Épargne retraite: axe stratégique pour les Français et l’industrie financière

Créé le

27.12.2016

-

Mis à jour le

13.01.2017

Favoriser l’épargne-retraite, peu développée en France, profiterait à la fois aux épargnants, à l’économie et à l’industrie financière. Pour y parvenir, la fiscalité jouera un rôle central, mais aussi l’éducation financière. S’il perdure, le contexte de taux bas constituera un environnement difficile mais surmontable.

L’année 2016 aura remis l’épargne-retraite sur le devant de l’actualité. Tant du côté européen qu’en France ont été publiés des études, des textes, des projets de réglementation et des consultations sur ce thème. On ne peut que se réjouir de ce regain d’intérêt, même si ces projets peuvent aussi constituer des sources d’interrogations, compte tenu de leurs intentions ou de certaines conséquences qu’ils sous-tendent.

Au-delà du confort qu’apporterait aux Européens un produit d’épargne-retraite individuel plus ou moins standardisé, mais accessible partout en Europe – le PEPP [1] –, les projets européens visent à instaurer une concurrence dans ce domaine comme dans d’autres et une baisse drastique des coûts de gestion. D’autres, comme le projet français de FRPS [2] , veulent inciter les institutions à sortir du carcan de Solvabilité 2 et « flécher » les investissements vers certains types d’actifs « risqués » précis.

Malgré tout ce que l’on entend ici ou là, la France et les Français disposent d’ores et déjà de plusieurs formules d’épargne-retraite de capitalisation, individuelles ou collectives. Elles concurrencent déjà les autres formes d’épargne souvent souscrites par les Français dans une perspective de retraite, comme l’assurance vie – une particularité en Europe –, l’investissement immobilier en commençant par son logement principal, et plus marginalement le PEA. L’immobilier résidentiel des grandes métropoles reste aujourd’hui, malgré la baisse des prix dans de nombreuses régions, relativement inaccessible pour la plupart des ménages et siphonne l’épargne pour de longues années. Les quelques études existantes montrent que chaque produit d’épargne-retraite a son audience et son propre rythme de croissance. Toutefois, au niveau individuel, l’épargne moyenne constituée reste très marginale et très éloignée des besoins réels à terme en revenus complémentaires à la retraite ou pire en cas de dépendance.

De ce fait, la France n’a pas montré de besoin, pour son propre marché, du « fonds de pension personnel pan-européen » (PEPP), sauf à labelliser certains des produits préexistants en les modifiant le cas échéant. Les grandes entreprises multinationales peuvent être sensibles à l’idée de pouvoir offrir des solutions universelles pour leurs salariés disséminés dans différents pays européens et même dans le monde. On le voit dans les programmes d’actionnariat salarié internationaux, qui restent de vrais casse-tête sociaux et fiscaux. De même, nos grands acteurs de la retraite peuvent avoir envie de conquérir des encours en dehors de la France. Toutefois, le PEPP n’a pas suscité d’engouement. À l’étranger, les réactions ont été également plus que mitigées.

L’épargne-retraite diffère de l’épargne en vue de la retraite

Il est important d’avoir en mémoire la distinction entre « l’épargne en vue de la retraite » qui vise à constituer un capital consommé au choix de l’épargnant à partir de son départ en retraite en une ou plusieurs fois ou par l’octroi d’une rente, et « l’épargne-retraite » vouée exclusivement à aliéner un capital contre la constitution d’une rente viagère à un terme fixe plus ou moins éloigné.

Cette distinction est tout à fait fondamentale pour la conception, le fonctionnement, l’allocation des capitaux collectés et la sécurité de la gestion, même si chacune de ces formules exige des professionnels qualifiés et des supports de placement spécifiques. Elle est aussi fondamentale dans la définition d’un régime prudentiel adapté. Elle l’est enfin aussi pour les épargnants français, qui restent attachés à la possibilité de récupérer au moins en partie le capital accumulé.

