La qualité de la gouvernance politique constitue un critère décisif face à une crise financière. Plus on attend, plus cela coûte cher aux politiques publiques et il vaut mieux en faire trop que pas assez.
Le choc Lehman n’a pas été constitué par la faillite elle-même de Lehman Brothers, mais par la confusion, l’incertitude et le sentiment d’autorités fébriles et en retard quasi-permanent sur les événements. Ce n’est qu’avec le deuxième plan Geithner et la véritable reprise en main de la crise par les autorités que la confiance est revenue sur les marchés.
Mais le temps des marchés n’est pas celui des politiques. En Europe, le problème est aggravé par la multiplicité des acteurs (présidence, présidence tournante, Eurogroupe, BCE, Commission, chefs d’État et de gouvernement des grands pays) qui ont multiplié atermoiements et revirements au cours des derniers mois. Le bilan ? Un coût finalement plus élevé pour le contribuable européen et les citoyens grecs, une confiance durablement ébranlée sur le continent, un choc sur les marchés financiers mondiaux, la mise en place de politiques budgétaires prématurément restrictives dans les différents pays (alors que le crédit bancaire privé baisse)…
Or, le risque de contagion est a priori maximal en Europe. Pourquoi ? D’abord, il y a peu de références historiques pour « pricer » le risque de défaut souverain au sein d’une union monétaire. De plus, il n’y a pas d’ajustement possible du taux de change entre les pays. Il est donc facile pour un investisseur d’arbitrer entre les dettes publiques des différents pays membres de la zone. Sur le fond, la contagion est aussi plus naturelle du fait de l’intégration commerciale et financière de la zone euro (en particulier les engagements bancaires), ainsi que des similitudes structurelles entre pays (faible compétitivité, déficits jumeaux, faible crédibilité budgétaire…). Certes, les marchés n’intègrent pas pour le moment de risques de défauts généralisés en Europe et les tensions se concentrent sur quelques pays (Grèce, Portugal, Espagne). Mais les marchés actions vont d’ores et déjà plus loin et intègrent un retournement du cycle européen. Aujourd’hui, c’est la question de la contagion de l’ensemble du monde par la zone euro (voire par l’Europe occidentale) qui se trouve posée. Certes, l’Europe n’est pas leader dans la croissance mondiale, mais elle n’est pas négligeable. L’Union européenne représente presque 19 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat. De plus, le poids des importations de l’UE hors échanges intra-zone dans les importations mondiales est de 17 %.
La responsabilité européenne est majeure dans cette crise. C’est donc à la gouvernance européenne de reprendre la main. n