Financement mutualisé : « notre objectif est de remonter une opération pour début 2014 »

Créé le

17.10.2012

-

Mis à jour le

27.11.2012

Le GIAC vient de lancer une levée de fonds à hauteur de 80 millions d’euros, destinée à financer un emprunt groupé de PME. Le groupement, qui se peut se prévaloir de son ancienneté dans cette activité par rapport à d’autres acteurs, fonde ses opérations sur une solidarité entre entreprises emprunteuses, un soutien de l’État via Oséo et la Caisse des Dépôts et un usage vertueux de la titrisation.

Le GIAC n’est pas un nouveau venu dans les émissions groupées : d’où vient-il ?

Le GIAC, créé en 1961, est à l’origine un groupement sectoriel des industries agricoles alimentaires et de grande consommation (voir Encadré 1). Dans ce cadre, il a lancé 17 émissions obligataires classiques entre 1961 et 1992.

Mais, au début des années 1990, il est confronté comme les autres groupements de ce type à l’assèchement du marché obligataire au profit de l’État qui émet massivement. Si beaucoup de groupements disparaissent à ce moment, le GIAC estime avoir encore un service à apporter aux sociétés de moyenne importance qui souffrent déjà d’un mal endémique, le manque de fonds propres. Or les financements du GIAC sur des durées de 8 à 10 ans avec des différés de remboursement en capital de 4 à 5 ans peuvent être considérés comme des quasi-capitaux permanents. Le GIAC élargit alors son champ d’action pour se porter sur tous les secteurs de l’économie ou presque.

Comment cette reconversion a-t-elle été perçue par les agences de notation ?

Nous avons fait valoir auprès des agences notre expertise en matière de sélection de PME, de recouvrement et de gestion de créances, en nous appuyant sur des statistiques de défaut historiquement basses. Avec succès puisque ces agences ont considéré que lorsqu’une société était retenue par le GIAC, elle gagnait quelques échelons sur l’échelle de notation et pouvait obtenir une note supérieure au malheureux « C », qui était à cette époque attribué de façon quasi systématique aux PME. Cela nous permettait de constituer des portefeuilles homogènes.

Mais il fallait aussi trouver un moyen de financement. Nous avons pensé à la titrisation, une technique importée des États-Unis qui commençait à essaimer en France. Alors que celle-ci est encore souvent utilisée pour déconsolider le risque ou faire des économies de fonds propres, le GIAC choisit de l’utiliser comme un système dynamique de financement : il propose de céder des créances qui viennent de naître sur des sociétés de bonne qualité à un fonds commun de créances qui émet lui-même des parts souscrites par des investisseurs.

Combien d’opérations de titrisation ont été lancées par le GIAC ?

La première opération de ce type a été lancée en 1997. Nous venons d’organiser la septième. Cela nous a permis de financer environ 300 sociétés pour un montant global de 350 millions d’euros sur les 6 premières, la septième étant en cours, sous forme de prêts à long terme d’une durée de 10 ans assorti d’un différé en remboursement en capital de 5 ans.

Pourquoi parle-t-on finalement plus de financements mutualisés que d’opérations de titrisation ?

Tout d’abord parce que les sociétés se regroupent pour émettre sur le marché et bénéficier des conditions qu’elles ne pourraient pas obtenir par elles-mêmes.

Cela tient aussi à la structure du capital du GIAC : celui-ci a pour uniques actionnaires les sociétés auxquelles il prête de l’argent. Celles qui veulent obtenir un financement doivent être ou devenir actionnaire, pour un montant égal à 1 % du montant emprunté. C’est aussi une forme de mutualisation. À l’issue du financement, la société peut conserver ses actions ou, plus généralement, les céder auprès de nouveaux emprunteurs. Nous organisons ce marché, même s’il n’est pas très liquide. Le GIAC possède aujourd’hui environ 400 actionnaires, dont aucun n’a plus de 3 % du capital.

En outre, autre forme de solidarité, chaque société emprunteuse doit alimenter un fonds de garantie à hauteur de 7 % du montant emprunté.

L’ensemble de ces capitaux seront utilisés par le GIAC pour souscrire à hauteur de 8 % du fonds de créances en parts mezzanine ou subordonnées qui subissent le premier rang de risque.

Quel type de financement couvre le GIAC ?

Le GIAC finance ou participe à un programme de développement global, plutôt qu’un investissement en particulier ; il accepte donc toutes sortes de dépenses ou d’investissement : immobilier, mobilier, croissance externe, soutien de filiale, R&D, ou encore augmentation du fonds de roulement.

