Usages de paiement

Les sociétés d’autoroutes innovent dans les paiements aux péages

Créé le

22.10.2019

La société d’autoroute APRR doit gérer les paiements aux péages tout en préservant la fluidité du trafic autoroutier. Outre les paiements en espèces et par carte bancaire, elle gère depuis 2001 le télépéage, déploie aujourd’hui le paiement par carte sans contact et lance des expérimentations de péage en free flow.

 

Quels sont les enjeux en matière de péage pour une société d’autoroute comme APRR ?

Le groupe APRR exploite deux réseaux en France, le réseau APRR dans le Centre-Est et le réseau AREA en Rhône-Alpes, soit au total 177 péages. Différents moyens de paiement sont acceptés, les espèces dont l’utilisation est en chute libre au profit des cartes bancaires, les cartes accréditives, et bien entendu le télépéage. Les cartes bancaires et les cartes accréditives représentent 35 % des paiements pour les VL (véhicule léger), le télépéage en représentant 55 %. Le télépéage reste en forte progression en France : le taux d’équipement VL croît de 3 à 4 % chaque année, le taux d’utilisation pour les PL atteint 95 %. Le paiement par carte bancaire est en revanche assez stable car nous constatons un mouvement de substitution entre les clients qui payaient en espèces et qui passent à la carte bancaire, ainsi que de ceux qui passent de la carte bancaire au télépéage. Rappelons que les autoroutes bénéficient d’une dérogation qui leur permet de faire des paiements par carte au péage sans nécessiter la saisie du code PIN.

Quels sont les nouveaux moyens de paiement qu’APRR implante sur son réseau ?

Dans les 12 prochains mois, nous allons généraliser le paiement par carte sans contact. Nous utilisons la norme NFC, protocole utilisé par la carte bancaire, mais aussi les smartphones et les montres connectées qui pourront donc être utilisés pour payer, pour autant qu’ils intègrent des fonctionnalités de paiement.

Ne vaudrait-il pas mieux pousser les clients vers le télépéage plutôt que le paiement par carte sans contact ?

Le télépéage apporte une offre de services bien plus large : l’accès à des voies de péage réservées avec un passage sans arrêt pour un réel gain de temps, le report de la facturation en fin de mois, la possibilité d’obtenir des réductions sur les frais de péage pour les utilisateurs réguliers, ainsi que l’accès aux services de parking. Mais il faut aussi répondre aux attentes des clients qui ne souhaitent pas souscrire à un abonnement pour régler leur péage.

Vous menez également des expériences de péage en free flow

En effet, à moyen terme, nous travaillons sur une expérimentation de free flow sur la gare de péage de Dijon Sud. Nous avons installé en amont de cette gare un portique de free flow équipé d'instruments – lecteur de badge, caméra – pour identifier les véhicules. Cette expérimentation, qui va durer 6 mois, va nous permettre de mesurer la performance de ces équipements. Par la suite, nous sommes candidat pressenti pour déployer ce système sur la future autoroute A79. Il s’agit actuellement d’une route nationale, la RCEA [1] , qui va passer aux normes autoroutières. Certaines sections seront à péage et opérées grâce à un système de free flow.

Comment fonctionne le free flow ?

Des portiques sont implantés sur chacun des tronçons concernés par le péage. Les automobilistes équipés d'un télépéage seront automatiquement détectés grâce à leur badge qui communiquera avec une balise installée sur le portique et ils seront prélevés des montants mensuellement, comme dans le cas d’un péage classique. Pour les automobilistes ne disposant pas d’un télépéage, un site Internet et une application mobile sont à leur disposition pour régulariser le paiement du passage, via l’identification de la plaque d’immatriculation. Il n’est pas nécessaire de déclarer son identité et les données personnelles sont effacées dès que le paiement est effectué. Le télépéage apporte réellement un avantage en termes de confort et de sécurité de paiement dans un dispositif free flow.

Ce système ne risque-t-il pas de provoquer plus d’impayés ou de fraudes ?

C’est un point à surveiller. En free flow, le concessionnaire autoroutier devra, dans un premier temps, distinguer le client qui ne connaît pas le système, que nous ne considérons pas comme un fraudeur, du fraudeur volontaire qui cherche délibérément à éviter le paiement. Dans le premier cas, le client recevra simplement un courrier l'invitant à régulariser son passage. Pour les récidivistes ou pour ceux qui souhaitent se soustraire au règlement, nous disposons d’un processus réglementaire de recouvrement progressif, qui va de la demande de régularisation assortie d’une indemnité transactionnelle à la remise du dossier à l'Officier ministériel public, c’est-à-dire une procédure au tribunal.

Le système de free flow existe déjà dans d’autres pays en Europe. Pourquoi la France ne l’a-t-elle pas adopté plus vite ?

En effet, le système free flow existe déjà en Italie, au Portugal, en Autriche, en Norvège, en Suède ainsi qu’en Amérique du Nord (Canada et États-Unis). Il arrive seulement en France pour plusieurs raisons. La première est que nous avons un système spécifique de classification des véhicules. Il fallait donc le temps nécessaire pour adapter la technologie à cette situation particulière. Cela demande le recours à des systèmes d’intelligence artificielle appliqués à la photo et la vidéo, pour permettre au système de reconnaître de façon fiable nos 5 catégories de véhicule. Cela suppose une période d'apprentissage progressif.

La deuxième raison est d’ordre juridique. La perception du péage en flux libre a été intégrée dans la loi d'orientation des mobilités, dite loi « LOM », qui donne un cadre à son application et durcit à cette occasion la répression en cas de fraude. Cette loi devrait être promulguée dans les prochaines semaines. En outre, une directive européenne votée en mars dernier [2] nous permettra d'interroger les serveurs d'immatriculation des véhicules à l'étranger pour obtenir l'identité des contrevenants étrangers. Celle-ci doit être transposée dans la législation nationale dans un délai maximal de trois ans, c’est-à-dire d’ici à 2022.

Cette stratégie de free flow peut-elle à terme s’implanter sur tous vos réseaux ?

Nous nous focalisons sur les expérimentations menées et sur le projet d’autoroute A79. Nous n’envisageons pas à ce jour d’implanter ce système autrement que sur des sites bien spécifiques, notamment ceux qui présentent des risques forts de ralentissement ou de congestion. Le free flow pourrait être alors une solution pour accroître la fluidité du trafic.

 

1 Route Centre-Europe-Atlantique, portion de la route nationale 79, entre Montmarault et Digoin, d’une longueur de 92 kilomètres, ndlr.
2 Directive (UE) 2019/520 du Parlement européen et du conseil du 19 mars 2019 concernant l'interopérabilité des systèmes de télépéage routier et facilitant l'échange transfrontière d'informations relatives au défaut de paiement des redevances routières dans l'Union.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº837
Notes :
1 Route Centre-Europe-Atlantique, portion de la route nationale 79, entre Montmarault et Digoin, d’une longueur de 92 kilomètres, ndlr.
2 Directive (UE) 2019/520 du Parlement européen et du conseil du 19 mars 2019 concernant l'interopérabilité des systèmes de télépéage routier et facilitant l'échange transfrontière d'informations relatives au défaut de paiement des redevances routières dans l'Union.