En quoi les fondamentaux des marchés de matières premières agricoles ont-ils beaucoup évolué depuis 10 ans ?
Nous assistons d’un côté à une explosion de la demande provoquée par la croissance de la population ainsi que par le réveil des pays asiatiques adoptant une alimentation occidentale. De l’autre côté, nous constatons une offre toujours plus limitée de terres agricoles et de capacités de production : l’urbanisation, la désertification et le manque d’infrastructures font qu’il est très difficile de produire plus de nourriture et de répondre à cette demande. Ces facteurs semblent être structurels depuis une décennie et les prix devraient poursuivre leur hausse dans les années à venir.
Les matières premières agricoles intéressent de plus en plus les investisseurs institutionnels. Quels avantages présentent-elles ?
Il s’agit d’un investissement décorrélé et surtout d’une manière de se protéger contre un possible scénario inflationniste. Les matières premières agricoles diversifient un portefeuille institutionnel classique et lui permettent d’obtenir des rendements plus intéressants.
En particulier, en quoi permettent-elles de se couvrir aujourd’hui contre l’inflation alors qu’elles sont de plus en plus corrélées au reste des marchés ?
Elles ne sont pas vraiment corrélées aux classes d’actifs traditionnels, d’où leur avantage de diversification. Historiquement, elles ont toujours surperformé pendant les périodes inflationnistes.
Votre société investit directement dans les terres agricoles. Quels sont les avantages pour un investisseur institutionnel ?
UAG acquiert et exploite des terres agricoles. Cette stratégie nous permet de combiner la détention d’un actif réel ayant un potentiel d’appréciation à long terme avec un rendement annuel provenant de l’exploitation des propriétés. L’avantage est d’obtenir une protection de la valeur investie grâce à la composante terre, d’avoir un cash flow récurrent grâce à l’exploitation et de garder une exposition directionnelle aux niveaux de prix des commodities : plus les prix montent, plus notre activité prend de la valeur. Pour un investisseur institutionnel, cette combinaison est particulièrement attrayante, surtout avec un horizon de temps plus long que la moyenne des investisseurs.
L’un des inconvénients de ce type d’actif est son manque de liquidité. Comment gérez-vous ce risque ?
Nous ne finançons nos achats que par des fonds propres, nous n’utilisons aucun levier, ni financier ni opérationnel, avec une vision à long terme qui va au-delà de la volatilité à court terme des commodities. Nous essayons ensuite d’assurer une liquidité secondaire sur les actions de la société, avec une potentielle sortie en Bourse. Ainsi, opérationnellement, nous pouvons prendre des décisions de positionnement stratégique sur les actifs agricoles, tout en assurant une liquidité appropriée à nos actionnaires.
Dans quel type de terres investissez-vous ? Auprès de qui en faites-vous l’acquisition ?
Nous investissons dans des terres à fort potentiel productif ayant la logistique nécessaire nous permettant d’exporter notre production facilement et dans le monde entier. Nous sommes présents surtout en Uruguay, où nous sommes le plus gros propriétaire de terres agricoles du pays. Il s'agit d’un pays stable et qui présente l’un des plus bas coûts de production au monde pour des céréales comme le soja, le blé ou le riz. Ces terres sont généralement acquises à des familles locales dont la nouvelle génération n’est pas intéressée par une reprise de l’exploitation.
Pouvez-vous décrire vos liens avec OFI Asset Management ?
OFI est l'un de nos partenaires français de référence et nous a soutenus depuis le début de notre aventure. Nous réfléchissons ensemble à plusieurs nouveaux véhicules, afin de proposer aux investisseurs institutionnels une exposition aux actifs réels en général et à l’agriculture en particulier.
L’intérêt des investisseurs financiers ne risque-t-il pas de pousser les prix de l’hectare à la hausse ?
Le prix de l’hectare agricole augmente de manière constante depuis de longues années, et il devrait selon nous continuer à monter. Que ce soient des investisseurs financiers, industriels ou stratégiques qui achètent, si la rentabilité de cet actif continue de croître grâce aux avancements technologiques et à des prix de plus en plus élevés, les prix de la terre agricole devraient accompagner ce mouvement.
Alors que les autorités pointent du doigt le rôle des intervenants financiers, accusés de « spéculer » sur les marchés de matières premières agricoles, n’est-il pas risqué de s’intéresser à une classe d’actif comme les terres agricoles ?
Au contraire, nous pensons que dans un monde de plus en plus fragile, avec des risques de contrepartie ou macroéconomiques importants, les terres agricoles sont un investissement refuge, une classe d’actif défensive qui permettra de protéger le capital dans les années à venir.