En France, parmi les formules les plus répandues d’épargne en vue de la retraite figurent l’épargne salariale et l’assurance vie, même si elles peuvent servir la vie durant à d’autres objectifs. De son côté, l’épargne-retraite rassemble des formules individuelles comme le PERP ou les contrats Madelin ainsi que les contrats collectifs professionnels comme notamment les contrats Article 83, la Préfon ou le RAFP pour les fonctionnaires. Avec une progression régulière d’environ 8 % par an, elles représentent aujourd’hui près de 200 milliards d’euros d’encours, à comparer toutefois avec l’assurance vie qui représente près de 1 500 milliards d’euros. Ces encours pourraient être bien plus élevés si ces formules avaient été politiquement ou médiatiquement mieux encouragées. En effet, malgré des dispositions d’incitation fiscale très intelligemment conçues [3] et attractives à la souscription, ces formules attirent encore peu les Français, soit parce qu’ils sont peu fiscalisés, soit parce que – reconnaissons-le – ils ont du mal à épargner, soit encore parce qu’ils n’acceptent pas l’idée d’aliéner le capital épargné et de le convertir en rente. Quant aux partenaires sociaux, ils considèrent toujours que l’épargne-retraite affaiblit les régimes de retraite par répartition.

Pour prospérer, l’épargne-retraite doit relever plusieurs défis (voir Encadré). De leur côté, les épargnants devront aussi affronter une vraie révolution.

  • Désintermédiation : avec le succès des livrets et de l’assurance vie, l’épargne française est encore massivement intermédiée par les banques et les assureurs dans ses investissements finaux, conduisant à gommer toute impression de risque pour l’épargnant : ni contre-performance, ni volatilité, ni risques de taux, de crédit, de défaut et de liquidité. Le maintien durable de taux à long terme à un niveau très bas finira par réduire l’intérêt de l’épargne sur livret et des contrats-vie en euro, si ceux-ci ne sont pas fermés par les assureurs eux-mêmes au profit d’autres types de contrats.
  • Anticipation : l’incertitude sur les niveaux futurs de retraite (de base ou complémentaire), la plus forte mobilité des salariés doivent conduire à mieux anticiper les besoins de revenus complémentaires.
  • Acceptation du risque : même si le risque peut être accompagné et contenu par les gérants d’actifs, l’épargnant devra s’y acclimater. De nouvelles solutions d’épargne devront éclore pour les aider dans cette mutation.
En son temps, René Monory avait réussi à créer un vaste mouvement populaire d’investissement en actions. Ce mouvement a été ensuite un peu gâché par les privatisations qui n’ont pas été accompagnées d’une véritable éducation financière de l’actionnaire particulier. Les solutions proposées jusqu’à présent ici et là se résument à préconiser une relance de l’épargne longue investie exclusivement en actions. Or l’épargne longue ne peut pas se réduire aux placements en actions. Les marchés monétaires, obligataires et de la dette privée sont au cœur du financement de l’économie, comme l’investissement immobilier. L’essor de marchés plus liquides d’obligations «  corporate » et «  high yield » et d’« actions small et microcaps » constitue, comme le capital-investissement, un enjeu fort pour notre économie et pour la Place de Paris, dans le contexte de Bâle III et Solvency II. Développer la souscription d’obligations par Internet et autoriser à inclure des obligations dans un PEA revisité doivent y contribuer.

Dans un monde plus mobile que celui de nos parents, l’épargne longue doit aider les individus et leurs familles d’abord à se solvabiliser, à s’adapter aux changements de vie, géographiques ou de métier, à mieux résister aux aléas de vie et enfin à préparer sa retraite. Le slogan de base, de la part des Pouvoirs publics, devrait être « Épargnez et, en cas de problème, nous vous aiderons ».

