La faiblesse de la croissance économique et la montée de la pression réglementaire font actuellement peser un grand nombre d'incertitudes sur la profitabilité du secteur bancaire en Europe, et en particulier en Italie. Alors que les marges d'intérêt et les volumes de crédit sont historiquement faibles, les banques peinent à réduire leurs coûts fixes et le montant de leurs créances douteuses. Après la récente revue des actifs (AQR) et stress-tests menés par la Banque Centrale Européenne, des réformes structurelles resteront nécessaires pour promouvoir la viabilité à long terme du système bancaire italien, notamment en renforçant les fonds propres, nettoyant les bilans et diversifiant les sources de revenus des
Un rôle important des banques dans l'économie
Les banques jouent un rôle crucial dans l'économie italienne, en particulier auprès des entreprises. Les prêts aux entreprises représentaient 52 % du PIB italien en 2013, contre 43 % en France et 49 % en zone euro. Les entreprises ont peu recours aux marchés de capitaux ; en 2012, le ratio de titres sur prêts était de 8 %, contre 12 % en zone euro (et 40 % au Royaume-Uni).
Des faiblesses structurelles
Le nombre élevé de banques pèse sur les marges d'intermédiation. Le degré de concentration du marché, mesuré par l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), reste faible en Italie (0,04), comparativement aux Pays-Bas par exemple (0,2), induisant une forte pression sur les marges bancaires. L'Italie compte trois fois plus d'agences par habitant que les Pays-Bas (voir Graphe 1). Cette surbancarisation est particulièrement notable dans le secteur coopératif italien, qui ne compte que 1 179 clients par agence en 2012, soit quatre fois moins qu'en France et douze fois moins qu'aux Pays-Bas.
La structure actionnariale des banques italiennes, dominée par des coopératives et des fondations sans actionnaires, pose des défis en matière de gouvernance d'entreprise.
- Les grandes banques coopératives représentent 14 % des actifs bancaires. Leur statut, qui restreint certains droits des actionnaires (un membre, une voix), limite le
contrôle actionnarial , rendant en pratique impossible pour un actionnaire majoritaire de changer les organes de direction. La faible croissance du crédit rend également plus fragile un modèle coopératif qui repose essentiellement sur une croissance interne du capital par rétention des profits.[2] - Les fondations bancaires, entités à but non lucratif qui contrôlent une large partie du
secteur bancaire non coopératif en Italie , ont participé à la stabilité du système financier et ont pleinement joué leur rôle d'investisseur à long terme en conservant leurs actions et recapitalisant, dans certains cas, leurs banques pendant la crise financière. Toutefois, leur gouvernance pose plusieurs défis : (i) leurs organes de direction sont souvent majoritairement composés d'élus politiques, avec des risques possibles d'interférence dans les activités bancaires ; (ii) les faibles ressources financières de certaines d'entre elles peuvent limiter leur capacité à recapitaliser les banques, si nécessaire.[3]
Des faiblesses conjoncturelles, liées à la crise financière et économique
Les marges bancaires, déjà faibles, se sont particulièrement érodées sous l'effet de la crise. À l'instar de la France et de l'Allemagne, la
Les créances douteuses absorbent la majeure partie des bénéfices d'exploitation. La récession et les niveaux élevés d'endettement des entreprises ont considérablement affaibli la qualité des actifs des banques italiennes. Environ la moitié de la dette des entreprises concerne des sociétés en « situation spéciale », pour lesquelles les montants d'intérêts à payer excèdent la moitié des bénéfices d'exploitation. Par ailleurs, l'approche de l'exercice de revue des actifs par la BCE (AQR) a conduit à un accroissement des provisions en 2012 et 2013, absorbant plus de la totalité des revenus bancaires.
Les coûts fixes restent élevés dans une grande partie du système bancaire. Selon la Banque d'Italie, entre 2008 et 2013, le nombre total d'agences bancaires en Italie a diminué de 7 %. Toutefois, cette baisse provient intégralement des cinq plus grandes banques, lesquelles ont réduit en moyenne leur réseau d'agences et effectifs, de 20 et 6 %, respectivement. À l'inverse, sur la même période, les banques de taille moyenne (de la 6e à la 15e banque en taille de bilan) ont accru leurs coûts d'exploitation de 15 %.
Le rendement des capitaux propres bancaires est négatif depuis trois ans, pesant sur l'octroi de nouveaux crédits. Les banques italiennes ont accumulé plus de 42 milliards d'euros de pertes depuis 2010 et leur rendement des capitaux propres reste négatif (voir Graphe 3). Cette rentabilité négative pèse sur l'offre de crédit, les plus grandes banques ayant réduit leurs prêts de 12 % depuis 1998.
Recommandations
Pour pallier ces faiblesses structurelles et conjoncturelles du secteur bancaire italien et relancer l'offre de crédit, plusieurs mesures sont nécessaires, telles que recommandées par la
Renforcer les fonds propres des banques, en réformant la gouvernance d'entreprise et en ouvrant davantage le capital des grandes banques coopératives. Les fondations actionnaires de banques devraient publier des comptes certifiés et respecter des limites prudentes de concentration imposées par leur régulateur. Les banques coopératives de grande taille gagneraient à se transformer en sociétés par actions et à fusionner.
Restructurer les bilans, en deux étapes :
- mieux apprécier le coût du risque de crédit. La Banque d'Italie, et dorénavant la BCE, pourrait émettre des recommandations favorisant la convergence à la hausse, des taux de provisionnement. Afin de réduire efficacement les volumes croissant de créances douteuses (voir Graphe 4), le superviseur pourrait surveiller les résultats des unités de recouvrement des banques et/ou imposer un passage en perte automatique – ou une charge en capital supplémentaire – en fonction de l'ancienneté des créances douteuses ;
- développer un marché secondaire des créances douteuses et améliorer le régime judiciaire. À l'instar des expériences en Corée et au Japon dans les années 2000, un marché secondaire des créances douteuses à destination de fonds mutuels et fonds de pension, pourrait proposer une alternative intéressante au recouvrement ou passage en pertes. Pour permettre à ce marché d'émerger, les autorités doivent poursuivre les réformes entreprises sur le système judiciaire : multiplier les tribunaux spécialisés, introduire des délais pour accélérer les réorganisations et mises en faillites, recourir davantage aux saisies en ligne et encourager les recours amiables (hors tribunaux).