C’est un financement très large, à des conditions de taux attractives sur une durée longue, et qui constitue une alternative au financement de haut de bilan sous forme d’obligations convertibles, de financements mezzanine ou de participations au capital, pour des durées équivalentes puisque nous finançons sur 10 ans, dont 5 de différé. Concrètement, nos prêts ont une durée de vie moyenne d’environ 8 ans, avec un amortissement sur les 5 à 6 dernières années, ce qui donne un certain confort dans le remboursement plutôt que d’avoir une dette in fine.

Quels sont les critères de sélection des entreprises ?

Le premier est un niveau de chiffre d’affaires minimum – 8 à 10 millions d’euros pour les sociétés moins importantes –, mais aussi une rentabilité avérée depuis plusieurs exercices, une stratégie de développement qui nous paraît cohérente et une situation financière équilibrée (voir Encadré 3).

L’estimation est faite en interne par notre équipe de quatre analystes crédit, qui produisent une étude soumise à un comité d’investissement. Celui-ci, totalement indépendant, est constitué d’experts externes et de représentants des investisseurs, car nous souhaitons avoir vis-à-vis de ces derniers une grande transparence, pour leur permettre de connaître la nature du risque qu’ils vont prendre et de pouvoir s’exprimer à ce sujet. Le comité d’investissement rend un avis soumis à l’approbation de notre Conseil d’administration constitué d’industriels représentant les sociétés emprunteuses et les actionnaires du GIAC. Il faut donc se soumettre à un double filtre, le premier financier, le second industriel.

En dernier ressort, je conserve le droit de m’opposer au financement si je juge que des éléments me semblent insatisfaisants, comme la réception d’informations contradictoires, ou l’impossibilité de prendre une garantie prévue.

Quel est le montant minimum d’emprunt et/ou le nombre minimum d’entreprises à réunir pour lancer une opération ?

L’opération peut être montée dès l’instant où nous cumulons 25 millions d’euros de besoins de financement, sachant que nous pouvons recharger le fonds sur une période donnée. Sur la dernière opération, nous avons ainsi levé 80 millions d’euros auprès des investisseurs en engagement ferme. Nous avons mis en place un premier portefeuille de 29,4 millions d’euros en juillet 2012 et nous allons recharger 15 millions de prêts au 31 octobre. L’objectif est d’arriver à 80 millions d’ici au 31 octobre 2013.

Quelles sont les entreprises sélectionnées dans le portefeuille de créances titrisées en juillet dernier ?

Cela va de la société qui affiche une quinzaine de millions d’euros de chiffres d’affaires jusqu’à un groupe qui en réalise 600. Les domaines d’activités représentés sont très variés (voir Encadré 3).

Par exemple, la société Quincaillerie Aixoise est un distributeur de produits de quincaillerie et d’aménagement de la maison pour les professionnels et les particuliers avec un réseau de distribution installé dans le sud-est de la France. C’est une société dont le chiffre d’affaires atteint 28 millions d’euros.

Ou encore la Compagnie française de chocolaterie et de confiserie qui fabrique des chocolats à la fois pour les industriels et sous ses marques propres, notamment Marquise de Sévigné. Ce groupe familial réalise 41 millions d’euros de chiffre d’affaires. Enfin, le groupe Fremaux Delorme commercialise du linge de maison – draps, couvertures, serviettes, de bain –, sous les marques Yves Delorme et Olivier Desforges. Son chiffre d’affaires est de 121 millions d’euros.

Dernier exemple, le conseil vient de donner son accord sur un groupe de fonderie et plasturgie, qui représente 600 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il s’agit donc d’un spectre très large.

Quel est le montant moyen financé ?

Sur la dernière opération, la fourchette va de 500 000 à 2,4 millions d’euros, parce que nous nous limitons à un encours unitaire maximum égal à 3 % de l’encours global du FCT. Cela favorise la division des risques qui est une des conditions pour obtenir une notation convenable de la part des agences sur l’émission de titres prioritaires, notés AA. Le montant moyen est de 1,5 million d’euros. L’objectif est d’ailleurs de remonter une opération immédiatement après celle-ci, qui devrait être finalisée pour début 2014, toujours avec la participation d’Oséo qui est un soutien effectif extrêmement précieux. Nous visons cette fois une taille de 150 millions d’euros à travers des investisseurs différents, sans doute des compagnies d’assurance, qui comprennent que le financement aux entreprises n’est pas si mal considéré dans les dispositions de Solvabilité 2.

Quel est le taux d’emprunt pour les entreprises ?

Le taux nominal que nous proposons aux sociétés est la moyenne des taux servis à chacun des investisseurs et qui ressort à 305 points de base au-dessus de l’euribor. Au total, le coût ressort à 560 points de base au-dessus de l’euribor. Pourquoi une telle différence ? Parce que nous y intégrons les frais de montage de l’opération, de notation, de cotation des titres, les frais de conseil juridique, le coût de la garantie Oséo, et d’intervention de la société de gestion, ou encore la commission de placement versée à une banque.