Une épargne à trois étages

Les plans d’épargne pourraient être plus attrayants en distinguant plusieurs étages : un premier plan pour une première phase d’accumulation progressive, un deuxième pour épargner à plus long terme ou pour sa retraite, enfin un troisième étage pour le service éventuel d’une rente. Chaque étage aurait une fiscalité appropriée, mais toujours modérée et raisonnée. Les premier et second étages comporteraient des passerelles organisées pour transférer des capitaux à l’étage supérieur ou inférieur, avec un ajustement à la hausse ou à la baisse des avantages accordés, plus ou moins forte selon la durée effective de l’épargne. Ce droit au changement inciterait à prendre le chemin du long terme.

Attention à un autre écueil classique : épargner ne s’arrête pas toujours au jour du départ en retraite. Avec le vieillissement de la population, l’accumulation de l’épargne peut se poursuivre bien au-delà du jour du départ en retraite. Et vouloir désensibiliser systématiquement au risque cette épargne en la convertissant en obligations et en monétaire n’a pas de sens pour de futurs nonagénaires…

Comment donner à l’épargne longue les meilleures chances de performance attrayante sur le long terme ? La baisse séculaire des taux d’intérêt rend désormais périlleux les placements. Plus que jamais, la recherche de performance passe par une large diversification de classes d’actifs et par une internationalisation des portefeuilles qui constitueront des protections indispensables et responsables face à un risque de sous performance locale durable.

Des produits d’épargne adaptés

Contrairement aux PEA, l’assurance vie multisupport combinant la sécurité de la gestion en euro et l’architecture ouverte (unités de compte), les plans d’épargne d’entreprise, les PERCO et les PERP sont des cadres robustes pour l’épargne longue, dans lesquels l’épargnant peut faire un choix plus ou moins étoffé de supports de placement avec des niveaux de risque étagés. Les OPCVM (UCITS) comme les FCPE déjà intégrés dans des cadres de gestion d’épargne longue, devraient pouvoir investir, même de manière limitée, dans des classes d’actifs stables moins liquides au travers de fonds d’investissement alternatifs, les FIA, au sens de la Directive AIFM [4] (les OPCI, fonds de capital investissement ou d’infrastructures, ELTIF [5] ). Une telle ouverture serait une vraie force pour les acteurs français de ces gestions.

Enfin, les fonds à horizon (appelés aussi « fonds à échéance ») constituent une bonne solution alternative pour rechercher de la performance sur une période définie acceptable par l’épargnant. Ils ont comme principe de revoir régulièrement leur allocation d'actifs, de la désensibiliser progressivement au risque en vue de l’échéance. Ils présentent un avantage en cas de versements réguliers. Si la technique du versement régulier peut permettre de lisser la volatilité en début de programme et de profiter des baisses de marchés, elle protège de moins en moins lorsque le capital s’étoffe. Le fonds à maturité ne présente pas cet inconvénient du fait de la désensibilisation progressive du portefeuille aux actifs risqués.

Qu’elle prenne la forme de l’épargne en vue de la retraite ou de l’épargne-retraite, chaque formule exige des professionnels qualifiés (SGP, assureurs, caisses de retraite) et des supports spécifiques (OPCVM, FCPE, actif général ou cantonné d’assureur, etc.). Enfin, comment assurer une bonne sécurité financière globale ? Les OPCVM de droit français et l’assurance vie sont des produits hautement régulés et le régime français des banques dépositaires est très protecteur. Les institutionnels (c’est-à-dire, pour l’essentiel, les assureurs) jouent aussi un rôle essentiel dans l’optimisation des placements financiers ayant pour horizon le cycle de vie. Ils garantissent une meilleure adaptation de la gestion aux horizons de placement des épargnants. Ces investisseurs de long terme peuvent ainsi accroître la qualité du service financier rendu aux Français. La vocation de protection de l’épargne par les institutionnels est inscrite dans les textes régissant leur activité.

