Chaque jour ou presque, les médias évoquent un projet financé par la finance participative : production télévisée, jeu vidéo, ONG, éolienne, société médicale, produit biotech, campagne politique, élevage de volaille... Tous y trouvent leur compte : le « contributeur » qui participe à la sortie d’un projet et en tire récompense ; « le porteur de projet » qui le finance, le fait connaître et mesure l'intérêt qu’il suscite.
Le financement participatif ou crowdfunding (littéralement : financement par la foule) est un mode de financement alternatif né aux États-Unis, il y a une dizaine d’années et qui connaît un très fort engouement. Son essor est rapide, ses volumes doublent chaque
Un succès aux multiples raisons
Le crowdfunding permet de financer de nouveaux projets, des nouvelles activités, des start-up et parfois même du simple besoin en fonds de roulement, là où les circuits bancaires traditionnels ne répondent que très imparfaitement, pour ne pas dire, parfois, pas du tout. Le citoyen, tout en souhaitant soutenir un projet (et/ou placer son épargne), donne du sens à son argent avec des valeurs d’appartenance, de proximité, de confiance, voire de
Il s’appuie sur la puissance de frappe extraordinaire d’Internet et des réseaux sociaux. Ses coûts de fonctionnement sont limités. Il est simple.
Un mécanisme simplissime
Un projet est « posté » (sous forme d’un widget ou encart) pour une durée limitée sur un site « maître », lequel offre les outils nécessaires à sa communication et à son suivi. Il est relayé sur des sites partenaires, des blogs et des réseaux sociaux. Le projet se présente sous la forme d’une vidéo, d’un pitch agrémenté de photos, d’un montant à atteindre et d’une liste de contreparties à recevoir qui dépendent du montant des contributions apportées (ainsi que des éventuels avantages fiscaux). Les sommes collectées sous forme de dons, de prêts ou d’investissement (voir Encadré 1) sont mises en attente dans un porte-monnaie électronique ou sur un compte de paiement, généralement jusqu’à ce que la totalité du projet soit financé. Les sommes sont alors versées sur le compte du porteur de projet ou reversées au contributeur si la campagne n’a pas eu le succès escompté. En France, le porteur de projet poste son projet sur une plate-forme – comme, par exemple, Ulule, Indiegogo, Mymajorcompany, Touscoprod pour les dons Babyloan, Prêts d’Union, Spear pour les prêts, Anaxago, Wisseed, Particeep, Lumo-France pour l’equity – qui lui assure une visibilité minimale. Il peut vouloir aussi opérer par lui-même, pour des raisons d’image, et partant du principe qu’il lui reviendra de toutes les façons d’assurer lui-même la publicité de son projet.
La France championne
En France, comme en Europe, l’activité de crowdfunding a été pour l’essentiel cantonnée à la collecte de dons et les volumes globaux sont demeurés limités (75 millions d’euros de
En offrant ainsi la possibilité de lever jusqu’à 1 million d’euros de fonds propres sans contraintes très particulières, en permettant de prêter avec intérêt jusqu'à 1 million d’euros, brisant au demeurant par là le monopole bancaire, en donnant à tout à chacun (principe d’inclusion) l’opportunité de participer à une opération de finance participative sans limitation de patrimoine ou de revenus, la France (« Startup Republic », suivant la formule de la Ministre Fleur Pellerin) ouvre un boulevard au crowdfunding. Son modèle sera certainement vite
Une évolution prévisible des acteurs
On peut donc s’attendre dans les prochains mois à l’arrivée en puissance des plates-formes de prêts, dans un univers encore largement dominé par des plates-formes de dons, à une multiplication du nombre de plates-formes toutes activités confondues avec l’entrée en piste d'acteurs tels que les collectivités locales, les fondations d’entreprises, les pôles d’excellence, les associations religieuses, sportives, les business angels et plus généralement ceux qui voudront promouvoir et/ou fédérer des projets autour de grands thèmes (santé et bien-être, cuisine, loisirs, sports etc) à l’arrivée également de plates-formes hybrides : dons-prêts, prêts et
Un secteur en voie de professionnalisation
Après un démarrage militant, on peut s’attendre à une professionnalisation rapide du secteur. C’est d’ailleurs dans ce cadre que les nouvelles mesures prises par le gouvernement prévoient d’instaurer (voir Encadré 2) :
- un statut de conseiller en investissement participatif (CIP) pour les plates-formes equity ;
- un statut d’intermédiaire en financement participatif (IFP) pour les plates-formes de prêts ;
- un label pour les plates-formes qui respecteront le nouveau cadre, symbolisant la transparence et le respect des
investisseurs .[7]
Pour les banques, un positionnement à inventer, une opportunité à saisir ?
Les rapports de la banque et de la finance participative sont forcément compliqués. Toute la question est de savoir s’il s’agira d’un rapport de cousinage de bon aloi ou d’un rapport incestueux, donc limité. Les rares études existantes et les verbatim recueillis incitent à la
Les défis que les banques auront à aborder concernent :
- leur rapport au risque (intelligence collective versus analyse traditionnelle du risque) ;
- leur positionnement : ne laisserait-il pas entendre que les banques laissent aux autres (the crowd) le soin de soutenir les mauvais risques et/ou les projets les plus risqués ?
Celles qui sauront développer finement une activité significative de finance participative y trouveront l’occasion de :
- répondre positivement à des demandes auxquelles elles ne savent pas ou ne veulent pas répondre aujourd’hui
- limiter l’attrition clientèle, car il est vraisemblable qu’une partie de l’épargne (des jeunes notamment) se détournera vers ce mode de financement ;
- améliorer le ratio détracteurs/prescripteurs ;
- bancariser une clientèle supplémentaire ;
- se positionner auprès des projets qui émergeront ;
- développer une activité génératrice de commissions, sans risques significatifs de contrepartie et non consommatrice de fonds propres et de ressources bilancielles ;
- redorer un blason écorné auprès d’une partie de la
population [9] ; - jouer la transversalité et la synergie entre les métiers (banque de détail, banque d’entreprise, banque de financement).
Entrer dans le monde du marketing digital
Les banques ont l’opportunité aujourd’hui de repenser leurs pratiques managériales en s’appuyant sur les jeunes générations de digitales natives pleinement connectées. Elles ont une formidable occasion d’entrer de plain-pied dans le monde du digital, mais également de booster leurs capacités d’innovation et, somme toute, de réinventer la relation-client.