible de réglementer un système bancaire uniquement sur la base de son capital. Il s’est appuyé sur des travaux de recherche montrant que le core equity tier one n’est pas un très bon indicateur précurseur des faillites, en tout cas pas meilleur que les autres. Du coup, les Anglais se sont montrés assez ouverts à certaines idées simples d’application, venant des États Unis, par exemple sur le ratio de levier, et bien reçus par les pays émergents qui sont désormais plus influents au sein du G20. Et ces standards font école : les banques européennes continentales n'échapperont sans doute pas à des stress-tests avec des ratios de levier, comme le fait déjà l’Angleterre.

Parallèlement, les Pouvoirs publics se sont montrés beaucoup moins actifs en ce qui concerne la réglementation des marchés financiers, comme AIFM et les fonds non-Ucits. Ils ont souhaité que les règles de sanction restent nationales, que les firmes américaines puissent utiliser leurs implantations en Angleterre pour se développer sur le continent avec le passeport européen.

Il existe donc toujours en Grande-Bretagne une forte volonté de continuer à développer la finance. Et Londres ne lâche rien en termes d’attractivité…

L'hypothèse d'un Brexit [3] peut-elle entamer malgré tout l’attractivité de la Place ?

L'incertitude que crée pour les prochaines années cette hypothèse suite au référendum annoncé sur cette question par David Cameron (Premier ministre britannique) d’ici à 2017, peut en effet réduire l’efficacité de loger certaines activités à Londres, même si les Anglais ont déjà obtenu gain de cause dans la controverse qui les a opposés à la BCE pour savoir si les compensations en euros devaient se faire dans la zone euro [4] . Certains acteurs anglais dans la gestion d'actifs, filiales de firmes américaines, se posent aujourd'hui la question de savoir s’il ne vaut pas mieux aller en Irlande, en Suisse ou au Luxembourg.

Comment interpréter les déclarations récentes du PDG d’HSBC menaçant – à nouveau – de délocaliser le siège de la banque à Hong Kong ?

Le P-DG d’HSBC lors de la présentation des résultats trimestriels, a expliqué que la taxe sur les banques a représenté pour son établissement un montant de 1,1 milliard de dollars en 2014, qui passerait à 1,2 cette année et probablement à 1,5 en 2016. La différence de 400 millions entre 2014 et 2016 représente une année de croissance des dividendes telle que prévue dans le plan stratégique, sans compter les coûts supplémentaires de compliance et de contrôle.

En fait, l'Asie représente les deux tiers des revenus d'HSBC et 50 % de son bilan.

Le siège du groupe est à Londres, mais celui-ci reste fondamentalement bicéphale, y compris dans sa gestion quotidienne. HSBC juge donc injuste d’être taxé sur la totalité de ses activités alors qu’elle ne se voit pas comme une banque entièrement anglaise ; elle souhaiterait que la loi soit modifiée, pour ne taxer que l’activité anglaise. Si l'établissement déménage à Hong Kong, l'estimation courante est qu’il réduira sa taxe bancaire d’à peu près la moitié, car elle ne portera effectivement plus que sur les activités réalisées en Angleterre. Mais du coup, une grande partie du portefeuille de grands clients de la banque de financement aujourd’hui tenu à Londres pourrait être également délocalisée pour réduire encore la base de calcul de la taxe bancaire.

Quant au « Brexit », c'est probablement plus l’incertitude créée jusqu’en 2017 que le résultat qui gêne la banque.

Comment est vu Paris dans cette compétition entre places financières ?

Paris a un gros handicap qui est son instabilité fiscale. Alors que par ailleurs, la marche des affaires affiche de réelles performances : Xavier Parrain [5] affirmait, lors de la dernière conférence de l’ AFTI [6] , que le délai entre l’homologation d'un fonds AIFM et sa mise sur le marché peut se limiter à 8 jours. Les acteurs ont loué la célérité de l’AMF et ses positions plus proportionnées dans la conduite des contrôles et la régulation. Ils estiment que Paris devrait retrouver un certain avantage parce que le régulateur, l’industrie et l’écosystème fonctionnent bien, mais à condition que les Pouvoirs publics maintiennent une stabilité fiscale…



1 Guntram B Wolff et Nicolas Véron, Capital Market Union, A vision for the long term, Bruegel, avril 2015. 2 Stephen G Cecchetti, Amartya Sen, Jaime Caruana, Ravi Menon and José Darío Uribe, « The future of financial globalisation », BIS paper n° 69, déc. 2012. 3 Contraction pour « British exit » désignant la sortie de l'UE du Royaume-Uni. 4 La Cour de justice européenne a déclaré le 4 mars 2015 qu’elle « annule le cadre de surveillance de l'Eurosystème qui contraint les chambres de compensation à être localisée dans l'Eurozone. La BCE n'a pas la compétence nécessaire pour imposer une telle exigence aux CCP impliquée dans la compensation des titres. » Cf. Revue Banque n° 783, avril 2015, p. 15. 5 Secrétaire général adjoint de l’AMF chargé de la gestion d’actifs. 6 Les Amphis de l'AFTI : « L'industrie de la gestion d'actifs à l'heure de l'Union des marchés de capitaux », 6 mai 2015.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº785bis
Notes :
1 Guntram B Wolff et Nicolas Véron, Capital Market Union, A vision for the long term, Bruegel, avril 2015.
2 Stephen G Cecchetti, Amartya Sen, Jaime Caruana, Ravi Menon and José Darío Uribe, « The future of financial globalisation », BIS paper n° 69, déc. 2012.
3 Contraction pour « British exit » désignant la sortie de l'UE du Royaume-Uni.
4 La Cour de justice européenne a déclaré le 4 mars 2015 qu’elle « annule le cadre de surveillance de l'Eurosystème qui contraint les chambres de compensation à être localisée dans l'Eurozone. La BCE n'a pas la compétence nécessaire pour imposer une telle exigence aux CCP impliquée dans la compensation des titres. » Cf. Revue Banque n° 783, avril 2015, p. 15.
5 Secrétaire général adjoint de l’AMF chargé de la gestion d’actifs.
6 Les Amphis de l'AFTI : « L'industrie de la gestion d'actifs à l'heure de l'Union des marchés de capitaux », 6 mai 2015.