Pour des financements de long terme, ce taux reste largement compétitif, non pas en comparaison d’un prêt de moyen terme classique, car on sait que les banques font ou faisaient jusqu’à récemment, une forme de dumping sur ces financements accordés aux PME, mais par rapport aux obligations convertibles, à tous les produits de haut de bilan ou de capital développement, qui souvent visent une rentabilité supérieure à 15 %.

Quelles ont été les conséquences de la crise sur l’activité du GIAC ?

La précédente opération s’est achevée en avril 2009 et, entre 2008 et 2009, nous ne trouvions plus d’investisseurs sur des opérations de titrisation ! En fait, les premiers à nous inciter à continuer dans cette voie ont été Oséo et CDC Entreprise. La titrisation reste un excellent moyen pour accéder au marché et financer les entreprises. Bien utilisée, suffisamment transparente, sans complexifier excessivement les montages, elle donne la possibilité de lever des fonds pour financer ce qu’on appelle la vraie économie. Il faut oublier les montages exotiques qui ont existé dans le passé et qui ont d’ailleurs trompé la vigilance des agences de notation.

Comment vous situez-vous par rapport à Micado ou Isodev ?

Isodev s’est installé sur le créneau du microprêt avec un encours maximum 150 000 euros, consentis à des TPE. Il joue sur le volume et la division des risques. Il s’adresse à des investisseurs privés ou des family offices. Micado intervient uniquement sur des sociétés cotées, donc avec une cible de sociétés plus réduite, et sans notation.

Que se passe-t-il en cas de difficulté de remboursement ?

D’abord, nous avons un suivi régulier des entreprises : le service analyse étudie les comptes des sociétés au moins une fois par an. En cas de défaut, nous essayons d’accroître ou de faire jouer nos garanties, nantissements de fonds de commerce ou hypothécaires. Le contrat d’émission obligataire a plus d’une vingtaine de clauses de remboursement anticipé. Nous ne l’appliquons pas aveuglément, mais cela nous permet d’être réactifs pour essayer de conforter notre position. Mais la meilleure garantie repose sur la sélection pour éviter de se retrouver un jour confronté à un trop grand nombre de dépôts de bilan.

La mise en place de la BPI pourrait-elle avoir des conséquences sur votre activité ?

Jusqu'à présent, toutes les tentatives de création de « machins » de ce genre n’ont abouti à pratiquement rien ou ont été détournées de leur objectif. Le FSI a dû créer des antennes régionales afin de mieux accomplir sa mission. Personne ne sait ce que va devenir le grand emprunt. Le Haut-Commissariat à l’investissement peine à convaincre. Formulons des vœux pour que la BPI soit la réussite que chacun attend.

Tout le monde semble d’accord aujourd’hui sur le rôle essentiel joué par Oséo dans le financement des PME…

Oséo est un intervenant incontournable dans le financement des sociétés de moyenne importance, extrêmement actif en région, qui développe des produits innovants, intervient à différents niveaux et a une excellente image de marque auprès des entreprises. Auprès des emprunteurs, Oséo participe souvent en parallèle aux financements du GIAC par le biais de leur contrat de développement participatif. Cela crée un effet de levier considérable.

Comment expliquez-vous la longévité du GIAC dans des financements de PME réputés difficiles ?

Notre système fonctionne parce qu’il n’a pas vocation à gagner de l’argent, mais à rendre service aux entreprises. Le résultat du GIAC est toujours bénéficiaire, mais nous n’avons pas d’exigence de rentabilité. L’objectif est de monter des opérations qui arrivent à bonne fin et c’est ce que fait le GIAC depuis 50 ans pour garder la confiance des investisseurs, à travers un track record qui reste excellent comparé à ce qui peut se produire par ailleurs.

Plus largement, que faut-il faire selon vous pour faciliter le financement des PME ?

Je reste persuadé qu’un moyen de financer l’économie est de faire directement appel à l’épargne publique, c’est-à-dire faire financer les entreprises par la veuve de Carpentras grâce à des émissions obligataires auprès des particuliers. Il existe en France une masse d’épargne inutilisée qui pourrait être ainsi sollicitée. De même, les livrets de développement durable pourraient être utilisés pour financer les entreprises. Il faut adapter le système pour que les particuliers soient sécurisés dans leur investissement.

Comment y parvenir ?

Il faudrait leur consentir un rang de priorité absolu par rapport aux autres créanciers, avec peut-être aussi un dispositif fiscal à la fin de l’opération qui permettrait de déduire les pertes éventuelles du revenu ou de l’impôt. C’est une question de volonté politique. Et les Français pourraient ainsi manifester leur patriotisme économique !

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº754bis