La relation entre les deux déficits a été beaucoup débattue par les économistes sans toutefois être tranchée définitivement. Certes, il y a la fameuse théorisation des déficits jumeaux qui prend appui sur le parallélisme de leurs évolutions mais qui ne dit rien quant à la causalité. Il y a aussi la théorisation, très appréciée par les pays mercantilistes, selon laquelle c’est le déficit budgétaire du pays qui engendre son déficit commercial. Notre théorie est totalement opposée : c’est le déficit commercial, le plus souvent issu d’un manque de compétitivité-change, qui est le père du déficit budgétaire.
Un déficit commercial marqué et renouvelé nuit tellement à la dynamique de croissance du pays concerné qu’il l’expose sans tarder à subir une récession prolongée. De fortes pressions politiques s’exercent alors sur son gouvernement pour qu’il sauve la croissance. Si les autres pays l’empêchent de rétablir sa compétitivité-change, le gouvernement engage alors l’aventure de la relance budgétaire ou celle de la relance immobilière. L’une et l’autre se traduisent par un déficit budgétaire.
C’est ce qu’on a pu vérifier depuis 2000. La Chine et, dans une moindre mesure, l’Allemagne se sont alors installées dans une sur-compétitivité-change qui s’est reflétée dans une sous-compétitivité-change des États-Unis, du Royaume Uni et de l’Europe du sud. Les premiers pays ont renouvelé des excédents commerciaux toujours plus colossaux qui se sont reflétés dans des déficits commerciaux symétriques chez les seconds.
De tels déficits commerciaux auraient prolongé indéfiniment la récession de 2001/2002 si ces pays n’avaient pas, dans un sursaut vital, recouru aux artifices malsains qui leur étaient accessibles :
- la stimulation immobilière au Royaume Uni, en Espagne et en Irlande ;
- la stimulation budgétaire en Italie, au Portugal et en Grèce ;
- la stimulation budgétaire et immobilière aux États-Unis.
C’est bien le déficit commercial qui induit le déficit budgétaire. Prétendre redresser le deuxième sans relever le premier en parallèle, c’est s’exposer à l’échec.