L’investisseur institutionnel de long terme n’est pas immobile, mais adapte son portefeuille à l’évolution de son passif (l’épargne que ses clients lui confient), cherche à capter des opportunités, à se protéger contre les bulles spéculatives et les cycles de marchés contraires. Les épargnants doivent pouvoir bénéficier de ces mêmes principes de bonne gestion au travers des supports de placement, avoir accès aux mêmes classes d’actifs et instruments financiers que ceux dont disposent les investisseurs de long terme. Tout cela fait aussi partie de la sécurité financière globale.

Pour accroître la part d’actifs « risqués » dans les patrimoines, si utiles pour le financement de l’économie, il faut que les épargnants « apprivoisent » les risques et opportunités du long terme, en s’y acclimatant par des produits financiers bien identifiables et dont ils comprennent la gestion.

Une opportunité de croissance

En définitive, c’est en combinant engagement sur des durées raisonnables, versements réguliers, large diversification, prise de risque maîtrisée, mais aussi fiscalité pérenne et incitative que l’on concevra une épargne longue utile à la fois aux épargnants et à l’économie. Oui, l’épargne-retraite et l’épargne en vue de la retraite ont un bel avenir devant elles. L’industrie financière est prête à se saisir de cette fantastique opportunité de croissance.

Comment ? Nous disposons en France d’une forte expertise en matière d’épargne-retraite retraite supplémentaire d’entreprise ou de la fonction publique, ainsi qu’en matière d’épargne salariale. Nous avons donc tous les moyens techniques nécessaires et les acteurs qualifiés pour faire de Paris une base attractive pour des fonds de pension ou d’épargne-retraite internationaux, à caractère obligatoire ou facultatif : assureurs vie de taille mondiale et de haute qualité de crédit, institutions spécialisées dans la retraite par capitalisation, sociétés de gestion nombreuses et reconnues, banques dépositaires, teneurs de compte-conservation et « asset servicers » de stature internationale, sans parler de tous les autres acteurs de l’écosystème (autorités de régulation, actuaires, fournisseurs de logiciels, ingénieurs financiers, avocats, consultants, think tank) et d’un droit du titre particulièrement solide et protecteur.

Profiter de IORP

Lors de travaux du comité de Place « Paris Place financière 2020 » en novembre 2014, nous avions proposé que Paris se constitue une task force réunissant tous les métiers de l’épargne et les meilleurs experts pour anticiper les différentes conséquences de la Directive IORP, balayer tous les obstacles éventuels, suggérer les améliorations possibles et créer ainsi les conditions du développement de l’exportation de notre savoir-faire. Elle définirait l’environnement juridique, fiscal ou financier idéal de nature de créer un écosystème, sécurisant et sécurisé, favorable au développement en France d’acteurs européens de l’épargne-retraite, qui offriraient leurs services à des entreprises multinationales à stature européenne et à leurs salariés. Il n’est pas trop tard.

Bien entendu, cette démarche sera d’autant plus crédible si des impulsions significatives sont données par les Pouvoirs publics français en faveur d’un développement raisonné de l’épargne-retraite supplémentaire individuelle ou collective, obligatoire ou facultative.

 

 

1 Fonds de pension personnel paneuropéen ( Pan-European Personal Pension Product).
2 Fonds de retraite professionnelle supplémentaire.
3 À condition que la fiscalité par retenue à la source ne vienne pas détruire ces dispositions intelligentes.
4 Directive sur les fonds d’investissement alternatifs.
5 En français FEILT : fonds européens d'investissement à long terme.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº354
Notes :
1 Fonds de pension personnel paneuropéen (Pan-European Personal Pension Product).
2 Fonds de retraite professionnelle supplémentaire.
3 À condition que la fiscalité par retenue à la source ne vienne pas détruire ces dispositions intelligentes.
4 Directive sur les Fonds d'investissement alternatifs.
5 En français FEILT : fonds européens d'investissement à long terme.